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Le destin d'Antoinette Côté
Ajouté le 01/08/2010 01:27:12 par Pilote_Qc

Ce blogue est consacré a l'ouvrage de madame Antoinette Côté de Lac-Humqui.

 

Vous y trouverez quelques extraits de son livre intitulé [Le Destin]

 

Je retiendrai principalement des passages traitant de généalogie et d'histoire locale, sans oublier, bien sûr, sa philosophie de vie.

 


 

La vie

 

La vie est un voyage infini et chacun de nous n'a qu'une chance unique de le réaliser.

 

Nous allons en serpentant sur notre propre chemin, nous modelant sans cesse, nous épanouissant, modifiant de nouveau le cours de la vie et exécutant des actes que nous ne serons plus jamais en mesure de faire.

 

Chaque instant vécu nous rapproche imperceptiblement de la fin de ce voyage de telle sorte que, quand nous l'achevons, il ne paraît être qu'un simple souvenir très vaguement cristallisé dans notre esprit. Il nous apparaît comme un rêve, brusquement interrompu et apparemment sans objet.

 

Et chacun de nous fera un voyage unique, qu'il soit court ou long...

 

Antoinette Côté, Lac-Humqui

Juin 1988

________

 

Le mot de présentation de son ouvrage: Le Destin


 

[Appel à la génération des vivants]

 

Écrire ses mémoires, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans, n'est pas chose facile pour celle qui n'est qu'un [écrivailleur].

 

Je veux devenir un souvenir de famille; c'est pourquoi je fais d'abord une courte biographie de mes ancêtres Côté et Pineault. J'inclus également une biographie des Cyr, ancêtre de mon époux.

 

Vous l'accepterez, n'est-ce pas!

 

Je vous demande beaucoup d'indulgence. Je serai aussi précise que possible.

 

Je ne suis pas une femme de lettres ni de sciences.

 

Je suis simplement une femme de foi, d'action et de prière.

 

C'est la prière qui a sauvé ma vie; sans la prière, j'aurais perdu la raison. Si je n'ai pas perdu la paix de l'âme malgré toutes les épreuves, c'est que ma paix vient de la prière. On peut vivre quelques jours sans manger mais non sans prier.

 

Je fais mienne cette pensée: [La prière est la clé du matin et le verrou du soir; elle est une alliance sacrée entre Dieu et l'homme.]

 

La vie ne peut être comprise qu'en regardant vers le passé, mais elle ne peut être vécue qu'en regardant vers l'avenir.

 

Quand mon pélerinage sur cette terre sera fini, vous continuerez le vôtre sans moi.

 

Je vous aurai laissé un [Souvenir].

 

C'est ma façon de vous dire: [Je vous aime]

________

 

Voici l'ascendance de madame Antoinette Côté tel que présenté dans son livre.

 

Ensuite, madame Côté s'attarde sur l'ancêtre migrant Jean Côté et  chacun des six seigneurs Côté de l'Isle-Verte.

 

Après quoi, son grand-père Didier Côté sera à l'honneur. J'y reviendrai.


 

Arbre généalogique Côté

 

Jean Côté arrive de France à Québec en 1634. Il épouse Anne Martin, le 17 novembre 1635.

 

Jean Côté, fils, épouse Anne Couture, le 11 novembre 1669 et en secondes noces, Geneviève Verdun, le 25 février 1686.

 

* Jean-Baptiste Côté, épouse Françoise-Charlotte Charet, le 24 octobre 1695; il sera le premier seigneur Côté de l'Isle-Verte.

 

Jean-Baptiste Côté [deuxième seigneur], épouse Geneviève Bernier, le 17 juillet 1720.

 

Jean-Baptiste Côté, [troisième seigneur], épouse Élisabeth Lepage, en 1755 et Marie-Scholastique Levasseur, le 14 avril 1784.

 

Jean-Baptiste Côté, [quatrième seigneur], épouse Marie-Louise Côté, le 1er septembre 1781.

 

Barthélemy Côté, [cinquième seigneur], épouse Marie-Victoire Durant, le 27 janvier 1823.

 

Jean-Baptiste Côté, [sixième seigneur], épouse Adèle McClure, le 24 novembre 1846.

 

* Prisque Côté, fils de Jean-Baptiste et de Françoise-Charlotte Charet, épouse Ursule Bernier à Cap Saint-Ignace, le 17 juillet 1720.

 

Joseph Côté, fils de Prisque et d'Ursule Bernier, épouse Louise-Véronique Lepage à Trois-Pistoles, le 10 septembre 1764.

