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Nelligan
Ajouté le 07/19/2009 18:23:14 par Pilote_Qc

[Tout vient à point à qui sait attendre]

 

Voilà, après m'être disposé à écrire un bloque portant sur la recherche en généalogie pour les débutants, ce livre de monsieur Paul Wyczynski attire mon attention. Alors, je vous soumets quelques pages de son volumineux ouvrage, comme exemple à suivre concernant la recherche. Donc, au lieu de vous faire bénéficier de mes maigres années de travail en cette matière, vous pourrez goûter à 35 ans de recherches, d'études et de réflexions d'une équipe aguerrie. Qui plus est, le cas étudié est celui d'un immigrant irlandais dont vous connaissez sans doute le nom: Nelligan.

 

Au travail! 

 


 

 

Les ancêtres paternels d'Émile Nelligan, souvenirs irlandais et réalité montréalaise, par: Paul Wyczynski.

 

Ancêtres paternels: Les Nelligan

 

Jusqu'à maintenant [1987] on a connu peu de choses sur les ascendants irlandais d'Émile Nelligan. Dans sa [Chronologie d'Émile Nelligan],  Luc Lacourcière dit que l'année  1861  est la [date présumée de l'arrivée au Canada, venant d'Irlande,  de Patrick Nelligan et de son fils David, âgé de  12  ans, grand-père et père du poète].  Un peu plus loin, dans la même chronologie, nous apprenons que Patrick Nelligan, employé du ministère des Postes, est décédé le  17  mars  1888  et que sa femme, morte le  15  juin  1889,  à l'âge de  70  ans, [avait été baptisée en Irlande,

le 18 septembre  1819 (4)].  Ces renseignements communiqués sans référence documentaire ont été depuis repris dans toutes les chronologies, et dans toutes les esquisses biographiques d'Émile Nelligan. À la suite de nos vérifications, des corrections substantielles s'imposent.

 

Avec l'aide de spécialistes irlandais,  nous avons entrepris de longues et fastidieuses recherches pour savoir d'où

exactement et quand Patrick et Catherine Nelligan étaient venus au Canada. La tâche n'a pas été facile parce que tant du côté irlandais que du côté canadien les registres manquent et ce pour plusieurs raisons. Les archives à Dublin ont été détruites en  1916,  lors des luttes sanglantes qui opposèrent les protestants  [Ulster Volunteers] et les nationalistes catholiques [Irish Volunteers].  Il faut aussi souligner que les registres d'état civil ne furent consacrés par l'usage qu'en 1860  dans les paroisses catholiques irlandaises. À la même époque, au Canada, les documents officiels du département de l'Immigration et des bureaux portuaires étaient préparés sans uniformité ni méthode; ils sont encore aujourd'hui, pour la plupart des cas, inexistants. Néanmoins, nous avons persisté dans nos démarches et les résultats, même s'ils n'apportent pas de réponse à toutes nos questions, s'avèrent cependant fructueux.

 

Commençons d'abord par le nom. Au XIXème siècle, et encore de nos jours, le nom Nelligan s'écrivait tantôt avec un l, tantôt avec deux. Sa forme provient d'un modèle plus ancien  [O'Niallagain] qui, à l'origine, avait pour racine un vieux prénom chrétien: Niall, devenu Neil et Neal,  aujourd'hui encore en usage. Ce nom fut surtout employé en Irlande du Sud, dans les comtés de Cork et de Kerry. Son origine remonte au début du XIVème siècle. On le trouve pour la première fois au sud de Leinster. En effet, en  1315,  un certain Richard Nelgan sert de traducteur à Richard II, lors de la rencontre de celui-ci avec les chefs irlandais. À la fin du XVème siècle vivent à Kilkenny un commerçant du nom de John Neligan et un propriétaire d'immeuble, Nicholas Neligan. Plus près de nous, naît à Clonmel le futur docteur John Neligan  (1815-1863),  auteur d'un manuel de médecine. Le recensement de  1911 repérera, dans le comté de Kerry, 34  familles répondant au nom de Neligan (5).

 

La grand-mère de Nelligan, Catherine Flynn, est de vieille souche irlandaise. Ce nom provient du gaélique  Flann  qui signifie rouge terne, roux si on le dit des personnes. Ce nom de famille eut en Irlande plusieurs formes: O'Floinn, D'Flynn, Flynn et même ü'Lynn. Il s'y classe quarante et unième dans l'ordre de fréquence des noms de familles. On le trouve surtout dans les régions de Cork, de Waterford, aux abords de Connacht et de l'Ulster, et aussi dans les comtés de Roscomraon, de Leitrim et de Covan. Parmi les représentants illustres de cette branche figurent le dominicain

martyr, le Père Donough O'Lynn, mort en 1608, le Frère franciscain Jeremiah O'Flynn (1788-1831), ainsi qu'Edmund James Flynn, né en 1847, premier ministre du Québec (1896-1897) (6).

 

Les recherches effectuées pour nous par la Hibernian Research Company et surtout par M. Donal F. Begley, [Chief of Herald of Ireland], dans des fonds d'archives  à  Dublin et aussi dans les comtés de Tipperary, de Waterford, de Limerick et de Kerry ont d'abord permis de constater que les Nelligan étaient rares  à  Dublin au XIXème siècle. Dans les années  1830 on arrive  à  peine à dépister le nom d'un certain James Richard Neligan, fils de Thomas Neligan et de Mary Archbold, baptisé à [Saint Nicholas' Church], le  30  octobre  1831. Vers le milieu du XIXème  siècle il

existe à Dublin, surtout dans la banlieue, d'autres familles du même nom. C'était au temps où de très nombreuses familles éprouvées par la famine et la [misère noire] des années 1846-1848,  surtout dans le sud du pays, affluaient dans cette ville pour chercher du travail avec l'idée d'émigrer un jour dans des pays plus fortunés et d'y refaire leur vie.

