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Confusion
Ajouté le 08/02/2009 19:12:28 par Pilote_Qc

D'une nationalité à l'autre.

 


En Angleterre

 

Albert de Saxe-Cobourg-Gotha époux de Victoria [Reine, et cousine d'Albert] sont tous deux issus de la lignée Cobourg

[Source: A.N. Wilson, Grandeur et Décadence de la Maison Windsor]. Or, Élisabeth II est une descendante de cette famille.

Donc, Sa Majesté est et saxonne et allemande de souche. D'où le terme anglo-saxon pour désigner les habitants d'Angleterre,

je suppose.

 

 

Au Canada

 

Nous, de français, somme devenu canayens ensuite canadiens. Lorsque la France nous à laissé pour compte, naguère, ne

devenions-nous pas, de ce fait, sujets britanniques?

 

Eux, d'anglais, sont devenus loyalistes anglais parce qu'un grand nombre d'entre-eux devinrent rebelles anglais. Ceux-ci

formèrent les États-Unis d'Amérique du Nord pendant que ceux-là demeurèrent fidèle à la couronne britannique mais, des

immigrants venus de partout se joignaient sans cesse à eux. Ils formèrent un peuple multi-culturel réuni par la langue et la

nouvelle mère-patrie. Aussi, ils décidèrent de s'appeler canadians.

 

Cependant, pour nous, les choses évoluent encore. De britannique nous passons de nouveau à canadiens mais, des immigrants venus de partout se joignent à nous. Nous formons un peuple multi-culturel séparé par la langue et la nouvelle mère-patrie. Aujourd'hui, d'aucuns nous surnommes québécois. Ce que les canadians ont rapidement traduit par quebequers.

 

Il ne faut donc pas nous en vouloir, Elvis Gratton et moi, d'être un peu confus... .

 

Si quelqu'un a compris ce que je me suis donné beaucoup de peine à énoncer ici, celui-là, et celui-là seul, est prié de se

lever pour faire la lumière sur cette nébuleuse affaire. Qui sommes-nous?

Mots-clés: Confusion Langue Canadien Canadian Québécois Identité



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Visionner 1 - 5 de 5 Commentaires

De: Pilote_Qc
05/09/2012 17:43:57

Vous obtiendrez des précisions sur les événements qui ont présidés à former la nation anglo-saxonne de l'Angleterre, à cette adresse:


 


 


Précision


http://genealogie.planete.qc.ca/blog/view/id_5361/name_Pilote_Qc/title_Pr-cision/



De: Pilote_Qc
01/22/2010 08:35:36

Parlant d'humour, Hebert2, voici un texte, de monsieur Raoul Blanchard (1), qui décrit ce qu'est la Nation Canadienne, et justement, il y est écrit:


[...le Canadien reste gai et vif, grand ami de la plaisanterie, toujours prêt à la discussion, peu réceptif à l'ennui.] Alors, plus aucun doute, j'en suis!


____


(1) Raoul Blanchard (1877-1965), géographe français, né à Orléans, auteur de travaux sur les Alpes et sur le Canada.



Source: Larousse Sélection, 1973
________



Raoul Blanchard, Le Canada Français, Librairie Arthème Fayard


 


Dans son livre intitulé [Le Canada Français], monsieur Raoul Blanchard présente ainsi son ouvrage.


 


Le plan


 


Avant-propos
Chapitre Premier. --- La nature canadienne
Chapitre II. --- La marée du peuplement
Chapitre III --- Les occupations traditionnelles
Chapitre IV. --- L'essor industriel
Chapitre V. --- L'activité commerciale
Chapitre VI. --- Villes et campagnes
Chapitre VII. --- La personnalité de la nation canadienne


 


Évidemment pour ne pas trop ennuyer le lecteur, vous l'aurez compris, je m'en tiendrai ici aux extraits du chapitre II et du chapitre VII, et en guise d'introduction, je vous livre aussi son avant-propos.


Subdivisions des chapitres II et VII


 


Chapitre II. [Voir mon blogue intitulé [La genèse de la Nation Canadienne]



La colonisation de la Nouvelle-France
Les colons britanniques
L'expansion canadienne française [L'expansion canadienne]
L'émigration des canadiens français [L'émigration des Canadiens]
Une réaction: la conquête du Nord
L'état actuel du peuplement


 


Chapitre VII
L'évolution des sentiments
Les états d'âme d'aujourd'hui


 


 


Bonne lecture!




Chapitre VII


 


La personnalité de la Nation Canadienne


 


Il nous reste à présenter  le principal acteur du drame qui se joue depuis plus de trois  siècles sur la scène de la Province de Québec, à savoir la nation canadienne elle-même. Mais pour comprendre où il en est aujourd'hui, on ne peut se dispenser de suivre les phases par lesquelles elle est passée et qui lui ont valu son état d'âme actuel.


 


L'évolution des sentiments


 


Le stock originel. --- Ces quelques milliers d'hommes issus pour la plupart de la France de l'Ouest nous semblent avoir formé dès l'origine un groupe singulièrement éveillé, qui d'emblée s'est élevé à la hauteur des difficultés proposées par l'énormité des tâches à accomplir. Ils témoignent de qualités de colonisateurs bien supérieures à celles de leurs voisins britanniques, en se révélant plus audacieux, plus disposés à courir les aventures, fréquentant volontiers les indigènes et les mettant dans leurs intérêts. Ils ne sont pas encore qu'une poignée d'hommes, à la fin du XVIIe siècle, qu'ils ont déjà couru à travers le continent, de la Baie d'Hudson au golfe du Mexique, installant des postes et des comptoirs; les premiers ils vont s'établir aux emplacements qui seront Chicago, Saint-Louis, La Nouvelle-Orléans, Détroit, Pittsburg [Fort Duquesne], Toronto [Fort Rouillé], cependant que les Anglais n'osent pas dépasser les montagnes apalachiennes. Ils sont inimitables comme coureurs des bois, allant en chantant par rivières et portages, vivant à la manière des Indiens, s'intéressant aux moeurs des Sauvages avec une véritable Sympathie, adoptant même certaines de leurs coutumes; il est possible que le goût pour les vêtements aux couleurs violentes, qui s'affirme aujourd'hui encore chez beaucoup de jeunes Canadiens, ait été inspiré par les virulents bariolages dont se paraient les indigènes, Sans doute la traite des fourrures rapporte gros, mais les profits en vont aux marchands beaucoup plus qu'aux [voyageurs] et ce qui jette nos Français à travers la forêt, c'est d'abord l'attrait d'une vie libre, dangereuse et joyeuse à la fois. Les candidats ne manquaient pas; à plusieurs reprises l'autorité dut mettre le holà, de crainte que la colonie ne manquât de laboureurs.