 

Joseph Côté, fils de Joseph et de Louise-Véronique Lepage, épouse Julie Lepage à Trois-Pistoles, le 2 juillet 1813.

 

Didier Côté, fils de Joseph et de Julie Lepage, épouse Zoé Fortin à Rimouski, le 20 septembre 1853.

 

Casimir Côté, fils de Didier et de Zoé Fortin, épouse Évelyna Pineault à Amqui, le 23 avril 1895.

 

Richard Côté, fils de Casimir et d'Évelyna Pineault, épouse Anna Olson à Port-Daniel, le 23 août 1947.

 

Nelson Côté, fils de Richard et d'Anna Olson, célibataire, seul descendant de la lignée des Côté.

 

* Ma souche directe.

________

 

En ce qui concerne les Pineault, madame Antoinette Côté est moins généreuse car elle ne mentionne les trois dernières générations seulement. Les voici:


 

Arbre Généalogique Pineault

 

Arrière-grand-parents:

 

François Pineault, le père de Rosaire était écuyer major de milice, marié le 16 janvier 1821 à Pétronille Lepage, fille de Jean-Baptiste et de Louise Parent, à Saint-Germain de Rimouski.

 

François-Rosaire, fils de François, domicilié à Sainte-Luce, comté de Rimouski, marié à Adèle Langlois, fille de Jean-Baptiste, le 10 janvier 1853.

 

De cette union, dix enfants sont nés; quatre garçons et six filles, dont Évelyna, mariée à Casimir Côté, treize enfants.

 

Mon grand-père Rosaire était un [gentleman]... . Je n'ai pas connu ma grand-maman, Adèle Langlois. Elle est décédée des suites de fièvre typhoïde, le 8 février 1888, ma mère n'avait que quinze ans... . Après le décès de ma grand-mère, mes oncles et tantes Pineault quittèrent Sainte-Luce pour s'en aller à Sainte-Lawrence, Massachusetts, États-Unis. Mon oncle Joseph et ma mère Évelyna restèrent à la ferme avec mon grand-père.

 

Je porte à votre connaissance la raison qui a voulu que ma mère n'aille pas avec les autres aux États-Unis.

 

Voici cette anecdote.

 

Ma mère était décidée à suivre ses frères et soeurs aux États-Unis en laissant mon grand-père et oncle Joseph très peinés par la tournure des événements. Sa valise était prête et comme le voulait la mode ces années-là, elle avait une paire de bottine-tige en drap boutonnée. Étant donné que la tige de la chaussure était trop grande pour la grosseur de sa jambe, elle avait recousu les boutons, afin de ne pas être en retard pour le départ qui devait se faire très à bonne heure le lendemain matin.

 

En se mettant au lit, elle vit une lumière éblouissante; elle prit peur, s'abrita la tête sous ses couvertures. Alors elle entendit une voix [qu'elle reconnut pour celle de sa mère] dire: (Ne va pas aux États-Unis, cela te portera malheur]. Très angoissée, elle finit par s'endormir et le matin se leva et fit comme d'habitude. Elle prit les chaudières et alla aider mon oncle pour la traite des vaches. Mes tantes se levèrent et la cherchèrent partout. Elles allèrent aux champs et la traitèrent d'idiotes. [Que Joseph, disaient-elles, s'habitue à se débrouiller seul.] Alors maman leur raconta ce qui s'était passé et malgré leurs supplications, elle resta à la maison avec mon grand-père si écrasé par les derniers évènements et l'agissement de la famille. Elle n'alla jamais aux États-Unis.

 

Mon oncle Joseph se maria à Caroline Mercier et ma mère se maria à Casimir Côté, en 1895. Alors mon grand-père se remaria à Amqui le 14 juin 1898 à Élisabeth Bouchard, veuve d'Évariste Roy. Devenu veuf, il convola en troisièmes noces le 3 juin 1903 à Zénabée Harvey, veuve d'Hilaire Desbiens... .

 

C'est avec joie et grande émotion que j"évoque le souvenir de ce grand-papa qui m'appelait son [p'tit nez pointu]. j'ajoute à cette généalogie le chant que grand-père Rosaire chantait à son épouse avant de s'exiler pour de longs mois de travail. C'est ma mère Évelyna qui, de temps en temps, nous chantait ce récit d'amour.