 

Les grands-parents d'Émile Nelligan, Patrick Nelligan et Catherine Flynn, se marient à [Saint Mary's Metropolitan Church], à Dublin, le 24 janvier 1847. De ce mariage vont naître en Irlande trois enfants: David, Margaret et Joseph Patrick, tous venus au monde au Rotunda Hospital de Dublin. Le [Register of Labor Patients] de l'hôpital précise que Catherine Neligan y est admise pour la première fois le 9 juillet 1848 et le quitte le 18 du même mois. Le 11 juillet naît un garçon, baptisé David, le futur père du poète. Le registre indique que la patiente est âgée de 26 ans, qu'elle

appartient à [Saint Thomas' Parish], dans le quartier I de Dublin, et que son mari est domestique [servant]. Deux autres enfants, Margaret et Patrick, naissent respectivement le 17 novembre 1850 et le 20 mars 1855. Au moment de la naissance de Margaret, la mère se dit âgée de 30 ans; à la naissance de Patrick, elle a 34 ans et elle est membre de la paroisse [Saint Mary's Church]. On suppose donc qu'elle est née soit en 1821, soit en 1822 (7). Quant à [Saint Thomas'Parish], mentionnée dans le registre du Rotunda Hospital, elle ne semble pas être celle des Nelligan: il s'agit d'une église anglicane ou protestante, située dans l'enceinte de la paroisse civile Saint-Thomas dont le gouvernement

se servait à l'époque pour faire des recensements, des évaluations et la rédaction de certains actes d'état civil.

D'après M. Donal F. Begley, la famille de Patrick Nelligan fréquente plutôt, d'abord, [Saint Agathe's Church], située rue William North dans le quartier Bayview, et, par la suite, [Saint Mary's Church].

 

Un  autre indice concernant les grands-parents du poète nous vient du recensement effectué à Dublin en  1851. Ce

document montre  que la famille de Patrick Nelligan habite  pendant un  certain nombre d'années 2,  Bayview Parade,

rue  située entre les routes Ballybough et North Strand. Il est à noter que sur la f e uille de recensement, comme

dans le registre du Rotunda Hospital, le nom de famille s'écrit avec un seul  [l]:  Neligan  (8).

 

Il est donc prouvé que les grands-parents d'Émile Nelligan habitèrent la nouvelle banlieue de la capitale  irlandaise, appelée Bayview ou  [Bayview Development]. Il  convient de préciser que la ville de Dublin de la première moitié du XIXème siècle s'étendait entre deux canaux: le Grand canal  au sud et le canal Royal au nord. Le quartier Bayview se développa rapidement entre 1820 et 1860, au nord du canal Royal, encadré à l'ouest par Ballybough Road et à l'est par North Strand Road. Avec le temps, la rue Bayview Parade changea de nom et devint, en  1866, l'avenue Charleville, nom qu'elle porte encore de nos jours. Il suffit de suivre cette rue étroite, encadrée de petites habitations, pour

aboutir,  près de North Strand Road, à une terrasse où six maisons en brique brune s'entassent avec leurs caves bien

au-dessus du niveau normal. Le numéro  2  est habité aujourd'hui par M. Gregory Doyle. Cette maison fut construite en 

1845,  terminée en  1846,  et habitée par Patrick et Catherine Nelligan pendant huit ans environ, à partir de  1847 et tout probablement jusqu'à leur départ pour le Canada. L'endroit se ressent de la proximité de la mer: on souffre ici, disent encore aujourd'hui les habitants de cette terrasse,  de l'humidité excessive qui envahit surtout les caves. L'Atlantique pénètre profondément dans la terre formant une anse qui va de l'île North Bull jusqu'à Fairview Park là où un  cours d'eau, sous le nom de Tolka River, traverse allégrement la  v ille.

 

Au cours de nos recherches, nous avons pu consulter la Généalogie de [sic] Sieur Guy  Corbeil [fils d'Émile Corbeil et

de Gertrude  Nelligan],  établie  par l'Institut généalogique Drouin de  Montréal en  1938 (9). L'ouvrage contient deux entrées où l'information fournie par l'Institut Drouin est enrichie de quelques ajouts à l'encre bleue, apposés par Émile Corbeil, mari de Gertrude Nelligan, soeur du poète. Ces ajouts traitent respectivement de Patrick Nelligan, marié avec Catherine Flynn [3ème entrée, n°3) et des parents de celle-ci (4ème entrée, n° 6). D'après cette information qui n'a qu'une valeur indicative, parfois vague, parfois erronée, l'homme serait né en [1818, à Buttevant

[Co. Cork] de Patrick Nelligan et de Margaret Daly. Il serait venu au Canada [avec sa famille vers 1855]. Quant à Catherine Flynn, sa femme, elle serait la fille de Michael Flynn et de Catherine Moriarity, mariés à [Tralee, chef-lieu du Comté de Kerry, province de Munster]. Elle serait née en 1819, à Milltown, comté de Kerry.

 

Les notes d'Émile Corbeil ont pu être en partie vérifiées par les archives,  malheureusement incomplètes, de la paroisse catholique de Buttevant,  dans les registres correspondant à la période de  1814 à 1828.  On y lit qu'autour de  1820  habita effectivement à Ballybeg,  petite localité située à un mille au sud de Buttevant, Patrick Neeligan [nom orthographié parfois  [Nelagan]] aVec sa femme Margaret Daly: ce sont les arrière-grands-parents d'Émile Nelligan. On y trouve deux entrées indiquant la naissance de leurs enfants (10): David, né le 22 octobre 1820, et Ellen,  née le 25 mai 1823, frère et soeur de Patrick Nelligan, grand-père du poète. Il est cependant impossible de savoir si celui-ci est né en 1818,  comme le veut la note d'Émile Corbeil, étant donné que les registres de baptême pour la période allant du 17 mai 1817 à décembre 1819  manquent aux archives de l'église de Buttevant.  La situation se complique d'ailleurs car, une fois au Canada, Patrick Nelligan donnera, comme date de naissance, le 13 mars 1822, ce qui n'est pas impossible: il serait donc né, selon sa propre déclaration, après son frère David et avant sa soeur Ellen.