 


Ce goût d'aventure implique obligatoirement la bravoure. Bravoure militaire: les Canadiens n'ont guère cessé de se battre au cours des 150 années du régime français, menant une lutte harassante contre les Iroquois, ou alliés à d'autres Sauvages parant énergiquement les attaques des milices de Nouvelle-Angleterre et des réguliers anglais. Bravoure civique, qui n'est pas moins recommandable: c'est la lutte contre les rigueurs du climat, la bataille contre la forêt dans les besognes austères du défrichement, menées avec l'ardeur des pionniers. Or ces gens qui n'avaient peur de rien étaient une nation gai, amie des réceptions et des fêtes. Les récits du XVIIIe siècles ne parlent que de bals, représentations théâtrales, vie mondaine, au moins dans la société de Québec; mais les paysans n'étaient pas moins joyeux dans leurs réjouissances, également amis d'un certain luxe qu'impliquent le nombre et la qualité des vêtements relevés dans les inventaires après décès, comme leur goût pour les chevaux. En somme, une nation vigoureuse et déluré.


 


Mais aussi très indépendant, et cela dès les origines. En 1683, le malicieux baron de Lahontan témoigne que lers Canadiens sont [vigoureux, entreprenants, braves, infatiguables], mais [présomptueux et pleins d'eux-mêmes]; il ajoute qu'[ils n'ont pas grand respect pour leurs parents de France]. Vaudreuil en 1725 s'étonne de leur esprit d'insubordination et d'indépendance; l'intendant Hocquart en 1736 les qualifie d'indociles
par nature. Bougainville en 1754 constate avec étonnement qu'[il semble que ce  soit une autre nation et même une ennemie]; les tiraillements ont été vifs pendant la guerre de Sept ans entre les chefs métropolitains et les autorités canadiennes. Louis XV, souverain lucide, était convaincu que ces colonies lointaines attendaient [les moyens, un jour, et peut-être promptement, de se soustraire à la France]. Il n'y a guère de doute qu'à bref délai un État canadien autonome n'ait tenté de se constituer, parallèlement à l'entreprise des insurgents britanniques.


 


Audace, entrain, esprit d'indédendance, adresse à résoudre les problèmes coloniaux, il semble que ce stock originel avait tout en main pour organiser un grand empire français d'Amérique. Tout sauf le nombre; si l'avant-garde marchait de bon coeur, l'arrière n'a pas suivi. On connaît les chiffres: en 1760, 65 000 Français sont aux prises avec 1 250 000 Britanniques dont 500 000 aux portes, en Nouvelle Angleterre; l'issue de la guerre plus que centenaire que se livraient les deux nations n'était pas douteuse, à moins d'une intervention massive d'armées françaises, occupées ailleurs et handicapées par l'état de la flotte. La résistance fut belle, mais ne put empêcher la capitalisation qui allait bouleverser de fond en comble les conditions de la colonie.


 


L'adaptation à la domination anglaise. --- Le passage de la couronne de France à celle d'Angleterre fut subi par les Canadiens dans le calme; ils devinrent sujets du roi Georges avec indifférence et on ne saurait s'en étonner. Cette énergique population était lasse d'une guerre interminable et menée sans merci, qui avait coûté beaucoup de vies humaines et entraîné des destructions de toutes sortes; on avait hâte de reconstruire les bâtiments et de remettre les terres en état. Les nouvelles autorités anglaise, des généraux qui avaient apprécié sur les champs de bataille la bravoure des Canadiens, rivalisèrent de bonne grâce à l'égard des [nouveaux sujets] de Sa Majesté britannique. La France en partant laissait une fâcheuse séquelle, 41 millions de livres de papier monnaie déprécié, dont une partie seulement put être résorbée. Mais cette calme acceptation du nouveau régime relève avant tout de l'état d'esprit de ces hommes du XVIIIe siècle. Le nationalisme, ce vigoureux enfant de la Révolution française, n'était pas encore inoculé aux populations; celles-ci acceptèrent alors sans broncher de passer d'une dominationà une autre pourvu qu'on respectât leur foi, leur langue, leurs usages. Lorsque la France annexe la Flandre maritime, peuplée de flamingants, et l'Alsace, de langue germanique et où s'enchevêtrent trois confessions, les populations intéressées acceptent de bonne grâce ce transfert de pouvoirs; réunie à la France au moment où le Canada en est détaché, la Lorraine, qui est partiellement de langue allemande, ne témoigne de cette annexion aucun déplaisir. Les nations ignoraient encore leur [droit à disposer d'eux-mêmes]; on ne peut pas faire grief aux Canadiens d'avoir éprouvé en l'occurence les mêmes sentiments que les hommes de leur temps.


 


Cela ne veut pas dire qu'ils se réjouissaient de l'avènement de ces nouveaux maîtres, ni même qu'ils éprouvaient quelque sympathie pour eux. Tout au plus peut-on penser qu'ils s'accommodaient moins mal des Anglais d'Angleterre que des colons anglais de Nouvelle-Angleterre, leurs ennemis de toujours. Ils se tinrent donc sur une prudente réserve, attendant de voir comment les choses tourneraient. Car les choses tournaient: à peine le traité de Paris avait-il consacré le transfert du Canada à l'Angleterre que les vieilles colonies commençaient à s'agiter. Aussi n'est-ce pas un hasard qu'au moment même où se livraient à Lexington et Concord les premières batailles de l'indépendance américaine était promulgué l'Acte de Québec, qui garantissait aux Canadiens l'usage de leurs lois françaises, le libre exercice de leur religion, la création d'un conseil de gouvernement où trouveraient place plusieurs aristocrates de leur race. Ces concession anglaises sauvèrent la domination britannique au Canadacar lorsque les insurgents marchèrent sur Québec et Montréal, la plupart des Canadiens, qui n'aimaient pas les Bostonnais, se tinrent dans l'expectative. [Rien à craindre d'eux quand nos affaires vont bien, tout quand elles vont mal], disait le gouverneur Carleton. Même lorsque la France devint  l'alliée des Américains et invita les Canadiens à la lutte contre l'Angleterre, la colonie ne connut aucun mouvement sérieux. C'est avec le même détachement qu'ils accueillirent en 1791 la nouvelle constitution qui leur donnait une Chambre élue, mais détachait d'eux la nouvelle Province du Haut Canada, refuge des loyal;istes qui avaient fui les colonies insurgées.