 

Chant de pépère Pineault

 

Je partirai bientôt pour un long voyage

Pour m'en aller sous d'autres cieux

Dans ce pays où l'on m'appelle

Comment me séparer de toi?

 

Refrain:

Adieu toi que j'aime

Adieu mon bonheur

Garde en toi-même

L'amour de nos coeurs.

 

Et dans la peine comme dans l'ennui

Mon coeur va languir sans toi

Toi que j'aimerai toujours

Te souviendras-tu de moi?

 

Refrain

 

Lorsque le ciel sera sans voile

Seul à l'écart j'irai m'asseoir

Lorsque je verrai la belle étoile

Je lui dirai mon désespoir!

 

Refrain

________

 

Enfin le troisième et dernier arbre, celui des Cyr.

 

Par la suite madame Antoinette Côté parlera des Syre en Nouvelle-France et donnera un bref historique de la famille. De plus, elle détaillera davantage la lignée d'Albert Cyr, son mari.

 

Les us et coutumes des ÎLes-de-la-Madeleine au 19e siècle seront déclinés les uns à la suite des autres.

 

Après quoi, elle entrera dans le vif du sujet: sa vie.


 

Arbre généalogique Cyr

 

Pierre Syre venu de France à Port-Royal, en Acadie vers 1668, épouse Marie Bourgeois en 1670 à Port-Royal.

 

Guillaume Syre, fils de Pierre et de Marie Bourgeois, épouse Marguerite Bourg, fille de Michel et d'Élisabeth Melanson, en 1690.

 

Ils figurent parmi les pionniers de Beau-Bassin, Îles-de-la- Madeleine.

 

Michel, fils de Guillaume et de Marguerite Bourg, épouse vers 1729, Madeleine Bourgeois, fille de Charles et de Marie Blanchard.

 

Pierre-Paul Syre, surnommé le [petit Pierre], né en 1733, fils de Michel et de Madeleine Bourgeois de Beau-Bassin, épouse Anne Poirier, fille de René et d'Anne Gaudet.

 

Mélène, né en 1768, fils de Pierre-Paul et d'Anne Poirier, épouse Marguerite Briand, fille de François et de Marguerite Seau, le 25 novembre 1790.

 

Gratien, né en 1793, fils de Mélène et de Marguerite Briand, épouse en premières noces Appoline Bourgeois, fille de Joseph et de Madeleine Boudrot, le 18 septembre 1815.

 

Léon, fils de Gratien ety d'Appoline Bourgeois, Havre-aux-Maisons, Îles-de-la-Madeleine, épouse Marguerite Leblanc, le 7 novembre 1848.

 

Édouard, fils de Léon et de Marguerite Leblanc, La Vernière, Îles-de-la-Madeleine, épouse Appoline Leblanc, lre 26 octobre 1886.

 

Albert, né le 30 janvier 1899, fils d'Édouard et d'Appoline Leblanc, épouse Antoinette Côté, fille de Casimir et d'Évelyna Pineault, le 28 septembre 1920 à Lac-au-Saumon.

________

 

Présentation de madame Antoinette Côté


 

Madame Antoinette Côté est née dans La Matapédia, à Amqui, le 26 novembre 1902.

 

Mariée à monsieur Albert Cyr, le 28 septembre 1920, elle donnera naissance à dix-sept enfants dont douze garçons et cinq filles. De cette belle lignée, elle compte en 1988 avec un brin d'orgueil, soixante-trois petits-enfants et trente-quatre arrières-petits-enfants.

 

Dans son livre intitulé [Le Destin], madame Côté veut décrire la vie d'une femme, mère d'une nombreuse famille.

 

Autrement dit, c'est l'héritage qu'une grand-maman veut léguer à ses enfants pour que leur passé illumine le présent et lui donne un sens.

________

 

Vous trouverez ci-dessous le plan du livre de madame Antoinette Côté: Le Destin


 

Avant-Propos

 

Chapitre I

Arbre généalogique Côté

Les Seigneurs Côté de l'Isle-Verte

Mon grand-père paternel [Didier Côté]

Arbre généalogique Pineault

Arbre généalogique Cyr

Les Syres en Nouvelle-France

Lignée d'Albert Cyr, mon mari

Us et coutumes des ancêtres des Îles-de-la-Madeleine

 

Chapitre II

Ma vie

Par où commencer

Mes frères et soeurs

Mon enfance

Mes années d'école

Mon mariage

Premières épreuves

Premiers enfants

L'incendie de 1932

Les années de crise

Dispersion de la famille

Le destin

La triple épreuve de 1958

La tragédie de 1970

Les années 1971 à 1976

La mort de mon mari

Les années sans Albert

Louiselle, ma petite-fille, ma fille

Daniel Cyr, mon beau-frère

Banal incident mais la vie continue

 