 

Quant aux Flynn, ils étaient nombreux à Milltown [comté de Kerry], présumé endroit de naissance de Catherine Flynn. Les registres catholiques n'y commencent qu'en 1825  et,  par conséquent, la vérification de la date de naissance de la grand-mère de Nelligan devient impossible.

 

Ce que nous savons avec certitude des grands-parents de Nelligan c'est que tous les deux sont nés autour de 1820, 

qu'ils sont originaires du sud de l'Irlande, plus précisément de la province de Munster, et que de là ils sont partis à Dublin où ils se sont mariés le 24 j'anvier  1847.  Les documents disPonibles - registres paroissiaux irlandais, notes généalogiques d'Émile Corbeil, fiches d'emploi, recensements du Canada - ne concordent pas, pour que nous puissions préciser avec exactitude les dates de naissance de Patrick Nelligan et de Catherine Flynn. En revanche, nous connaissons la date et le lieu de leur mariage.

 

D'après ce qui précède, nous déduisons que la famille de Patrick Nelligan arriva à Montréal en 1855 ou en 1856.  Supposons que la deuxième date soit exacte. À cette époque, Patrick Nelligan et sa femme Catherine sont déjà dans la trentaine avancée. Ils amènent avec eux leurs trois enfants: David [qu'on appellera parfois au Canada [John David]],  âgé de huit ans; Margaret, âgée de six ans;  et Patrick [appelé parfois au Canada [Joseph Patrick]], âgé d'un an. Plusieurs indices portent à croire qu'à la même date vinrent à Montréal la soeur de Patrick Nelligan, Elenor  (1824-1879), et son mari, William Fenton  (1819-1874).  Ceux-ci auront deux enfants: Mary  (1856-1876)  et Hanorah  (1861-1864).  Les précisions nous manquent pour dire comment la famille Patrick Nelligan a passé ses premiers mois au Canada. Les immigrés ont censément bénéficié de l'appui de leurs compatriotes groupés autour de l'église Saint-Patrice et des associations irlandaises de caractère social et charitable connues à l'époque par leur activité remarquable.

 

Ce qui est sûr, c'est qu'en mars 1857, Patrick Nelligan fait des démarches pour trouver un emploi au bureau de poste de Montréal. En Irlande, il n'était que domestique; au Canada, il aspire à un sort meilleur. Les choses semblent aller bon train. Le 1er avril 1857, il est engagé à titre de messager  [messenger], charge qu'il gardera jusqu'à la fin de ses jours. Son travail consiste à acheminer les messages d'un endroit à l'autre, selon les besoins immédiats du bureau de poste de Montréal. Sa fiche d'emploi permet de constater que son salaire initial était de 365$ par an. Par la suite, il allait être augmenté six fois: 420$ en juillet 1872; 460$ en juillet 1874; 500$ en janvier 1882; 530$ en

juillet 1883; 560$ en juillet  1884; 590$ en 1885 (11). Ce n'étaient certes pas des émoluments très élevés, mais ils permirent à une famille d'immigrés, éprouvée par la misère, d'organiser sa vie d'une manière convenable.

 

Sur la fiche d'emploi de Patrick Nelligan, probablement remplie par le requérant, figure sa date de naissance:  [13 March 1822, in Ireland]. Cette date marque une différence de quatre ans par rapport à ce que donnent les notes d'Émile Corbeil et ce que propose la [Chronologie d'Émile Nelligan], établie par Luc Lacourcière. Qui croire? Le recensement du Canada [de 1861 (12)] apporte quelques renseignements précieux sans pour autant dissiper toutes les ombres au tableau. Nous y lisons: Patrick
- 40 ans; Catherine - 38; David - 13; Margaret - 11; Patrick - 6; Catherine - [née à Montréal, le  1er septembre 1858] - 3  ans. Le relevé de personnes effectué pour le compte du Gouvernement fédéral ne donne pas des dates de naissance précises. Mais l'approximation n'atteint jamais plus qu'une marge d'erreur d'un an. Supposons que le recenseur se présenta chez Patrick Nelligan en avril  1861. À cette date, si celui-ci est né, comme il l'a dit, le  13  mars  1822, il vient d'avoir ses 39  ans: il est donc dans sa quarantième année. Voilà le compte qui est à l'origine de sa

déclaration. L'âge de sa femme correspond fort bien à ce qui est inscrit dans les registres du Rotunda Hospita1 de Dublin. Rien de fautif non plus dans l'âge des enfants. À la lumière de ces documents - la fiche d'emploi de  1857  et le recensement du Canada de  1861 -  il est permis de conclure que le grand-père de Nelligan est né à Ballybeg, le 13  mars 1822.

 

Nous ignorons où habita Patrick Nelligan pendant ses quatre premières années à Montréal. Son adresse paraît pour la

première fois, en  1861, dans le  Mackay's Montreal Directory (13). La famille vit alors 33, Juré [[rear 33 Jure] et, dans les années à venir: [court r 33 Juros]]. Autour de  1865, elle s'installe  47, rue Hermine et, un an après, 17, rue Saint-Germain. Enfin, en 1869,  elle emménage dans un appartement plus grand 602, rue Lagauchetière [ce numéro civique devient, en  1887, le numéro  708). Le propriétaire de l'immeuble est Daniel Kearens. Le loyer, fixé à 120$ par an, représente à peu près un tiers du salaire de Patrick Nelligan. Les voisins sont de langue anglaise: Thomas

Morgan, Thomas Murray, Mary Harty et Francis Hawkins (14).