 


Cependant  les événementsd d'Europe allaient encore détendre les vieux liens qui pouvaient tenir les Canadiens attachés à la France. Les sympathies qu'avaient pu faire naître dans les classes populaires les débuts de la Révolution française furent vite effacées par la politique religieuse de la législative et de la Convention; l'arrivée au Canada d'une cinquantaine de prêtres émigrés ne contribua pas peu à échauffer des sentiments hostiles à la France. L'évêque de Québec en 1798 fait célébrer un Te Deum à l'occasion de la victoire de Nelson sur la flotte française à Aboukir: la Chambre vote un subside de 20 000 livres à l'Angleterre pour se dépenses de guerre et Québec illumine à la nouvelle de Trafalgar, Mrg Plessis en 1798 va jusqu'à se réjouir publiquement de la conquête, qui a épargné aux Canadiens les fureurs révolutionnaires.


 


Ces manifestations de l'église sont l'indice des grandes transformations que la France a infligées à la société canadienne par l'abandon de ses possessions au Canada. La capitulation et le traité de Paris autorisaient le rapatriement de tous ceux qui désiraient rentrer en France; les officiers et les troupes de lignes, les fonctionnaires et un certain nombre de nobles quittèrent le pays. Cependant la majeure partie de ce qu'on peut appeler les hautes classes demeura sur place; l'étude du Juge Baby nous indique que 130 seigneurs, 100 bourgeois, 125 marchands, 25 hommes de loi, une trentaine de médecins et autant de notaires restèrent au pays. Mais cette élite perdit rapidement son influence et sa richesse. La plupart des seigneurs se discréditèrent par les avances qu'ils firent aux anglais et qui allaient parfois jusqu'à la servilité; cette attitude trouve son excuse dans la détérioration de leur situation financière, le morcellement des seigneuries par les pratiques successorales, le fléchissement des cens et rentes à l'égard des prix que les guerres ont fait monter en flèche; ainsi la noblesse perd ses ressources et son autorité. Les marchands ne sont pas mieux lotis, car les relations sont rompues avec leurs fournisseurs français au moment ou ils sont soumis à une redoutable concurrence, celle d'avisés commerçants anglais et écossais-anglais qui se sont abattus sur Québec et Montréal. Ces nouveaux venus ont de beaux atouts en main: ils jouissent de la confiance des autorités, ils ont des répondants en Angleterre, par où doit passer tout le trafic, effectué par des vaisseaux britanniques. Aussi ne tardent-ils pas à s'imposer; ils s'emparent de la traite des fourrures, qui est longtemps l'unique exportation, puis s'adjugent après 1800 le trafic du bois; ils disposent de l'importation. Le succès leur vaut une influence politique considérable, complètement disproportionnées à leur nombre.


 


Cette élimination des élites canadiennes laïques ne laisse à la tête du peuple que le clergé: l'évêque, les curés. Le prélat, tant que la Chambre d'assemblée n'a pas encore fonctionnée[et elle démarre avec lenteur] devient l'intermédiaire entre la population et les autorités anglaises, et les curés font part de ses directives à leurs ouailles. Face aux maîtres étrangers qui sont protestants, le clergé affirme dans la foi catholique les droits de la race. Ainsi commence à se préciser un des traits les plus caractéristiques du groupe canadien, un attachement à la religion qui se confond avec le souci des destinées raciales.


 


L'éveil d'un esprit national. --- Ainsi, au cours de la quarantaine d'années qui suivent leur Abandon par la France, les Canadiens ne sont plus guère qu'une tribu peu différenciée de paysans laborieux et prolifiques, conduits par leurs prêtres. Mais à ces chefs religieux vont bientôt s'ajouter de nouveaux cadres laïques. Une modeste prospérité née des prouesses commerciales des marchands anglais et des besoins de la Grande-Bretagne aux prises avec les guerres napoléonniennes reflue jusque sur le groupe canadien qui s'enfle avec rapidité. Les prix montent, et avec eux les salaires; les paysans vendent mieux leurs denrées et des lors font des achats; de petis commerçants commencent à pulluler dans les villes et les campagnes. Le début du XIXe siècle voit des noeuds de population se solidifier dans les rangs, aux abords de l'église: c'est le village qui naît à la vie canadienne, avec son groupe de marchands, d'artisans, de [professionnels] [professions libérales], notaires, avocats, médecins, arpenteurs. M.F. Ouellet fait observer que de 1791 à 1810, le nombre de notaires canadiens est passé de 48 à 105, l'effectif des avocats est monté de 9 à 29, celui des médecins de 7 à 17; il y a 28 arpenteurs. Une nouvelle bourgeoisie est née, issue du milieu paysan et restée proche du peuple qui lui fait confiance; elle offre aux canadiens des cadres neufs en plus de leurs chefs religieux. Or cette nouvelle bourgeoisie prenait vite conscience d'un rôle  à jouer, celui de défenseur des libertés du peuple canadien contre l'égoïsme des puissants marchands anglais et contre les profiteurs groupés dans la [Clique du Château] [de Québec] autour des autorités. Elle avait un moyen de se faire entendre, qui était de pénétrer en masse dans la Chambre s'assemblée et de s'en assurer le contrôle; les Français pouvaient déployer là certaines des qualités de la race, l'usage de l'éloquence, le goût des manoeuvres et des discussions politiques, et ils y firent merveille. Les premières élections n'avaient amené à la Chambre que des nobles et des marchands, dont un effectif d'Anglais [16 sur 50] disproportionné à leur nombre [10 000 sur 156 000]. Mais après 18  , l'Assemblée est envahie par les professionnels français, qui y font la loi, en expulsent les juges, répondent aux arrestations arbitraires décidées par le gouvernement Craig en faisant réélire les prisonniers. Un sentiment national prend corps.