Chapitre III

Mes enfants

Paul-Émile

Angéla

Sylvio

Charles-Auguste

Jacqueline

Jeannine

Maurice

Gilles

Philippe

Albert

Réal

Gilberte

Lauréat

Rita

Jacques

Réjean

Marcelle-Ange

Descendance

Filleul[es]

 

Chapitre IV

Les grands thèmes de ma vie

La religion

La mort

La résurrection

 

Épilogue

 

Addenda

Mon père à la maison

Engagement social et réflexions

Les grandes prières de ma vie

 

Remerciements

 

Bibliographie

________

 

Plus haut il a été question de Didier Côté [le grand-père de madame Côté], voici des détails le concernant.


 

Du mariage de Didier Côté et de Zoé Fortin plusieurs enfants naissent, dont Casimir qui épousa Évelyna Pineault [mes père et mère].

 

Le gouvernement du temps octroyait un lot de colonisation à quiconque avait douze enfants vivants. Mon grand-père était de ce nombre.

 

Il eut le lot trente-huit, rang quatre du Lac-au-Saumon, canton Humqui. Les lettres patentes donnant droit de propriété au méritant portaient le grand sceau de la reine Victoria qui a régné de1819 à 1901.

 

À Rimouski, mon grand-père Didier était cultivateur; il moulait le grain et avait aussi une boulangerie. Ma grand-mère aimait à pétrir et à vendre le pain; elle était très active.

 

Après le mariage de mon père Casimir, en 1895, mon grand-père ne pouvait plus suffire à la tâche vu son âge avancé, quitta Rimouski et vint demeurer chez mon père à Amqui.

 

Je me souviens encore de ce grand vieillard aux cheveux blancs, sympathique et aimant rendre service;il était le [médecin du temps]. Comment et de qui il tenait ses petits trucs magiques, je l'ignore. Il guérissait: mal de dents, rhumatismes ictères [maladie que nous appelons communément la jaunisse]. À défaut de médecin ou de sage-femme, il était accoucheur.

 

Pour guérir le mal de dents, il préparait des petites chevilles de bois semblables aux cure-dents que nous utilisons aujourd'hui. Il en prenait quatre, les trempait dans le liniment Painkiller et frottait la ou les dents malades; ensuite, il plantait les petites chevilles dans la terre, en forme de croix.

 

Pour les rhumatisme, il faisait à peu près les mêmes gestes; il prenait une patate, la séparait en quatre morceaux et trempait chaque morceau dans le painkiller ou autre liniment qu'il préparait lui-même avec du vinaigre, de la térébenthine, du camphre et du blanc d'oeuf bien battu... .

________

 

Sous le titre [Mon Enfance] madame Antoinette Côté rend grâce à ses parents en ces termes: [Je n'ai pas grand chose à dire de ma petite enfance, sinon qu'elle fut enchantée et j'en éprouve une gratitude éternelle envers mes parents.]

 

En 1911, madame Côté connait la douleur de perdre sa meilleure amie, mademoiselle Célestine Bélanger. Elle commente cet événement.


 

... . Ma mère m'avait appris beaucoup de chose sur la mort, entre autre qu'il fallait acceptere la volonté de Dieu en toutes choses.

 

Mourir c'est aussi naturel que vivre et ça arrive à tout le monde. Je sais que Célina emportait avec elle tous ces merveilleux souvenirs de notre amitié.

 

[Le tombeau qui, sur la mort se ferme,

ouvre le firmament,

et ce qu'ici bas nous prenons pour le terme,

est un commencement!]

 

Après cette tragédie, je retournais à l'école (1911-12). Cette année-là, le commissaire accepta les services d'une jeune institutrice d'une sévérité révoltante. Si elle entendait un chuchotement, elle lançait la férule et c'était souvent celui qui ne parlait pas qui la recevait par la tête.

 

La férule était une palette de cuir ou de bois avec laquelle on frappait jadis les écoliers. Entre nous, en-dehors de l'école, nous l'appelions le dompteur; c'était le règne de la terreur. Elle s'appelait Zénoïde Jean.

