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Roger Jolin en privé
Ajouté le 06/26/2009 13:05:12 par lisejolin

Roger Jolin en privé...

 

 

 

Allo Roger,

 

 

Je ne l’ai jamais dit, mais tu sais, tu es mon frère préféré.  Je t’entends déjà rire et me dire tu n’a pas le choix, je suis ton seul frère.  C’est que vois-tu, si je l’avais eu justement, je t’aurais choisi entre mille.

 

À part papa, le fait d’être le seul mâle avec trois sœurs, Gisèle, Thérèse et moi, ne t’a pas dérangé outre mesure.  À la maison, tu as été traité à peu près comme nous les filles.  Concernant les tâches de la maisonnée, tu as fait les mêmes que nous toutes : laver la vaisselle et le plancher, faire le ménage de ta chambre et passer l’aspirateur, tu as connu ça autant que nous.  Entouré de femmes,  tu as appris à tailler, à coudre, à tricoter et même à raccommoder.   Plusieurs personnes bien intentionnées pensaient qu’à force de faire des travaux de femmes, tu en prendrais les manières.    

Si elles  te voyaient aujourd’hui,  elles seraient rassurer de voir qu’au lieu d’en prendre leurs manières,  tu as appris à respecter ces femmes, ce qu’elles sont et ce qu’elles font.

 

Dans les années 1950, dans les écoles, nous les filles on nous montrait  la tenue de maison.  Pour vous les gars, à part à travailler le bois, je n’en n’ai aucune idée.  Aujourd’hui, je crois qu’il en est autrement.  

 

Roger, tu as eu plusieurs avantages sur tes soeurs.  Papa t’a montré son métier dans la construction avant que tu ne choisisses celui de ferblantier.  « Tailler dans le tissus ou dans la tôle c’est presque pareille, il s’agit d’avoir les bonnes mesures et de s’y tenir », disais-tu.  En plus, advenant que tu aurais décidé de rester célibataire, tu aurais pu te débrouiller n’importe où, en n’importe quel moment.  Je n’ai jamais exercé dans la construction mais à vous voir aller, toi et papa, je crois que chacune d’entre nous a réussi  à retenir quelque chose. Tu te souviens lorsque mon mari a rénové l’escalier allant au sous-sol, je me suis assise tout en haut  afin d’en cerner tous les problèmes.  Ensuite André a mis mes idées à exécution et tout est entrer dans l’ordre.  

 

Âgés de douze et neuf ans, toi et Thérèse aviez attrapé un lapin dans un tuyau d’égouts à St-Vincent-de-Paul, peu avant notre déménagement à Montréal. Lorsque tu as lancé cette roche et que Thérèse ne s’est pas déplacée, tu aurais pu aussi bien lui crevé un œil mais elle l’a reçue en plein front.  N’empêche, vous êtes revenus fièrement à la maison avec votre prise.  Quand maman l’a fait cuire, nous les enfants avons tous mangés sur le bout des lèvres tellement on revoyait ce beau petit animal courant d’un côté et de l’autre.

 

… Encore toi, dans cette même année de 1955, là où nous restions, tu m’avais attrapé les jambes alors que je descendais  l’escalier pour aller à la cave. Certainement que tu n’as jamais pensé que j’aurais pu prendre une belle plonge tête première… mais si papa avait su?  J’ai ensuite eu peur longtemps de monter ou descendre des escaliers ajourés.

 

… Et lorsque je voulais aller à la salle de bain et que tu ne voulais pas sortir, tu t’étais assis sur le bord du bain et je t’ai poussé. Je sais bien aujourd’hui que j’aurais pu te tuer mais qui a mangé la « strappe?»  C’est moi et par ta faute.  Après 54 ans je t’entends presque dire avec un petit sourire en coin « J’ai fait ça moi? » 

 

Avec nos six ans de différence, tu étais unique à mes yeux, tu étais mon grand frère.  J’ai suivi longtemps tes activités.  Tu passais les journaux, j’allais avec toi. Tu livrais des commandes avec ta voiturette, j’étais encore là. Quand tu as pris la vente par catalogue de Prime de Luxe, j’y étais encore. En plus que j’ai gardé ta clientèle lorsque tu as commencé ton travail avec papa.  Tu avais seize ans, tu étais petit, tu paraissais en avoir douze.  C’était  peut-être un travail d’été mais papa racontait que lorsque des inspecteurs s’annonçaient, il fallait te cacher parce que tu n’avais pas la grandeur voulu.  Pourtant tu avais bien l’âge de travailler sur ce chantier.