 

Les fils de Patrick Nelligan suivent tant bien que mal un cours à l'école Saint-Laurent, rue Vitré, où l'on a mis, depuis  1841, un certain nombre de classes à la disposition des écoliers de langue anglaise. En  1845, ces classes deviendront l'école anglaise paroissiale Saint-Patrice, rue Cotté, dirigée par les Frères des Ecoles chrétiennes. [La fille Margaret fréquente l'Académie Saint-Patrice, située au coin des rues Sainte-Hélène et Notre-Dame et destinée à l'instruction des jeunes filles irlandaises. En 1870, cette école ouvre ses nouveaux locaux 79, rue Saint-Alexandre, plus près de l'église Saint-Patrice.] Pour améliorer le sort de la famille, Patrick Nelligan oriente très tôt ses fils vers la vie pratique.  Patrick, le plus jeune, qu'on appelle aussi Joseph Patrick, devient comptable et se marie à 19 ans avec Flavia Victoria Tisdale, fille mineure du docteur John Tisdale et de Marie Flavia Dorchester de la paroisse Saint-Patrice (15).  De ce mariage naîtra, le 18 septembre 1874, Charles David, sympathique et costaud cousin d'Émile Nelligan, avec qui le poète entretiendra des rapports cordiaux et qui vivra pendant un certain temps au sein de la

famille de David Nelligan.

 

Quant à David Nelligan, fils aîné de Patrick, il commence à travailler en août 1864, à titre de commis de bureau adjoint pour le Grand Tronc de Montréal. Il n'est alors âgé que de 16 ans. Il y passe trois ans et sa conduite semble irréprochable si l'on tient compte d'une lettre de recommandation signée par I. Hickson (16). En effet, à l'automne de  1867,  David Nelligan désire obtenir un travail plus lucratif et, avec l'aide de son père, il fait une demande d'emploi au bureau de poste. Le terrain semble avoir été bien préparé car le responsable du bureau de l'Inspection, Edwin Francis King, écrit en anglais à son supérieur, Patrick Tiffin, une lettre dont voici un extrait traduit en français:

 

Dans un petit bureau comme le mien, de la compétence de chaque commis dépend, en grande partie, le succès de mon entreprise. Je serais fort satisfait d'avoir un jeune homme comme David Nelligan [le fils de notre Patrick] qui a acquis quelque trois ans d'expérience dans le bureau de freight  du chemin de fer S.I .  où il semble avoir profité d'une bonne formation. Il peut prendre des notes en sténographie et il a réussi son examen de C.S. Retenir ses services ne serait que reconnaître à juste titre le travail dévoué de son vieux père. Je souhaite qu'un mot en sa faveur puisse être de quelque utilité (17).

 

La réponse ne se fait pas attendre. Au bas de la même lettre, en date du 22 novembre, on lit cette brève note signée A.C.:
[Appoint David Nelligan 4th Class Clerk in Inspector King's Office]. Par le fait même David Nelligan devient - et il le restera jusqu'à sa retraite en 1906 - employé des postes du Canada.

 

Les deux fiches d'emploi concernant David Nelligan permettent de faire des constatations intéressantes (18). D'abord, ce document confirme les données de sa naissance: il est né le  11  juillet 1848, à Dublin. Cela concorde donc avec ce qui est inscrit au registre du Rotunda Hospital . Il commence à travailler le 22 novembre 1867. Au début, son salaire annuel est de  500$. En janvier 1870, David Nelligan devient  [3rd clerck] et ses émoluments sont augmentés de 100$. À partir de cette date et jusqu'au  1er  janvier 1877,  ils seront majorés annuellement de 40$. En 1873 et en 1874, il

reçoit 100$  supplémentaires pour le travail de sténographie. Le 1er janvier 1875,  il est promu au titre de commis de deuxième rang. Enfin, le  14  décembre 1877, il deviendra inspecteur adjoint [Assistant Inspector]. Son salaire passera alors à 1 000$,  et il continuera à augmenter périodiquement: en juillet 1892 sa rémunération annuelle sera de 1 600  $  et vers la fin de sa carrière de 1 800$, ce qui pour l'époque était un salaire fort acceptable, correspondant plus ou moins aux besoins d'une petite famille bourgeoise. Au terme de sa carrière, David Nelligan aura

triplé le salaire de son père.

 

Selon les témoignages recueillis, surtout ceux provenant de Madame Béatrice Hudon-Campbell, la vie familiale chez les

Nelligan fut fortement marquée par une tradition irlandaise d'outre-Atlantique. On était traumatisé par le souvenir de

la misère qui avait sévi en Irlande dans les années 1840. Une fois au Canada, l'effort fut dirigé vers l'organisation pratique de l'existence et l'exercice de la fidélité la plus stricte à la foi catholique. On participait volontiers aux activités sociales de la paroisse Saint-Patrice. La messe dominicale se prêtait aux rencontres. Mais nombreuses furent aussi les fêtes commémoratives, les soirées de réjouissance, les [samedis d'animation sociale].

 

Patrick Nelligan travaille six jours par semaine, avec un dévouement que ses supérieurs se plaisent à souligner. Il a

l'habitude de réunir quelques amis le samedi soir. L'anglais est de mise:  à la maison, au travail,  à l'église. Cependant, les garçons, David et Patrick, s'initient fort bien au français. David surtout, souvent en compagnie de Canadiens français, fait des progrès notables. Une fois au bureau du Grand Tronc, il doit se débrouiller en français. Il continuera son apprentissage durant sa carrière d'employé des postes. La lecture de livres anglais et français est

son passe-temps favori.  Il se rend souvent au Fraser-Hickson Institute pour emprunter des livres français (19). Par la force des choses, son emploi favorise sa langue maternelle, mais sa connaissance du français semble suffisante pour son travail d'inspection dans un territoire à forte majorité francophone. Il est considéré comme un employé discipliné, ponctuel, méritant de l'avancement et une augmentation régulière de salaire.
________


Souvenirs irlandais et réalités montréalaises.