 

Un jour, un élève du nom d'Oscar Saint-Pierre avait manqué un mot dans sa leçon de lecture. Elle le fit entrer dans sa cuisine, prit une baguette en bois qui était ni plus ni moins qu'un manche à balai effilé d'un bout et avec lequel on étudiait sur les cartes accrochées au mur de l'école. Munie de ce bâton, elle lui administra une râclée. Le garçon criait, pleurait; il faisait pitié à entendre. La porte de la cuisine était fermée, aucun de nous n'osait aller le secourir. Il est retourné chez-lui le visage enflé, les yeux au beurre noir, le corps meurtri.

 

Le lendemain, le père du garçon est allé chez le médecin et il rencontra les autorités scolaires; après quoi la chère demoiselle dut retourner chez-elle et l'école fut fermée pour reprendre après les fêtes. Croyez-moi, aucun de nous n'a regretté ce départ.

 

... . Vers 1915, mon père quitta Amqui et s'installa au Lac-au-Saumon sur le lot du quatrième rang que mon grand père avait obtenu du gouvernement, parce qu'il avait douze enfants vivants. En 1916, je retourne à l'école du rang. Quatre milles à pied chaque jour.

 

... , en 1918 - La grippe espagnole faisait des siennes: deux à trois victimes dans certaines familles. C'était déroutant et déprimant. J'étais inquiète des miens, la vilaine grippe sévissant partout. De plus, on était à la rechherche des conscrit; recrues appelées dans l'armée suivant le système de la conscription et ne voulant pas se rendre. C'était la chasse à l'homme... .

________

 

L'incendie de 1932

 

Un court passage concernant ce que madame Antoinette Côté considère comme la pire tragédie de sa vie.


 

... . Vers les deux heures, mon mari se réveilla et se leva en criant au feu.

 

C'est là que j'ai vécu la pire tragédie de ma vie.

 

La maison était tellement enflammée que nous eûmes tout juste le temps de sortir. Mon mari était en sous-vêtement et pied nus. Jacqueline avait les mains en dehors de sa couverture et à chaque doigt, elle avait des brûlures. J'ai retiré Jeannine de sa couchette, en petite jaquette, et la tirai dehors sur le banc de neige. Yvonne et Sylvio sont sortis je ne sais comment. Rendus dehors, l'on se rendit compte que Charles-Auguste manquait. J'allai briser les vitres de la chambre, mais le feu était tellement dense que le visage me brûla. Il m'était donc impossible de le secourir. Heureusement qu'Yvonne étaoit avec moi, seule je n'aurais pu tenir le coup dans l'état de santé où je me trouvais, j'aurais sûrement paniqué. Nous nous sommes réfugiés dans l'étable en vêtement de nuit sur la glace par le pire froid de l'hiver, impuissant à faire quoi que ce soit. Peut-on endurer pire soufrances? Il me restait ma foi en Dieu; je le suppliais d'avoir pitié de nous qui grelottions en vêtements de nuit. Je criais, je gémissais, j'essaiyais de consoler les enfants et Yvonne les serrait près d'elle pour les réchauffer.Nous étions à trois milles du premier voisin. Mon mari alla à l'étable détacher son cheval et partit à l'aventure, nous recommandant de rester dans l'étable et de laisser la porte ouverte afin que la chaleur du brasier nous réchauffe un peu.

 

Il faisait tellement froid que les mains et les pieds de mon mari collaient sur le fer de la monture et les lambeaux de chair pendaient. C'était épouvantable! Enfin, chevauchant comme un somnambule, il se rendit chez Cajetan Rousseau, ivre-mort par les brûlures et les gelures, et Dieu l'aidant, il eut la force de lui demander de venir à notre secours; car nous allions tous périr. Ce ne fut pas long; Cajetan fit chauffer des couvertures, des oreiullers, des robes de carriole. Il attela le cheval à la voiture et en une demi-heure, il était chez-nous. Eugénie, sa femme, s'occupait de mon mari, son état était lamentable, il divaguait, il ne pensait qu'à nous... .

________

 

Les treize commandements de la vie.


 

En ce 22 février 1988, je finis ce journal en faisant miens [les treize commandements de la vie].