 


Ces portes-paroles des Canadiens se révèlent vite des libéraux. S'ils évitent toute référence à la Révolution française, du moins invoquent-ils les philosophes du XVIIIe siècle, dont les oeuvres ont pénétré au Canada dès leur apparition: une Académie Voltaire tenait séance à Montréal dès 1778; on lisait Rousseau avant 1800; en face d'un gouvernement oligarchique, ces élites nouvelles invoquent la souveraineté populaire et les droits individuels. C'était là inquiéter l'Église de Québec, attachée aux pouvoirs établis et d'avance hostiles à tout ce qui dégage un fumet de la Révolution française: aussi Mgr Plessis prit-il vigoureusement parti contre les tendances des nouveaux meneurs. Il en résultat une manière de divorce entre la hiérarchie catholique et les jeunes chefs libéraux, qui avaient derrière eux la grande masse des électeurs; un soupçon d'anticléricalisme se répandit parmi la bourgeoisie et alla jusqu'à gagner les masses paysannes. Nous avons lu, à propos de nos Études canadiennes, de nombreuses Histoires de paroisses, toutes rédigées par des prêtres; bien qu'elles soient toutes de type apologétique, certaines relatent honnêtement, à propos de la première partie du XIXe siècle, quelques actes d'insubordination des fidèles à l'égard de leurs pasteurs, qui nous paraissent stupéfiants aujourd'hui.


 


L'homme qui incarne ces tendances libérale est Papineau, élu président de la Chambre en 1815 et qui pour une vingtaine d'années va être le chef incontesté des Canadiens grâce à son intelligence et ses dons d'orateur, qui valaient mieux que son sens politique; nous le comparerions volontiers à Édouard Herriot. Papineau, peut-être sans s'en rendre pleinement compte, est un fils de la Révolution française, mâtiné d'idées empruntées à la démocratie américaine; il est anticlérical et va jusqu'à se séparer complètement de l'Église; il est aussi le chef des [Patriotes], qui combattent l'oligarchie des fonctionnaires et des marchands pour obtenir un véritable gouvernement parlementaire. La tendance est plus républicaine qu'anti-anglaise, et des Britanniques combattent aux côtés de Papineau; par malheur l'adversaire oligarchique ne comporte guère que des éléments anglais, ce qui éveille des animosités raciales. Au fond, la ressemblance est grande avec les réclamations des Treize Colonies  de la Noiuvelle-Angleterre qui aboutirent à l'indépendance; il s'y mêle pourtant un parfum subtil issu de la Révolution française et dans les conférences tenus en 1837, les Patriotes se traitent de [citoyens], chantent la Marseillaise et déploient le drapeau tricolore.


 


Il y avait de quoi alarmer le gouvernement anglais et les autorités raidirent leur attitude, firent venir des troupes, tandis que les Patriotes multipliaient les réunions, élevaient des poteaux de la liberté couronnés d'un bonnet phrygien, dédaignaient les appels au calme des évêques et débordaient les consignes de leurs chefs; ceux-ci se révélèrent d'ailleurs conducteurs d'hommes. Des rassemblements armés [pauvrement armés!], citadins et paysans mêlés, apparurent à proximité de Montréal à l'automne de 1837, sur le Richelieu et dans Deux Montagnes, pour forcer la main aux autorités en faveur d'un gouvernement démocratique; mais les troupes régulières aidées par des volontaires britanniques eurent vite raison de ces pauvres gens à Saint-Denis sur le Richelieu et Saint-Eustache. Les volontaires anglais se déshonorèrent à Saint-Eustache par le pillage et l'incendie, semant là des germes d'anglophobie qui ne demanderont qu'à s'épanouir.


 


Cette [Rébellion de 1837] a engendré de graves conséquences. Au cours des années précédentes, les Canadiens avaient loyalement cherché à s'adapter à la domination anglaise pourvu qu'on leur concédât un régime démocratique. On leur répond en les annexant au Haut-Canada tout britannique que gonfle une puissante immigration, ce qui va bientôt faire d'eux une minorité; Québec cesse d'être une capitale. Par cette mesure Lord Durham, que Londre a envoyé pour résoudre le problème canadien, compte noyer les Français sous une inondation anglaise et par là arriver à une assimilation paisible. Jamais la menace sur la race n'a été aussi sérieuse. Mais les Canadiens vont imaginer des parades.


 


Les options définitives. --- Les émules et disciples de Papineau, après la fuite du chef, surent tirer des événements le moins mauvais parti possible. Évitant les querelles raciales, ils firent alliance avec les éléments libéraux du Haut-Canada [les Reformers] pour obliger l'Angleterre à accorder à la colonie un vrai régime parlementaire. L'alliance fut loyale et étroite: on vit Lafontaine [Louis-Hippolyte Ménard dit Lafontaine], meneur des Canadiens, élu à Toronto, et le chef des libéraux anglais devenir député de Rimouski; elle porta ses fruits et le Canada fut doté du régime représentatif. Après la précoce disparition de Lafontaine, Georges-Étienne Cartier reprit la même politique d'union pour réaliser la Confédération; considérant que les Français étaient des lors en minorité, il jugea que leurb meilleure sauvegarde était la possession de leur Province de Québec où ils étaient sûr d'être les maîtres. Ainsi 30 ans après la rébellion de 1837, non seulement les objectifs des Patriotes étaient réalisés, mais de plus les Canadiens possédaient un réduit où pourraient s'épanouir leur culture et leur foi.


 


Précisément l'Église catholique réalisait de son côté un remarquable rétablissement. Elle prend avec énergie le contrôle de l'enseignement en multipliant les écoles confessionnelles, en créant des petits séminaires et des collèges classiques; en 1852 elle fonde l'Université Laval, qui se dédoubla en 1876 par une succursale à Montréal. On s'avisa aussi que la France, d'où était venu le poison libéral et révolutionnaire, pouvait également fournir l'antidote de ces doctrines. La vivite de Mgr de Forbin-Janson, évêque de Nancy, fur l'occasion d'une véritable croisade; les sermons du prélat attirèrent des foules, provoquèrent des retraites, ranimèrent les ardeurs apostoliques. On fit venir de France des congrégations d'hommes et de femmes vouées à l'enseignement, aux missions, aux oeuvres de charité. L'élément moteur de cette renaissance catholique fut le fougueux Mgr Bourget, qui occupa de 1840 à 1876 le siège de Montréal et lutta pendant plus de quarante ans contre les [rouges], qui s'inspiraient des principes de 89; après lui Mgr Laflèche, non moins ardent, propagea au Canada les théorie de Louis Veuillot. Ces efforts ont porté fruits: à la fin du XIXe siècle l'anticléricalisme a disparu, et les idées libérales avec lui; il est désormais acquis que les Canadiens forment une nation catholique chargée d'une mission providentielle et qui doit assumer le rôle spirituel qu'a abandonné la France, livrée à l'irréligion.