 

Une fois au Canada ,  Patrick Nelligan doi t  s'intégrer  rapidement à la nouvelle société. Cela va se réali ser en grande partie au sein de son groupe ethnique. Les Irlandais étaient alors  très actifs à Montréal.  Le traumatisme de ce peuple faisait partie de ses tristes souvenirs. Patrick Nelligan en parlait souvent, sachant fort bien qu'une ère nouvelle s'offrait à lui. Sous le Régime français, les Irlandais n'avaient jamais été au Québec que des personnages

isolés. Sous le Régime anglais, ils commencèrent à venir  en plus grand nombre. Le premier contingent, 105 personnes, s'installa à Rivière-Rouge [sous lord Selkirk]. La grande immigration irlandaise ne commença qu'avec le recrutement des colons par Peter Robinson: au- delà de 2 000 personnes se fixèrent en 1825 dans la région de Peterborough, ainsi appelée pour commémorer l'oeuvre du colonisateur. En  1831, le Québec comptait quelque 40 000 Irlandais catholiques fortement éprouvés par des épidémies de choléra et de typhus. En  1839 s'établirent au Canada des familles fuyant les comtés de Limerick et de Clare, elles aussi décimées par la pauvreté et les maladies. Celles qui suivirent gardèrent dans leur mémoire l'image de l'Irlande des années  1840,  qui avaient été la période de la [grande famine]. Dans les

années 1850 quelque deux millions d'Irlandais décidèrent de quitter la terre natale, souvent à bord de cargos qui convenaient au transport du bois et du bétail bien plus qu'à celui des hommes. On se rappelait à Montréal les  7 000 Irlandais fauchés par le typhus et autant de morts dans les asiles et les hôpitaux de Québec. Pour beaucoup, leur point d'arrivée à Grosse-Isle, fut aussi leur point de départ vers l'au-delà. La tragédie la plus meurtrière des années 1847-1848  n'avait pas arrêté l'immigration irlandaise: au contraire,  elle  n'avait fait que l'accélérer. Et c'est justement cette nouvelle vague qui amena à Montréal Patrick Nelligan, sa femme et leurs trois enfants (20).

 

Au moment de l'arrivée des Nelligan, la colonie irlandaise à Montréal comptait quelque  4 000 âmes. Elle était fortement concentrée autour d'une église neuve et imposante, sous l'égide de saint Patrice, évêque bittonique qui avait christianisé l'Irlande en 432. Il leur fallait s'ajuster tant bien que mal à la vie dans un nouveau contexte socio-politique. Le climat était en pleine effervescence. Certes elle était déjà lointaine l'époque des Patriotes! À Montebello,  dans son manoir au bord de l'Outaouais, Louis-Joseph Papineau vivait retiré, symbole d'une lutte perdue;

il allait mourir solitaire le  25  septembre 1871. Mais c'était aussi la fin de l'Union et le début de la Confédération qui se préparait depuis 1860 et deviendrait un fait accompli le 1er juillet 1867.  Sir John Alexander Macdonald, d'origine écossaise , conservateur, serait chef du gouvernement du premier parlement fédéral. En même temps, au Québec, dans la lignée des idées de George-Étienne Cartier, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau deviendrait

premier ministre sous la Confédération (1867-1873), suivi de Gédéon Ouimet, de Charles-B. de Boucherville et d'Henri-C. Joly. Au moment de la naissance d'Émile Nelligan, le Québec est dirigé par Joseph-Adolphe Chapleau, conservateur, dont on connaît les déboires avec Joly et Luc Letellier de Saint-Just. Jusqu'à la venue d'Honoré Mercier en janvier 1887, tous les gouvernements du Québec sont d'allégeance conservatrice, sauf celui d'Henri-C. Joly qui n'avait duré  qu'un peu plus d'un an [8  mars 1878 - 31 octobre 1879]. Le Québec tend à réorganiser son agriculture, à

stimuler l'exploitation forestière et le commerce, à  construire  des réseaux  de chemin de fer et à accélérer le rythme de la colonisation. Pour ce faire, le  gouvernement a besoin de l'immigration qui compense l'exode des Canadiens français  vers les États-Unis. Malgré les difficultés - le scandale des Tanneries en 1874, à l'époque du cabinet Ouimet - l'Assemblée législative adopte une série de lois qui améliorent le  système scolaire et les relations sociales entre les groupes ethniques. Mais la situation de la province de Québec demeure précaire et, à partir de  1874, elle devient même critique. Certes, ni Patrick Nelligan, ni son fils David ne se trouvent dans les milieux où se prennent les grandes décisions politiques. En qualité de simples fonctionnaires, ils se contentent de suivre attentivement les fluctuations économiques du pays nouveau où il leur faut mener l'organisation de leur vie.

 

Nous ne connaissons pas de façon bien précise les antécédents économiques de Patrick Nelligan en Irlande. On sait qu'il n'était pas riche. L'histoire nous apprend que dans la première moitié du XIXème siècle les Irlandais quittèrent par milliers la campagne et s'installèrent tant bien que mal dans la banlieue de Dublin pour échapper à l'exploitation des landlords et de leurs vassaux. Ils changèrent de milieu et de style de vie, rêvant de monter à bord d'un cargo en partance pour le Nouveau Monde. Une fois au Canada, Patrick Nelligan se retrouve dans une grande ville. À cette

époque, Montréal accuse une croissance économique et démographique considérable qui se poursuivra jusqu'à la fin du

XIXème siècle. Les recensements montrent que la cité et sa banlieue comptent, en 1861, 100 723 habitants. En 1871, il

y en aura 126 314; en 1881, 170 745 et, en 1891, la population atteindra le chiffre d'un quart de million (21). La ville devient rapidement un grand centre industriel grâce aux produits forestiers, aux produits ferrugineux, au raffinage du sucre. La production manufacturière des chaussures, des textiles et du tabac marque un progrès notable. Les chemins de fer en pleine expansion - le Grand Tronc et le Canadien Pacifique - y concentrent leurs bureaux d'administration. Le port de Montréal favorise à la fois le commerce maritime et celui qui se fait par la voie des canaux et du fleuve Saint-Laurent (22). La ville qui initialement comprenait les quartiers du Centre, de l'Est et de l'Ouest, contigus au secteur portuaire, s'agrandit vers le nord à travers les quartiers Saint-Jacques, Saint-Louis et Saint-Laurent, s'ouvre aussi vers l'est [Sainte-Marie, Hochelaga, Maisonneuve]

et s'étend également vers l'ouest [Sainte-Anne, Saint-Antoine, Saint-Gabriel, Saint-Henri]. Au moment de la proclamation de la Confédération, la rue Sherbrooke constituait à peu près la frontière au nord de la Cité. Cette limite sera très vite franchie, quand s'organisent les quartiers Saint-Jean-Baptiste, Delorimier, Parc du Mont-Royal, Ville Saint-Louis et Coteau Saint-Louis et, vers le nord-ouest, Westmount, Notre-Dame-des-Neiges, Outremont.