 

Les treize commandements de la vie

 

Le plus grand handicap

la peur

 

Le plus beau jour

aujourd'hui

 

La chose la plus facile

se tromper

 

La plus grande erreur

abandonner

 

Le plus grand défaut

l'égoïsme

 

La plus grande satisfaction

le travail

 

La pire banqueroute

le découragement

 

Les meilleurs professeurs

les enfants

 

Le plus grand besoin

le bon sens

 

Le plus bas sentiment

la jalousie

 

Le plus beau présent

le pardon

 

La plus grande connaissance

Dieu

 

La plus belle chose au monde

l'amour

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Nos enfants


 

Nos enfants

 

Tes enfants ne sont pas tes enfants

 

Ils sont tes fils et tes filles, le désir de la vie pour elle même

 

Ils arrivent à travers toi, mais non de toi

 

Et bien qu'ils soient avec toi, ils ne t'appartiennent pourtant pas

 

Tu peux leur donner ton amour mais non pas tes pensées

 

Car ils ont leurs propres pensées

 

Tu peux former leur corps mais non leur âme

 

Car leur âme réside dans la maison de demain

 

Que tu ne peux visiter, même pas dans tes rêves

 

Tu peux t'efforcer d'être comme eux, mais ne cherche pas à les rendre semblable à toi

 

Car la vie ne revient pas en arrière ni ne s'attarde dans le passé

 

Khalil Gibran, le prophète

________

 

La religion


 

La religion

 

Avant d'être l'affaire du curé et des soeurs, la religion était la responsabilité des mères. Le signe de croix était parmi les premiers gestes enseignés aux petits.

 

Ils apprenaient à balbutier le nom de Jésus en même temps que celui de papa ou de maman. Un enfant qui serait entré à l'école sans au moins savoir faire le signe de croix aurait déshonoré sa mère.

 

La liturgie familiale répondait à des règles rigoureuses; prière du matin au pied du lit dès le lever, signe de croix en se mettant à table, prière en famille le soir, précédé ou suivie du chapelet. Le petit catéchisme de la province de Québec était le plus important des livres à l'école. Il fallait l'apprendre par coeur à partir de la définition de Dieu jusqu'à la contemplation de nos fins dernières. Il y avait des bouts passablement difficiles pour nos intelligence de dix ans.

 

Et alors, quand on savait son catéchisme par coeur à dix ans pour les plus brillants, à onze ou douze ans pour les autres, on marchait au catéchisme pour faire la communion solennelle. Celui qui ne le savait pas assez était retourné à la maison quitte à se reprendre l'année suivante. Que d'heures il fallait passer à enseigner le catéchisme à nos enfants.

 

La communion solennelle marquait une étape importante dans la vie des jeunes de l'époque. C'était pour un grand nombre la fin des études.

 

La grand-messe du dimanche avait un caractère sacré. Chaque famille amenait à la cérémonie tous les enfants à partir d'au moins l'âge de sept ans. Il y avait aussi les vêpres, partie de l'office divin qu'on célébrait dans l'après-midi. On ne sait trop pour quelle raison le premier vendredi du mois avait, à toute fin utile, le caractère d'une fête d'obligation. Les rangs de vidaient et les confessionnaux s'emplissaient. La promesse, disait-on, faite par le Sacré-Coeur, que le salut éternel était assuré à quiconque aurait communié neuf premiers vendredis de suite, incitait les paroissiens à recourir à cette pratique.

 

Les mères pieuses tenaient une comptabilité rigoureuse des communions de leur progéniture de manière à assurer à tous la félicité éternelle. Il y avait aussi les belles processions à l'occasion de la Fête-Dieu; tous les paroissiens y participaient, bannières et drapeaux au vent. Les quarantes-heures étaient de grandes manoeuvres auxquelles étaient conviés les pasteurs des paroisses avoisinantes. Le Saint-Sacrement était exposé durant cette période sainte et les familles du village devaient se relever jour et nuit pour y tenir compagnie. Un paroissien qui aurait manqué ses quarantes-heures aurait passé pour un catholique à [gros grains].

 

Dans ce temps là, la vie religieuse était marquée par une succession de mois consacrés à une dévotion particulière: mars, était réservé à Saint-Joseph; mai était évidemment le mois de Marie; juin allait au Sacré-Coeur; juillet à Sainte-Anne; octobre était celui du Rosaire; novembre celui des morts.

 

Cela faisait pas mal de dévotions à se bousculer tout le long de l'année et les âmes pieuses du village et même des rangs avaient de quoi rassasier leur appétit. Les gens des rangs n'échappaient pas pour autant aux exigences d'un calendrier liturgique passablement lourd. Les mères veillaient au grain, rallongeant la prière du soir en fonction des saisons pieuses.

 

Il y avait aussi l'Avent et le Carême; temps de pénitence.