 


Cette affirmation d'une mission providentielle dissimule mal un complexe d'infériorité qui dès lors étreint les coeurs des Canadiens. Il procède d'abord du sentiment pénible d'être devenus une minorité: depuis le milieu du siècle les Français sont moins nombreux que les Britanniques du Bas Canada et du Haut Canada réunis. De plus, cette inégalité s'accroît rapidement et lorsque la Confédération est organisée les Français y comptent pour moins du tiers. À cette amertume d'être inférieurs en nombre s'ajoute le sentiment désagréable d'être les parents pauvres; il faut bien constater que les Britanniques des Cantons de l'Est et de la plaine de Montréal réussissent mieux en agriculture, que le commerce du bois et la construction navale sont dans des mains anglaises, que la puissante aristocratie marchande de Montréal est toute britannique. Ainsi les Français se voient écartés de toutes les voies qui mènent à l'opulence --- et à la puissance ---; Pierre Chauveau en 1846, dans son [Charles Guérin], s'écrie que le jeune Canadien instruit ne peut-être que médecin, prêtre, notaire ou avocat, et cette définition n'a guère cessé d'être exacte. De là un sentiment de frustration qui engendre un réflexe de défense de la race, au nom d'un nationalisme jaloux. Les penseurs canadiens du milieu du XIXe siècle voient le salut dans la prise de possession du sol; le héros du livre de Gérin-Lajoie, Jean Rivard, abandonne ses études pour aller défricher un coin des Cantons de l'Est et y fonder une paroisse (1862); le curé Labelle exhorte ses compatriotes à [s'emparer du sol]. L'idée était juste à l'époque où des centaines de mille Canadiens allaient se perdre dans le creuset des États-Unis d'Amérique du Nord; elle n'est plus de mise au XXe siècle où l'agriculture se ratatine, quoique cette formule soit encore fréquemment exprimée. Mais depuis l'avènement de l'âge industriel, dont les Canadiens sont empêchés de prendre la direction par la médiocrité de leurs ressources financières et par les tendances de leur éducation, il ne reste aux Français qu'à aller s'embaucher dans les usines; la race se prolétarise. Du coup, l'impression de frustration s'amplifie, le nationalisme se fait plus acerbe; il est remarquable que les idées de Mussolini, apôtre des nations prolétariennes, aient fait de nombreux adeptes dans la Province.


 


Les états d'âme d'aujourd'hui


 


La puissance de l'Église. --- Le trait le plus voyant du Canadien d'aujourd'hui est la mainmise de l'Église catholique sur la société tout entière. Elle s'exprime à la vue du voyageur qui débarque dans la Province, sans qu'il soit nécessaire d'interroger personne. Partout de vastes églises, souvent grandioses; de petites paroisses rurales se sont dotés de vraies cathédrales. Partout de cossus presbytères, des croix au bord des chemins; dans les intérieurs, des crucifix, des images pieuses. Les couvents pullulent; leurs solides et austères bâtiments meublent les villages et les villes. On constate ainsi que l'Église possède de grands moyens matériels; notons d'ailleurs qu'elle est exempte de toute taxes. Mais l'empreinte sur les âmes n'est pas moins souveraines.


 


C'est que l'Église a complètement gardé la maîtrise de l'enseignement. Elle contrôle de très près les écoles primaires ainsi que les écoles normales d'où sortent les maîtres, par l'autorité du Conseil provincial de l'instruction publique dont font partie de droit tous les évêques, assistés d'un nombre égal de laïcs choisis par l'épiscopat. Elle dirige les petits séminaires et collèges où se dispense l'enseignement secondaire. Les trois Universités française de la Province sont catholiques; leurs chanceliers sont l'archevêque du diocèse, leurs recteurs sont des prélats, beaucoup de leurs professeurs sont des religieux. On imagine que ce contrôle total de l'éducation exerce sur les croyances une puisante influence.


 


Cette influence se poursuit tout au long de l'existence par l'intermédiaire de la paroisse, organe capital de la vie sociale et longtemps unique centre d'administration, la vraie cellule primaire de la nation canadienne. Le prône et le sermon de chaque dimanche sont les événements essentiels de la semaine; des missions, des retraites à certaines saisons rassembles les fidèles. Or ces fidèles sont nombreux; les églises sont bondées, aussi bien dans les quartiers ouvriers que dans les centres bourgeois. L'influence de la paroisse s'exprime encore par les mouvements d'Action catholique, enrôlant jeunes agriculteurs, jeunes ouvriers, sous la direction d'un vicaire. L'armature paroissiale est solide et elle est bien garnie.


 


Mais l'Église exerce aussi une influence considérable sur les destinées politiques de la Province. Non en vertu de textes officiels; en fait le régime légal; est celui de la séparation de l'Église et de l'État. Mais dans cette communauté si profondément catholique, rien ne se fait sans l'approbation, déclarée ou tacite, du haut clergé; l'action de l'Église est derrière toutes les grandes lois votées par le Parlement de Québec, quel que soit le parti au pouvoir. On a vu un gouvernement décidé à mater brutalement une grève battre prudemment en retraite dès que du haut de sa chaire le primat de la Province eut exprimé sa sympathie à l'égard des revendications des grévistes.


 


Des faits de ce genre semblent évoquer une théocratie. Mais le concept a besoin d'être nuancé. D'abord tous les Canadiens ne sont pas catholiques; on découvre dans leurs rangs quelques protestants, dont nous n'avons pas réussi à connaître l'effectif, qui reste en tout cas peu considérable. Il est probable qu'ils comprennent aussi quelques agnostiques, qui se dissimulent soigneusement. Ce qui est plus sérieux, c'est que l'impitoyable concentration urbaine relâche les liens paroissiaux; le curé des villes n'a plus le contact personnel de ses ouailles, qui d'ailleurs déménagent souvent. Les syndicats ouvriers catholiques commencent à s'affranchir des directives de la hiérarchie. Las plaisanterie tempère l'absolutisme; nous avons entendu souvent d'ironiques remarques, pas bien méchantes, à propos des biens de l'Église. Un souffle de fronde voltige autour des jeunes intellectuels, qui aspirent à sortir de l'immobilisme. Un prélat fort distingué nous confiait récemment que les intellectuels de la génération, quoique irréprochables catholiques, se révélaient anticléricaux et il ajoutait rêveusement: [Ce n'est peut-être pas un mal.] Souhaitons que des contacts avec l'admirable Église de France soient profitables à celle du Canada.