 

La population irlandaise a sa part dans cet essor de Montréal au XIXème siècle. La transformation de la métropole ne s'est pas toujours faite au profit de la population canadienne-française. Il y avait plusieurs groupes ethniques de langue anglaise qui n'étaient pas sans se quereller: les Anglais des îles britanniques, les Écossais, les Irlandais. Unis par la même langue, ils n'en abandonnaient pas pour autant leurs atavismes nationaux et religieux. Globalement cependant, l'élément anglais, en tant que bloc linguistique, resta prépondérant dans le Vieux Montréal pendant plusieurs décennies, tout en subissant des changements et des fluctuations.

 

L'un des changements les plus significatifs se fait au niveau de la composition ethnique. Au milieu du  19ème siècle,  Montréal était culturellement et politiquement une ville britannique. De 1831 à 1865, la population est à majorité anglophone [avec un sommet de 57 % atteint en  1844].  La prépondérance britannique se retrouve aussi au conseil municipal où les décisions politiques vont dans le sens des intérêts de cette majorité. Toute l'allure de la ville est modifiée. À compter des années 1840, l'architecture d'inspiration britannique remplace graduellement, sans l'éliminer totalement, la vieille architecture française. La situation commence à se renverser vers  1865  alors que les francophones redeviennent majoritaires dans la ville. Cela s'explique par l'arrivée des ruraux canadiens-français venus travailler dans les

usines, à un moment où l'immigration d'origine britannique est nettement en baisse. L'annexion de municipalités de banlieue,
 peuplées en grande majorité de francophones, accentuera ce mouvement. Il faudra toutefois attendre une vingtaine d'an-
nées avant que ce renversement de la composition ethnique ne se répercute au conseil municipal. Il faudra beaucoup plus de temps avant que l'image de la ville et ses principales institutions culturelles ne retrouvent leur visage français (23).

 

Il est important de bien avoir à l'esprit cette situation démographique et aussi tout l'arrière-plan socio-économique

où se produisent les croisements de traditions ethniques et de langues qu'a connus le Montréal de la seconde moitié du

XIXème siècle.

 

L'enfance d'Émile Nelligan se situe au sein d'une famille où deux langues et deux cultures doivent se frayer un seul chemin. Le futur poète tirera sans doute bien des richesses, mais il ne pourra éviter certains écueils, dans la recherche de sa propre identité. L'individu, on le sait, organise plus facilement sa vie dans un pays

démographiquement et culturellement monolithique. Émile Nelligan doit passer son enfance dans une cité déjà devenue une puissante métropole, et qui a un double visage: anglais et français. Il apprendra donc deux langues, se nourrira à deux cultures; mais parce que sa mère est fortement attachée aux origines de ses ancêtres, il penchera toujours davantage vers la tradition française d'un grand-père célèbre, maire de Rimouski, qu'il n'a jamais connu mais dont le souvenir demeure vivant: Joseph-Magloire Hudon.

 

________

 

4 Luc Lacourcière, [Chronologie d'Émile Nelligan], dans ENPC, 1952, p. 31-32.

 

5 Nous tenons ces renseignements d'Edward MacLysaght, D.  Litt. ,  M.R.I.A.,  qui , dans son livre More Irish Families,  Galway & Dublin ,  O'Gorman Ltd.,  1960,  p. 191-192, sous l'article  [(0) Nelligan] rapporte ceci: [(0) NELIGAN 
        King's analysis of the  1911  census for Kerry indicates that there were then 34 Neligan families in that county and as we know that the name is also in Co. Cork it is remarkable that it does not find a place in the almost contemporary statistical return
prepared by the Registrar-General since this purported to indicate every name for which 5 or more births were recorded in the year. ln  1864  there were 8 Neligan registrations and in 1865 twelve,  nearly all in Counties Cork and Kerry. As far back as the sixteenth century it occurs in Kerry and Cork records, but it is not to be found in the Annals or the genealogical treatises,  consequently little is known of its origin. The earliest references I have found suggest that it originated in south Leinster. ln  1315 Richard Nelgan, a follower of the Kavanaghs, is mentioned as an interpreter on the occasion of Richardn's intercourse with the Irish chiefs. At the end of the next century we find John Neligan a merchant in Kilkenny and Nicholas Neligan a householder in
 the same city. Ballynelligan is a place near Lismore. John Moore Neligan  (1815-1863),  a physician who wrote a standard text book on medicines, was born at Clonmel. Rt. Rev. Moore Richard Neligan (1863-1922),  noted Anglican bishop, was Irish born. Woulfe gives Ô Niallgain, which is derived from the christian name Niall, as the Irish form of Neligan.]

    Il est également  à  noter que dans  New Dictionary of American Family Names  de Elsdon C. Smith [New York, Evanston, San Francisco, London, Harper  &  Row, publishers, 1956],  à  la page  368,  on peut lire ceci:  [Nelligan, Neligan (ir) descendant of Little Niall (champion).]

 

6  [O'Flynn, O'Lynn],  dans Edward MacLysaght, Irish Families. Their Names, Arms and Origins, Dublin , Ireland/Tolowa, New Jersey, Allen Figgis & Co. Ltd Publishers, [s.d.], p.148-149.