 

Le précepte du jeûne était strictement observé. Autrefois, on mesurait scrupuleusement la nourriture: pour le déjeuner, deux onces; le souper, huit onces. Le midi, repas principal, se prenait sans gras pour les jours maigres, soit les mercredis et vendredis. Il y avait également les Rogations qui étaient des prières publiques faites durant les trois jours précédent l'Ascension pour attirer la bénédiction du ciel sur les champs, avec procession dehors quand la température le permettait.

 

Même à Saint-Marc, le prêtre bénissait les grains à mettre en terre. L'école de rang servait de lieu de rassemblement du voisinage pour la célébration du mois de Marie. J'ai vu des mères écrasées de besogne et des hommes broyés de fatigue venir à pied tous les soirs réciter le chapeletb et chanter les cantiques à la Vierge. C'était simple et vrai. On ne reverra jamais cela. Dans certaines paroisses, il existe encore plusieurs de ces dévotions.

 

Mais je pense aussi que travailler peut et doit devenir prière. Autrement nous serions des robots, des corps sans âmes. Prier par le travail, c'est pour moi, très sérieusement, continuer à accomplir ma besogne le mieux possible, en donnant un sens à tout ce que je fais. Sens d'amour! Travailler, c'est une façon d'aimer Dieu peu importe la tâche... .

________

 

Amour - Vie - Mort


 

Amour! J'ai connu la joie d'aimer, la joie de la tendresse réconfortante, la douceur de reposer ma tête fatiguée sur une épaule amie. Vouloir le bonheur de l'autre, ce n'est pas nécessairement réussir à le lui apporter tous les jours, mais c'est tendre à une harmonie mutuelle.

 

Vie! Joie de la maternité; donnerb la vie est l'expérience la plus exaltante. Quelle joie de se retrouver tous les deux devant ce petit être de chair, fruit de notre amour.

 

Mort! Maintenant je sais que la plus grande douleur humaine qui puisse exister, c'est la mort de son enfant. Ça vous détruit l'âme et le coeur; ça vous assomme, mais, ça vous éclaire aussi!

 

[Le malheur ouvre l'âme à des lumières que la prospérité ne discerne pas].

 

Que c'est vrai! J'ai le goût de vous dire, à vous aussi qui êtes mes amis, les pensées que me laisse la mort de mes enfants; ceux qui vivent ou vivront la même épreuve y trouveront, j'espère, des leçons de vie que la mort a su me livrer.

 

La première leçon en est une sur le bonheur.

 

Je pense qu'il n'y a pas de valeur humaine plus précieuse que le bonheur de ses enfants; toutes les mères et tous les pères le savent. En pratique toutefois, nous oublions trop souvent le devoir de la tendresse. Le bonheur de nos enfants exige de nous un amour inconditionnel, tenace, patient, quotidien. Il n'y a qu'une seule méthode efficace d'éducation, c'est l'amour.

 

La deuxième leçon que la mort m'a donnée, c'est l'acceptation de la volonté de Dieu.

 

Après la mort de mon fils aîné, j'ai senti en moi la présence et la puissance de Dieu. Ma foi ne vacillait pas et j'ai tenu bon comme Marie au pied de la croix. La soufrance, si nous acceptons de la mettre au service de l'amour ne disparait pas; elle nous introduit dans le monde rédempteur où se produit le miracle. La foi, petite au début grandit, se fortifie et les doutes s'estompent en même temps que l'âme se trempe et grandit. C'est jusqu'au crépuscule deb la vie que la soufrance nous tient compagnie; il vaut mieux s'y préparer.

 

Après quatre-vingt-cinq ans de joies, d'épreuves, de souffrances, je trouve que la vie est belle, qu'elle vaut la peine d'être vécue même si on passe souvent par la Vallée des Larmes. La vie est belle parce qu'il y a tant de joies à découvrir, tant de monde à aimer et à consoler, tant de bonnes nouvelles ;a annoncer aux quatre coins du monde que je souhaiterais la santé, la lucidité et l'amour pour continuer encore longtemps mon pélerinage.

 

Chers enfants, petits-enfants, arrières-petits-enfants, amies et amis, c'est pour vous que j'ai écrit ce livre.

 

Acceptez-le comme une autre preuve de ma tendresse et de ma reconnaissance.

 

Quand je ne serai plus là pour vous accueillir, cette histoire de ma vie vous rappellera que je vous aime toujours.

 

Antoinette Côté, Lac-Humqui

Juin 1988

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Les grandes prières de ma vie, selon madame Antoinette Côté, Lac-Humqui.