 


Le complexe d'infériorité. --- Un sentiment puissant, sous-jacent à toutes les pensées, étreint les Canadiens: celui de leur état d'infériorité dans la Province que leurs pères ont crée. Car l'infériorité est réelle; les vrais leviers de commande, la finance, l'industrie, le grand commerce, sont aux mains d'étrangers confondus sous le vocable d'Anglais, tandis que les Français sont relégués dans les professions libérales, le petit commerce, l'agriculture, les emplois mineurs de l'industrie. Nous avons, en examinant les problèmes économiques, fait allusion à cette inégalité des races et observé à propos de l'industrie la timidité des capitaux canadiens à s'investir; cela ne suffit pourtant pas à expliquer la faiblesse des effectifs français dans les états-majors et les postes de confiance, lorsqu'ils ont pour eux le nombre, et l'avantage de posséder le plus souvent les deux langues, ce qui n'est pas le cas de leurs concurrents anglo-saxons. À notre avis, l'enseignement pratiqué dans la Province est largement responsable du peu d'attrait qu'exercent sur les jeunes Canadiens les carrières dites scientifiques. Nous ne voulons pas parler des Universités, qui sont en plein épanouissement, mais de l'enseignement secondaire, qui nous parait être resté engoncé dans les méthodes mises au point par les Jésuites au XVIIIe siècle; elles étaient remarquables à l'époque et formaient des hommes imprégnés de l'étude des humanités; mais les humanités, toujours nécessaires, ne sont plus suffisantes pour susciter les savants, les chercheurs et les techniciens que réclame notre époque. Un renouvellement de l'enseignement secondaire nous paraît être la nécessité la plus urgente qui s'impose, à l'effet de rendre aux Canadiens le rang qu'ils doivent occuper dans leur Province.


 


En attendant ce renouveau, l'inégalité subsiste et engendre des sentiments d'amertume, qui se traduisent par des réflexes de défense; les Canadiens défendent âprement leur langue, leurs moeurs, leurs lois, et nous nous souvenons d'un officier canadien haranguant des résistants français en 1944, déclarant: [Nous vous comprenons, car voilà deux siècles que nous faisons de la Résistance.] Cette lutte se concentre dans la sauvegarde de l'autonomie provinciale, défendue contre les empiètements du pouvoir fédéral, et engendre un nationalisme canadien. Nationalisme qui n'est pas racial, quoique imprégné d'un subtile soupçon d'antisémitisme, mais qui se propose d'affirmer aux Anglais qu'on est autant qu'eux et qu'en dépit de leurs succès on vaut autant qu'eux. On ne nie pas que les Anglais soient une grande nation qui a dominé le monde pendant deux siècles, mais on ajoute que la race qui a produit Saint-Louis, Jeanne d'Arc, Louis XIV [sans compter Napoléon et Foch] a le droit de se considérer comme leur égale. Les Canadiens sont donc fondés à maintenir leurs droits dans la Confédération et pour cela à se barricader dans leur autonomie provinciale; le parti au pouvoir depuis une quinzaine d'années à Québec, sous le titre d'Union nationale, se veut l'interprète du nationalisme canadien.


Constatant l'existence de cette émotion nationaliste, nous pouvons nous demander quels sentiments inspirent aux Canadiens les nations qui les intéressent le plus: les Anglais, les Anglais des États-Unis d'Amérique du Nord, les Français.


 


Le sentiment anti-anglais. --- Nous avons été surpris, en abordant pour la première fois la Province il y a une trentaine d'années, de la virulence qu'exprimaient nos interlocuteurs à propos de leurs compatriotes britanniques. À plusieurs reprises, on nous a âprement reproché l'Entente cordiale, qui s'est pourtant révélée si précieuse à l'heure du danger. Les deux guerres mondiales ont d'ailleurs fourni un test de cette impopularité; les Canadiens se sont énergiquement opposés à la conscription et lorsque celle-ci fut décrétée en 1917, de nombreux réfractaires se réfugièrent dans les bois. Ce n'était pas lâcheté; les volontaires du 22e régiment se comportèrent magnifiquement sur les champs de bataille de la première guerre et d'autres unités canadiennes firent merveille au cours de la seconde. Mais le sentiment populaire répugnait à aller se battre au profit de l'Angleterre; il était aggravé par la maladresse des autorités fédérales qui voulaient soumettre les recrues françaises au drill britannique et les encadrer d'officiers anglais. L'hostilité anti-anglaise qui s'est manifestés à propos des guerrres a même résisté aux objurgations du cardinal Villeneuve prêchant pour la participation à l'effort militaire; c'est dire qu'elle était virulente.


 


Cette animosité d'ailleurs s'adresse moins au peuple de Grande-Bretagne qu'aux Canadians [Canadiens-anglais], qui en effet depuis un siècle n'ont perdu aucune occasion d'exaspérer leurs compatriotes français. Les Orangistes de l'ontario se sont particulièrement distingués dans cette campagne de mauvais procédés et leur presse ne perd pas une occasion de fustiger les [papistes] du Québec, de dénoncer leurs défauts et de leur prêter de noirs desseins; les journalistes français, qui ont la plume alerte, ne manquent pas de répondre en termes vifs et ainsi est-il rare qu'une petite polémique ne soit en cours, ce qui n'arrange pas la bonne entente. Ces coups d'épingle ne sont même pas nécessaires; le comportement normal des Britanniques suffit à entretenir l'irritation. Les Anglais sont si tranquillement persuadés de leur supériorité à l'égard des autres nations qu'ils leur témoignent un dédain paisible, lequel sans se vouloir agressif n'en est pas moins désagréable. Bref, comme l'a dit en 1942 un excellent écrivain canadien, [le contact des deux races n'est jamais calme; sous des apparences pacifiques, il dérobe une contestation violente et secrète; il se manifeste par des convulsions souterraines].


 


Peut-être des conditions déplaisantes sont-elles à la veille de s'atténuer, et ce sont les Britanniques qui mettent les pouces. On décèle dans les Provinces anglaises une aspiration à mieux connaître celle de Québec et dès lors à la mieux apprécier. Le nouveau Premier Ministre du Canada, originaire de La Prairie, s'est imposé d'apprendre le français et a encouragé plusieurs membre de son cabinet à en faire autant. Cette bonne volonté a éveillé quelques échos du côté français. La tendance sera intéressante à suivre. Elle s'inscrit d'ailleurs dans le désir des chefs du Canada de faire bloc devant l'emprise grandissante du puissant voisin du Sud.