 

7  Deux documents permettent de connaître les antécédents  des grands-parents du poète: leur acte de mariage à Saint Mary's  Pro-Cathedral  Church et les  renseignements ayant trait à la naissance de leurs enfants au Rotunda Hospital  de  Dublin. L'attestation officielle de Saint Mary's Pro-Cathedral se  lit comme suit: [I certify  that it appears from the Marriage Registers of St. Mary's Metropolitan Church, Kent at the Pro- Cathedral, Marlborough Street, Dublin, that Patrick Nelligan and Catherine Flynn were lawfully Married according to the rite of  the Catholic Church on  the 24th January 1847 in the presence of William McCormick and Mary Meban. (Signé) Donald McCarthy, priest of
 the said parish.]

 

     La naissance des enfants de Patrick Nelligan et Catherine Flynn est indiquée dans le  [Register of Labour Patients] du Rotunda Hospital , sous  les entrées: 163787 [David, né le 11 juillet 1848]; 168808 [Margaret, née le 17 novembre 1850]; 177392 [Patrick, né le 20 mars 1855]. La fiche d'inscription au Rotunda Hospital est uniforme pour tous les nouveaux-nés. Dans le cas du père du poète, elle se lit ainsi:
 [Mother's Name: Catherine Neligan
 Age: 26
 Husband's Name and Business: Patrick Servant
 Parish: Thomas'
 Religion: Roman Catholic
 When admitted: 9th  July
 When delivered: 11th July
 Sex: Boy
 When discharged: 18th July
 No. of Ward: 1.]

Il est à noter qu'on n'indique pas ici le prénom mais seulement le sexe de l'enfant nouveau-né: [boy] ou [girl].

 

8 [Heads of Household] Census, Dublin. Ref. 1A-39-38. Nous remercions ici M. Donal F. Begley,  Chief Herald of Ireland qui a bien voulu nous communiquer ce précieux document ainsi que celui décrit dans la note 7 comme aussi de nombreux renseignements au sujet du Dublin du XIXème  siècle. Sa constante et sympathique collaboration a grandement facilité nos recherches sur les ancêtres irlandais d'Émile Nelligan. Notre gratitude va aussi à M. Ian Czak, professeur à Trinity College, University of Dublin,
 consultant au ministère des Affaires étrangères d'Irlande,  dont  l'intérêt pour nos recherches  ne s'est jamais démenti.

 

9  Généalogie de [sic] Sieur Guy Corbeil ,  industriel,  établie  par  l'Institut  généalogique Drouin de Montréal, 1938. Ouvrage  non  paginé , commandité e t pr éparé avec la collaboration d'Émile Corbeil, le mari  de  Gertrude Nelligan, soeur  du  poète.  Nous avons utilisé l'exemplaire appartenant  à  Maurice Corbeil,  annoté par son père. Les renseignements ajoutés par celui-ci aux données généalogiques de l'Institut Drouin viennent des recherches personnelles d'Émile Corbeil, ainsi  que de l'information orale provenant directement de  la famille Nelligan. D'autre part, ces notes,  faites après 1931, véhiculent en elles-mêmes les défaillances de la mémoire; ces témoignages oraux sont plus exposés aux erreurs que la preuve officielle, écrite. Émile Corbeil a annoté  une Généalogie  en 1938, donc 14 ans après la mort de  David Nelligan  dont il  semble tenir la plupart des renseignements ayant trait aux origines irlandaises de sa femme Gertrude, mort en 1925.

 

10 Dans le registre de l'église catholique paroissiale de Buttevant nous lisons: [22 October 1820 - David of Patrick Neeligan  &  Margaret Daly  of Bally berg.  Sps.
 John  &  Mary  Flynn.
 25 May 1823 - Ellen of Patrick Nelagan & Margaret Dally [sic] of Ballyberg.
 Sponsors,  Denis  Barrett & Johanna Lynch.]
 Renseignements  aimablement fournis  par M. Donal F. Begley de Dublin.

 

11 Patrick Nelligan, fiche d'emploi, ANC, R.G.3, Postes, vol. 1025, 116782, p. 10.

 

12 Recensement-Canada Est, 1861, Montréal, quartier Saint-Laurent, ANC, R.C.31, vol. 592, C 128822. Les données proposées dans des recensements subséquents brouillent le tableau que nous venons d'établir. Celui de 1871 indique ainsi l'âge des Nelligan: Patrick [père] - 50; Catherine [mère] - 40; David - 22; Margaret - 19; Patrick- 16;  Cathi - 11. Dans le recensement de 1881, nous lisons: Patrick - 60; Catherine- 50; Margaret - 25;  Cathi - 20.  Comment expliquer alors le fait que Catherine Flynn
 Nelligan, âgée à Dublin de 26 ans en 1848, donc née en 1822, ait rajeuni de huit ans dans des recensements de 1871 et de 1881.  Et la confusion persiste  lorsque Patrick Nelligan meurt le 5 mars 1888; la presse montréalaise souligne qu'il est décédé à l'âge
 de 70 ans.  Lorsque Catherine Flynn Nelligan meurt le 12 juin 1889, la presse déclare qu'elle est décédée, elle aussi,  à l'âge de 70 ans. Si l'on s'en tient à  ces dates, ils seraient nés respectivement en 1818 et 1819, ce qui est d'ailleurs inscrit sur leur tombe. Ces dates semblent cependant erronées comme l'est aussi la date de naissance de David Nelligan: 1849, gravée sur la pierre tombale de la famille Nelligan au cimetière de la Côte-des-Neiges.

 

13 Mackay's Montreal Directory New Edition Corrected in May & June 1861-62, Montreal, by R.W . Stuart Mackay. Ce bottin deviendra plus tard Lovell's Montreal Directory  et finalement  Montreal Directory. Ce guide est l'une des sources qui nous a permis d'établir les adresses successives de la famille Nelligan.

 

14 Les renseignements proviennent de deux sources: [Rôle d'évaluation foncière, quartier Saint-Laurent], Cadastre n° 697, 1882; Cadastre n° 696, 1885 et 1887; [St. Lawrence Ward], 1879, Lagauchetière Street, Personal Taxes and Businesses Duty.