 

Tu avais une mauvaise habitude de demander « Est-ce que j’ai peur de faire telle ou telle chose?»   Un jour, tu avais une cigarette entre les mains, tu m’as posé cette question et je t’ai répondu oui.  Tu pensais sans doute que j’allais me retirer mais moi j’étais certaine que tu ne le ferais pas.  Résultat, tu m’as collée ta cigarette allumée sur la lèvre.  Je ne me rappelle pas combien de temps ça m’a fait mal mais encore en riant tu m’as dit « Tu t’en souviendras  pas la journée de tes noces ». C’est vrai que la journée de mes Noces, j’étais bien trop heureuse pour penser à ces petites choses qui nous arrivent dans la vie mais comme tu vois, je m’en souviens encore aujourd’hui après cinquante ans.

 

Rappelle-toi quand je suis entrée dans le mur de « Vachon » avec le vélo de Thérèse.  J’étais dans la ruelle à l’arrière de chez nous et une voiture était passée si près de moi, j’ai donné un coup de roue, la poignée du vélo qui n’avait pas de caoutchouc m’est entrée dans la main droite.  C’était si profond que j’en ai encore une cicatrice.  Suite à ce petit accident, tu m’assoyais devant toi car je ne voulais plus conduire de bicyclette.

 

Un jour lorsque nous passions dans la ruelle en arrière du garage au coin d’Iberville et Rosemont, on descendait une légère côte et tu as mis les freins avant et devine quoi? je suis passée par-dessus le guidon et suis retombée quelques pieds plus loin. Encore une chance que je ne me suis pas fait mal. Tu as continué par la suite à m’amener comme si rien ne s’était passé.  Je me demande parfois si tu ne l’avais pas fait, est-ce que j’aurais remonté, seule, sur cet engin?  Moi qui me promène beaucoup, j’ai toujours cette crainte qui m’habite encore lorsqu’une automobile passe à côté de moi.

 

Quelques années ont passé, tu as acheté ta première voiture.  C’était une familiale, on disait alors une « station-wagon ».  Quand papa n’était pas en forme pour prendre son auto, tu nous amenais dans la tienne.  Elle était remplie à craquer avec hommes et bagages. Combien de voyages as-tu entrepris pour monter à Flamingo? Je suis certaine que tu aurais eu à faire avec ta petite famille, mais beau temps, mauvais temps, tu étais partant.

 

En 1960, à l’âge de dix-huit ans, tu es parti travailler à Wabush, dans le grand Nord.  À ton retour, tu étais méconnaissable.  Petit et maigre, tu en es revenu grandi, tu avais maintenant l’air d’un homme et non d’un enfant.  Tu n’avais pas prévenu maman, elle ne t’avait pas reconnu quand tu es arrivé au chalet. 

 

Tu as ensuite rencontré Jacqueline, celle qui devait devenir ton épouse.  Elle a été très compréhensive quand  tu as mis des centaines d’heures à  travailler au chalet de notre père.  Je ne sais pas s’il te l’a déjà dit mais papa a apprécié tout ce temps que tu lui as consacré.  Il savait très bien que si tu ne l’avais pas aidé, son projet serait tombé à l’eau.  Si tu avais vu ses yeux s’illuminés lorsqu’il parlait de son fils.  Oui, papa était très fier de toi, Roger, de l’homme que tu étais devenu.