 


L'influence des voisins du Sud. --- Au contact du colosse du Sud, la Province de Québec a éprouvé à son égard des sentiments variés, mais toujours très vifs. Une animosité violente [et réciproque] lors des guerres françaises; un mélange d'hostilité et de sympathie à l'égard des colonies de la Nouvelle-Angleterre, en révolte; une franche opposition pendant la guerre de 1812. Mais Papineau et ses amis s'inspirent de la démocratie de ses voisins du Sud autant que de la Révolution française et les rebelles de 1837 trouvent refuge et appui aux États-Unis; les marchands anglais de Montréal manifestent plusieurs fois leur désir d'une annexion à la république voisine et c'est cette crainte de l'annexion qui a précipité la mise sur pied de la Confédération de 1867. Depuis que les immenses progrès des États-Unis en ont fait le colosse du monde occidental, leur ombre s'étend de plus en plus opaque sur le Canada; on sait que les capitaux des États-Unis y affluent, que leurs sociétés s'y installent, que leur esprit s'y infiltre à leur suite. D'ailleurs leur influence, depuis la première guerre mondiale, est une affection généralisée de la civilisation occidentale; le seul problème qui se pose pour la Province de Québec est celui du degré de cette tendance.


 


Or, un Européen ne s'y trompe pas: les manifestations extérieures de l'existence, d'aujourd'hui, proviennenr toutes de l'influence des États-Unis. Montréal prend de plus en plus un aspect inspiré par cette influence, et les immeubles y poussent comme champignons. Dans les rues et sur les routes circulent les énormes automobiles, vrais navires de terre ferme dont la longueur atteint parfois sept mètres [ encore que de petites voitures européennes commencent à se glisser parmi elles]. Aux abords des villes et sur des kilomètres, la campagne disparaît derrière une forêt de stations-services et de motels fortement coloré; la publicité est obsédante. Les journaux, en anglais comme en français, sont énormes, et d'ailleurs vides, à l'exception d'une feuille de Montréal qui se lit avec intérêt et qui est courte; notons aussi l'agaçante habitude de ces voisins du Sud d'apprécier les projets ou les réalisations d'après le nombre de dollars qu'ils comportent. La nourriture est de plus en plus semblable, hélas! à celle qu'on absorbe aux États-Unis: déjeuner identique, eau glacée, l'inévitable rondelle de tomate avec chaque plat. Faut-il noter l'abus de la radio et de la télévision? mais sur ce chapitre l'Europe bientôt n'aura rien a envier à l'Amérique. Le goût des performances sportives nous a paru tout aussi vif qu'aux États-Unis, tout en avouant qu'il commence à tenir chez nous une place un peu encombrante. Plus caractéristique nous semble être la passion pour les bricoles ingénieuses que multiplie le génie inventif des Anglais des États, qu'on achète avec joie et qu'on oublie huit jours après. Voici enfin qui paraît plus grave: l'habitude des achats à crédit, génératrice d'une économie dépensière. On se résigne à vivre dans l'endettement, à payer ainsi plus cher, option qui fait frémir la plupart des Français de France, fidèles à leur hérédité paysanne.


 


Sauf ce dernier trait, qui va loin, tous les aspects que nous venons d'indiquer ne concernent que la physionomie extérieure de l'existence, mais permettent d'affirmer que la façade de la vie de la Province est calquée sur celle des États-Unis. Il n'y a ni à en être surpris, ni à s'en indigner: la proximité immédiate, les échanges constants, les visites en touristes et des émigrés, l'attrait d'une civilisation débordante de richesse et de puissance, expliquent suffisamment l'imitation et l'Europe, protégée par l'océan, n'y échappe pas. Mais que penser du tréfonds, c'est-à-dire de l'âme? Nous croyons qu'elle échappe à peu près complètement à l'emprise et que l'Église y est pour beaucoup, car le clergé fait grise mine à l'[American way of life], émanation d'une contrée en majorité protestante, où le divorce est fréquent, où les moeurs sont assez libres; la différence de langue, de son côté, fait quelque peu barrage. Toujours est-il que les parents ont gardé de l'autorité sur leurs enfants, dont on ne laisse pas [se développer librement la personnalité], comme aux États-Unis, et que la discipline règne encore dans l'enseignement. Fait capital: la femme canadienne n'est pas allée dans l'émancipation aussi loin que sa soeur  du Sud et reste la fée du logis. Les hommes ne semblent pas avoir été gagnés par cet engourdissement conformiste, cet ennui intellectuel, qui accablent tant leur voisins du Sud; le Canadien reste gai et vif, grand ami de la plaisanterie, toujours prêt à la discussion, peu réceptif à l'ennui. Nous avons l'impression que ces divers traits collent assez bien à ceux qui caractérisent les Français d'aujourd'hui, de l'autre côté de l'Atlantique; sous le vernis des États du Sud, les Canadiens restent de race française.


 


Les sentiments envers la France. --- Ces similitudes de tempérament ne doivent pas abuser; or les Français se sont laissé abuser à propos des Canadiens. Ils tendent à les considérer comme d'inconsolables exilés tournant vers la mère patrie des yeux noyés de larmes, une manière d'Alsaciens-Lorrains. Rien n'est plus inexact; les Canadiens sont une nation américaine, solidement enraciné dans sa Province et dont l'attitude à l'égard de la France est un mélange de sympathie et de défiance.


 


La sympathie va de soi: la France est la contrée d'où sont venus les ancêtres, le language, la foi catholique, les moeurs; en plus, c'est un pays illustre, ce qui ne gâte rien. Cesont là des fibres très solides, qui ne se détendent pas facilement. On a envie d'aller voir le village d'où est issue la famille, soigneusement repéré par les généalogistes, et aussi de visiter Paris, cette ville lumière qui attire des voyageurs du monde entier. Ayant eu le privilège, au cours de nos pérégrinations à travers la Province, de fréquenter toutes les classes de la société, paysans, pêcheurs, bûcherons, ouvriers, aussi bien que la bourgeoisie, nous avons été sans cesse assailli de questions sur la France, son climat, ses produits, ses moeurs, et la conclusion inévitable de l'entretien se formulait: [Faudra tout de même que j'aille voir ça!] La France est aussi le recours possible contre l'anglicisation redoutée, la citadelle où les jeunes élites canadiennes peuvent se préparer à la lutte qui les attends au pays; depuis un demi-siècle beaucoup d'étudiants vont achever leurs études dans les universités française et en rapportent des affinités que d'aucuns jugent excessives. Les intellectuels canadiens ont les yeux fixés sur Paris et sont plus au courant de nos manifestations littéraires et artistiques que ne l'est le Français moyen.