 

15 Acte de mariage de Patrick Joseph Nelligan et de Flavia Victoria Tisdale, 22 juin 1874. Registres paroissiaux de l'église Saint-Patrice de Montréal, 1874, M.

 

16 I. Hickson, lettre de recommandation du 30 novembre 1867 en faveur de David Nelligan, lettre rédigée au nom de la direction du Grand Trunk Ry of Canada, ANC, R.G.3,  Postes, vol. 931, document 36.

 

17 Edwin King, inspecteur des Postes, lettre de recommandation en anglais [novembre 1867], adressée à M. Patrick Tiffin, en vue d'un emploi pour David Nelligan à titre de commis dans son bureau.

 

18 David Nelligan: deux fiches d'emploi, 20 novembre 1867 - 1er juillet 1892, ANC, R.G.3, Postes, vol. 1025, documents 116783 et 116784.

 

19 David Nelligan empruntait souvent des livres français à la bibliothèque du Fraser- Hickson Institute. Selon les registres de cette institution, en octobre 1873, David Nelligan s'y rendit sept fois [les 8, 10, 15, 18, 22, 27 et 29 octobre] et emprunta cinq
 ouvrages: Madelon, Sous les tilleuls, Devant les tisons, Un cadet de  famille, Fils du diable  [4 volumes]. Cf. Fraser-Hickson Institute-Institut canadien, Livres de prêts, 1873, p.47. Mme Béatrice Hudon-Campbell nous a assuré que d'après ses souvenirs ayant
 trait à la dernière décennie du XIXème siècle, David Nelligan parlait relativement bien le français et avait même appris l'italien par ses propres moyens. Il ne faut pas oublier non plus qu'à cette époque parler anglais était très à la mode au sein de la petite
 bourgeoisie française bilingue.

 

20 Pour plus de renseignements sur les Irlandais au Canada et à Montréal, nous signalons les ouvrages suivants:  Marianna O'Gallagher, s.c.h., Gros Ile. Gateway to Canada, 1832-1937, Québec, Carraig Books, 1984, 185 p. Cecil Houston et W.J. Smythe, The Sash  Canada Ware, Toronto, University of Toronto Press, Wakson Griffin, An Irish Evolution, Toronto, The Ontario Press Limited, 1982, 33 p.  William M . Noble, [The
 Irish in Canada, 1815-1867], thèse de  doctorat, University of Maryland, 1975, vi, 384 p., surtou t chapitre II, [Irish Migration], p.27-78.

 

21 Recensement du Canada: 1861, 1871, 1881 et 1891.

 

22  Pour plus de renseignements voir: Jean Hamelin et Yves Roby, Histoire économique du Québec, 1851-1896, Montréal, Fides, 1971, xI, 436 p.

 

23 Paul-André Linteau, René Durocher et Jean-Claude Robert, Histoire du Québec contemporain. De la Confédération à la crise (1867-1929), Montréal, Boréal Express, 1979, p. 157.


 

Source: Nelligan 1879-1941 Biographie, Paul Wyczynski, Fides, p.p. 25-41.


Attention! Dites-moi si cela vous à plu et je vous soumettrez aussi les quelques pages sur la famille Hudon [17 pages], côté maternel d'Émile Nelligan.

 

J'espère que je vous ai transmis le désir de lire ce livre au complet, car, il renferme beaucoup plus: par exemple, les débuts de l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu lequel, à l'époque, était une petite ville; On y traite aussi de la vie à Cacouna, un pittoresque village, celui-là, et bien plus encore.

 

Cordialement,

Pilote_Qc

Mots-clés: Nelligan Patrick Poète émile Généalogie



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Visionner 1 - 4 de 4 Commentaires

De: Pilote_Qc
07/20/2009 22:44:13

Bien reçu lisejolin, cela me rappelle qu'il faut après un certain temps revisité des sites déjà vus pour apprécier leurs nouveautés. Par exemple, ce buste de Nelligan n'y était pas lorsque j'y suis allé moi-même. Toutefois s'il y était, je n'y ai pas porté attention, tout simplement. Cela fait bien longtemps... .




    Bonjour genlady, il est étonnant parfois de constater que l'on ne porte pas suffisamment attention au nom des personnes. Souvent, ce nom trahit ses origines. Dans le cas de Nelligan, je fus surpris d'apprendre son origine.


 


    Le membre pierrebernier à soumis un blogue sur Griffintown que vous trouverez, je crois, très intéressant. Quant à moi, je viens de mettre en ligne quelques photos de ce coin de pays presqu'oublié. Alors, je vous invite à regarder ces images car j' ai mis en regard de chacune d'elle une description  représentative, autant que possible. Vous trouverez là un bref résumé de l'histoire de ces ouvriers irlandais de Montréal. Bon visionnement!




CGagnon, en effet, la mère d'Émile, Émilie Hudon, est de langue française et parle l'anglais avec un léger accent. De plus, elle excellait dans les cours de musique, dit-on. Son père, David, vient d'une famille anglo-irlandaise; il parle français mais avec un accent anglais. 


Alors, comme promis, vous aurez vos pages sur la famille Hudon très bientôt.



De: CGagnon
07/20/2009 15:31:51

Hommage à la mère d’Émile.  Elle a transmis à son fils non seulement sa langue maternelle, mais aussi son goût de l’art.


 


J’attends vos pages sur la présentation des Hudon, ancêtres de Nelligan.


 


Le livre Nelligan, 1879-1941 (Biographie), Montréal, Fides, 1987, xvi, 635 p. a connu une 2e édition en 1990, Collection « Le Vaisseau d'Or ».



De: lisejolin
07/20/2009 06:18:18
Mille excuses, j'ai oublié de mentionner la ville : le carré St-Louis, à  Montréal.


De: lisejolin
07/20/2009 05:32:00

Émile Nelligan a demeuré au carré St-Louis, à l’angle des rue Laval et Prince-Arthur, de 1887 à 1892.  C’est dans cette superbe place publique, du côté des rues Square St-Louis et Laval qu’on peut retrouver le buste d’Émile Nelligan réalisé par Roseline Granet.



 







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