 

Peu avant tes fiançailles avec Jacqueline, tu m’avais demandée d’aller magasiner avec toi pour un cadeau spécial. Ensemble on lui avait choisit un collier de perle.   Pour moi, ta fiancée  était une femme merveilleuse, une autre soeur.  À  mon tour, j’ai sollicité ton aide et tu m’as prêté ces $35.00 qui ont servi à l’achat de mon premier dactylo.  Savais-tu que grâce à ce prêt, j’ai pu pratiquer le métier que je voulais faire le plus au monde?

 

À mon mariage, tu m’as servi de témoin car malgré la présence de papa à l’église, il était trop émotif pour me servir de père. Sur une des photos lorsque nous arrivons à l’église, plusieurs ont pensé que c’était toi mon mari.  C’est vrai que vous êtes à peu près du même âge. Savais-tu qu’au bureau, les filles étaient jalouses de moi? Elles auraient bien aimé que je te présente à elles, mais quelle déception quand je leur ai fait savoir que tu étais déjà marié!

 

Lors du baptême de mon fils, le parrain et la marraine ne pouvant pas faire le voyage à Montréal, Jacqueline et toi, Roger, avez gentiment  accepté de les remplacer.  Tu sais, Claude retient  beaucoup plus de toi que de son vrai parrain. Il a, entre autre, le même sens de l’humour que toi.

 

Jacqueline et toi avez eu deux magnifiques garçons.  Une ombre planait toutefois,  il vous manquait une fille.  Je le voyais bien lorsque vous veniez à la maison et que vous portiez toute votre attention sur Martine.  Le destin a voulu qu’un de tes fils ait deux petites filles, tes petites roses comme tu dis souvent. Heureusement, Jacqueline a eu le temps de les connaître un peu. Aujourd’hui, elle en serait aussi fière que toi.

 

Tu es aussi un amoureux des plantes et des animaux.  Je t’ai vu un jour, prendre une mouche délicatement dans la main, pour la sortir hors de la maison.   Je ne sais pas qui, de toi ou de ta chère épouse,  a amené l’autre à tant chérir les plantes. 

 

Mme Legault, tu te souviens d’elle?  Son mari avait des Jolin dans ses ancêtres. Elle a toujours dit à maman qu’elle était parente avec nous.  Cette dame de quatre-vingt-dix-huit ans me disait l’autre jour que lorsqu’elle t’a connu, c’étaient les orchidées, ta spécialité.  Comment en es-tu venu à passer de ces fleurs splendides aux cactus? Il me semble que ce sont des plantes complètement différentes.  Cette gentille dame a aussi très apprécié lorsqu’après lui avoir vendu un cactus, tu as été toi-même le planter à l’endroit qu’elle désirait. Elle m’en parle encore après plusieurs années. Chronique jardinage, un article de La Presse avait titré « Roger le Piqué » qui résumait très bien ton domaine.

 

Une chose m’intrigue Roger, comment fais-tu  pour donner des conférences sur les plantes alors que tu es si gêné?  Ne me réponds pas tout de suite, je crois avoir compris.  Ta passion est comme la mienne en généalogie.  Lorsque tu pars sur ton sujet, il est très difficile d’arrêter d’en parler et tu aimes partager ton savoir avec tous.

 

 

 

Ton jardin était de toute beauté jusqu’à ce que la piscine de ton voisin arrière détruise la  plupart de tes fleurs peu avant le mariage de ton fils en 1997. Ce n’est pas ça qui t’as arrêté, tu es reparti de plus belle et il est revenu encore plus  beau qu’avant ton désastre.

 

Tu as œuvré dans plusieurs sociétés horticoles comme la SHESB (Société d’Horticulture et d’Écologie de St-Bruno), la Société des Cactus et la Société des plantes alpines. Le nom de Roger Jolin est maintenant connu de beaucoup d’horticulteurs à travers le Québec et peut-être d’ailleurs.

  

 La rose de Montarville te doit aussi un peu de sa popularité.  Dans  le cadre du « Jour de la Terre 2007 », la ville de St-Bruno de Montarville t’a rendu hommage pour tes nombreuses initiatives réalisées au cours de trente années au sein de la SHESB.  Ex-président, tu y es toujours actif en tant que membre depuis 1994. 