 


Mais que cette France est inquiétante pour une nation profondément catholique! On n'oublie pas qu'elle a fait la Terreur et la proscription des prêtres, la Commune, qu'un quart de se électeurs vote communiste. Que la IIIe République a tôt versé dans l'anticléricalisme, a expulsé les ordres religieux. Ainsi la France est le domaine de l'impiété; et on ajoute, comme complément nécessaire, celui de l'immortalité. On s'apitoie sur la fâcheuse instabilité politique française, indice d'incurable légèreté à laquelle on oppose la stabilité canadienne [dont il vaut mieux ne pas explorer les coulisses]. L'Église de France elle-même inquiète, ses hardiesses sociales effraient. C'est que cette petite nation, qui vit sur la défensive, se méfie d'instinct de ce qui est nouveau, hésite devant ce qui lui est étranger; or la France contemporaine lui offre beaucoup de nouveautés alarmantes. Ainsi aboutit-on à des sentiments contradictoires, qui sont assez déchirants: on aime le vieux pays, bien sûr, et il est assez difficile de se passer de lui, mais plusieurs de ses aspects actuels sont aussi dangereux que des poisons; dès lors on reporte l'amour sur le glorieux passé monarchique, sur le patrimoine intellectuel d'autrefois, tout en suivant avec l'attention la plus vigilante les manifestations d'aujourd'hui.


 


Les Français ne se doutent guère de ces déchirements; ils ne sont dailleurs que trop portés à croire que le monde entier les admire et les estime. Du moins éprouvent-ils pour le Canada français la plus franche amitié; nul pays ne jouit chez eux d'un préjugé aussi favorable. Les sentiments des Canadiens à l'égard de leurs frères de race sont beaucoup plus complexes: disons un amour parfois véhément, le plus souvent méfiant et irrité.


 


Un coup d'oeil vers l'avenir. --- Nous avons essayé d'analyser les traits qui nous ont paru les plus distincts du caractère Canadien: analyse imparfaite qu'il faudrait allonger, nuancer d'interrogations, assouplir d'exceptions. Nous allons être plus téméraires encore en risquant un coup d'oeil vers l'avenir.


 


D'abord nous sommes persuadé qu'on n'étouffera pasle groupe français. Le Canadiens sont aujourd'hui quatre millions, rien que dans la Province, noyau compact fortement encadré, conscient de lui-même, ayant ses moyens d'expression. Sans doute il lui faut conquérir, dans sa Province, la place éminente qui doit être la sienne et pour cela réformer son enseignement, tâche qui est en cours. Mais l'attitude actuelle de ses compatriotes britanniques, les avances qu'ils lui font, nouis paraissent significatives: la partie est gagnée.


 


Mais il reste un gros danger et il dérive de l'élément qui a assuré la survie de l'essaim français: sa remarquable fécondité. Cet accroissement rapide a toujours orienté la vie du groupe, l'a contraint à s'évader des bonnes terres du fleuve pour aller coloniser les plates-formes, l'a obligé à s'amputer par l'émigration, plus récemment à s'entasser dans les villes et les aglomérations industrielles. Or l'enflure de la population française ne fait que croître; chaque année on compte au-delà de 100 000 Canadiens de plus dans la Province. Mais l'agriculture est hors d'état d'absorber ces excédent; au contraire elle s'allège d'hommes qu'elle jette sur le marché. Le bûcherage, la pêche, réduisent le nombre de leurs travailleurs. L'industrie demeure dès lors la seule ressources capable d'éponger les surplus annuels, car les activités tertiaires dépendent largement de sa prospérité. Il faurt donc que l'industrie se développe d'un mouvement continu; sans quoi des hordes de Canadiens seront contraintes d'émigrer. Mais où?


 


Aussi faut-il applaudir sans résereve l'effort de prospection des mines, même si le capital étranger en profite largement; la mise en valeur de nouvelles sources d'énergie, bref l'accroissement du coefficient industriel de la Province. Encore faut-il exiger des hommes d'affaires étrangers qui demandent à exploiter les ressources naturelles du Québec qu'une partie au moins de ces matières premières soit utilisée sur place, que par exemple du flot de minerais qui découle du Nord, une part soit happée par des usines de transformation susceptibles d'employer beaucoup de bras. Une industrialisation toujours plus poussée nous paraît être, pour les années à venir, le tonique nécessaire au Canada français trop débordant de santé; nous disons pour les années proches, car qui sait quelles surprises d'avenir la science nous réserve?


 


fin


 


 


 


 



De: Pilote_Qc
08/04/2009 09:30:13

Accordé Hébert2,


 


Vous avez dessiné le mouton désiré par Le Petit Prince et celui-ci peut donc s'en retourner tranquillement sur sa planète avec son animal tant recherché.


________


 


Toutefois, vous me permettrez d'ajouter ceci: Sachez que votre réponse me touche droit au coeur pour trois raisons. La première provient du fait que vous portez le nom le plus cher, celui de Hébert. Ce nom, pour moi, symbolise l'union de la France, de L'Acadie et du Canada


et, de surcroît, Louis Hébert représente parfaitement notre Jean Le Baptiste, notre précurseur, notre patron, l'exemple à suivre absolument; La deuxième, vous me rappelez le souvenir de Socrate qui a dit un jour, justement, que la vrai réponse est fournie par celui


qui répond et non par celui qui pose la question; La troisième, ce sont vos trois derniers mots qui me replonge dans un souvenir très cher à mon coeur: celui d'une cousine en visite chez-moi qui, lors de son arrivée [nous avions à peine 13 ans], ne représentait rien du


tout pour moi. Par contre, lorsqu'elle est repartie, quelques jours plus tard, j'aurais voulu qu'elle ne reparte jamais... , elle m'avait appris entre autres, la chanson qui


contenait ces trois mots [Qui vivra, verra...].


 


Cordialement,
Pilote_Qc


 







*** Planète Généalogie ***