 

Depuis  octobre 2006, une ombre permanente est venue assombrir  ton bonheur.  Ta douce moitié est décédée de cette maladie qui ne pardonne pas, le cancer.  Elle avait à peine soixante-cinq ans.  Tu peux te dire que tu as tout fait pour elle et que tu as partagé les premiers comme les derniers instants de sa maladie.  Tu as vu alors comment étaient précieux les bénévoles dans les hôpitaux et  maintenant tu en fais autant. 

 

Roger, je pourrais te dire t’es beau, t’es intelligent, t’es débrouillard mais je te le dirai pas.  Tu sais comme moi qu’ayant les mêmes racines, ce serait un peu comme si je me faisais des compliments à moi  aussi. Et Vive l’humilité!   Donc je t’airai donc ce qui me vient à l’esprit.

 

Farces à part, tu es un amour de frère, je ne te changerais pas pour tout l'or du monde.  N’oublie jamais que je serai toujours là si tu as besoin de moi. 

 

Merci pour ce que tu es

Je t’aime

 

 

Lise

 

 

À visiter :

 

http://www.ville.stbruno.qc.ca/asp/gabarits/Gabarit_communique.asp?ID_MESSAGE=6550&ID_ARROND_COMM=1,  (Jour de la Terre 2007)

http://genealogie.planete.qc.ca/forums/display_topic/id_7712/Anecdotes/ (anecdote)

http://genealogie.planete.qc.ca/gallery/view/id_335408/field_time/title_Roger-Jolin-SHESB-2006/ (CA de la SHESB 2006) 

http://genealogie.planete.qc.ca/gallery/view/id_335407/field_time/title_Roger-Jolin-le-Piqu/ (La Presse, 12 juillet 1997)

http://genealogie.planete.qc.ca/gallery/view/id_335406/field_time/title_Roger-Jolin-rubrique-C-t-Jardin/ (Revue Virage – Côté Jardin, mai-juin 2006)

Mots-clés: Roger Jolin Frère Horticulteur St-Bruno



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Visionner 1 - 5 de 5 Commentaires

De: Nicole
07/01/2009 13:13:20

Bonjour Lise


 


Je me souviens très bien de la salle de réception en face du garage de mon oncle ainsi que du garage dont tu parles mais j'en ai oublié la bannière.  Il y a eu beaucoup de changements sur les 4 coins de ces deux rues depuis.


 


Bonne journée



De: lisejolin
07/01/2009 05:04:15

Nicole, c’est le garage au Sud-Ouest de Rosemont. Je me souviens que très peu du garage dont tu parles.  Je sais qu’au Sud-Est, il y avait une salle de réception au deuxième étage car c’est là que ma cousine Rita avait fait sa réception de mariage, vers 1983.

 



De: Nicole
06/30/2009 19:54:45

C'est un très beau témoignage pour ton frère et aussi très intéressant pour nous.  Tu sais toujours nous captiver avec tes récits.


Tu racontes être passée par dessus le guidon de la bicyclette dans la ruelle derrière le garage au coin de la rue Iberville et Rosemont.


Je ne sais pas si tu parles du garage Texaco sur le coin nord-est du boulevard Rosemont car il y a eu d'autres en face ou de billet ... c'est loin dans mes souvenirs.  Tout ça pour te dire que mon oncle Jean-Guy Hazel a eu ce garage pendant de nombreuses années.


Moi je demeurais sur la Molson entre Beaubien et Bellechasse.


 



De: lisejolin
06/27/2009 18:49:59

Certainement Gisèle que Roger a lu mon article parce que je le lui ai envoyé.  Voici la correction qu'il fait:


"Petite erreur ... Je suis membre de la Société d'horticulture depuis 1978 et dans le CA depuis 1983.  Ils ont fait une erreur dans le journal." (Bye, Roger)



De: Lulu2268
06/27/2009 12:59:58

C'est très beau  je te dis que tu en a écrit long  mais ça m'a fait souvenir à plusieurs choses  et d'autre que je ne savais pas car j'étais partie de la maison


penses-tu que Roger voir celà


 


BYE Gisèle







*** Planète Généalogie ***