 

Cette prière est suivi par les suivantes:

 

Consécration de ma famille au Sacré-Coeur de Jésus

Prière de l'ange gardien

Le signe de la croix

L'oraison dominicale

La salutation angélique

Le symbole des apôtres

La confession des péchés

Louange à la Trinité

Prière à la Sainte-Vierge

Prière au Saint-Esprit

Bénédicité ou prière avant le repas

Grâces ou prière après le repas

Prière pour les hommes d'oeuvre

Acte d'adoration

Acte de foi

Acte d'espérance

Acte d'amour et de charité

Acte de contrition

Acte de remerciement

Acte d'offrande

Acte d'humilité

Acte de Demande

Avant de s'endormir

Prière à Saint-Joseph

Chapelet du Sacré-Coeur

Les dix commandements de Dieu

Les sept commandements de l'Église.


 

Les grandes prières de ma vie

 

Si les prières traditionnelles de l'Église constituent un trésor dans lequel les chrétiens d'aujourd'hui et de demain devraient puiser pour nourrir leur foi, les prières propres à chaque famille sont aussi un héritage où la foi de la descendance pourra s'abreuver.

 

Les quelques pages qui suivent présentent en toute simplicité, un condensé de prières en famille qui ont soutenu notre foi et alimenté notre esprit de famille durant de longues années.

 

Prière de ma vie

 

Seigneur, voilà plus de quatre-vingt-cinq ans que tu m'as fait le don inestimable de la vie. Depuis ma naissance, tu n'as cessé de me combler de tes grâces et de ton amour infini. Au cours devtoutes ces années, se sont entremêlés de grandes joies et de grandes épreuves, des succès et des échecs, des rêves de santé et de grands deuils. Comme cela peut arriver à tout le monde.

 

Avec ta grâce, ton amour et ton secours, j'ai pu triompher de ces obstacles et avancer vers Toi. Aujourd'hui, je me sens riche de mon expérience et de la grtande consolation d'avoir de bons enfants, des petits-enfants et arrières-petits-enfants qui me font la vie très heureuse.

 

Bien que je reste seule depuis plusieurs années, je n'ai pas trop connu la solitude. Tous me font la vie tellement belle en me visitant et en s'occupant beaucoup de moi. Seigneur, protège-les, ils sont l'objet devton amour. Mon âme te chante sa reconnaissance. Merci Seigneur de ton amour et de tes grâces.

 

Alors aujourd'hui même, tandis que je jouis de la possession de toutes mes facultés motrices et mentales, je t'offre à l'avance mon acceptation à ta sainte volonté et dès maintenant, je veux que si l'une ou l'autre de ces épreuves m'arrive, elle puisse servir à ta gloire et au salut des âmes.

 

Je te demande aussi, Seigneur, de soutenir de tes grâces les personnes qui auraient la tâche de me venir en aide. Si un jour, un état d'inconscience prolongée devait me terrasser, je veux que chacune de ces heures que j'aurai a vivre soit une suite ininterrompue d'actions de grâces et que mon soupir soit un soupir d'amour.

 

Alors mon âme, guidée à cet instant par la main de Marie, se présemtera devant Toi pour chanter tes louanges éternellement.

 

Amen.

 

Antoinette Côté, Lac-Humqui

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Mots-clés: Destin Antoinette Côté



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Visionner 1 - 2 de 2 Commentaires

De: Pilote_Qc
01/08/2010 09:15:06

Votre commentaire arrive à point CGagnon: voici donc, pour ajouter à votre commentaire, la bibliographie contenue dans l'ouvrage [Le Destin] de madame Antoinette Côté, témoin de ses propos.


 


Elle a vécue comme bien d'autres femmes, à une période très difficile de notre histoire [Deux guerres mondiales; crise économique majeure; maladies contagieuses souvent mortelles, etc., etc.]. De plus, elle était en pays de pionniers avec tout ce que cela implique d'efforts et de privations et qui plus est, en pays administré par des personnes de culture étrangère à la sienne propre. Je le sais, car j'y suis né aussi, et j'y ai vécu jusqu'à mon adolescence. Elle représente bien nos grands-mères de cette époque, je crois.


 


Vous me permettrez de laisser votre question ouverte pour que chaque lecteur puisse y répondre à sa façon.


 


Cordialement,


Pilote_Qc




Bibliographie


 


Bergeron, Adrien


Le grand Arrangement des Acadiens au Québec.


Montréal, Éditions Élysées, 1981


 


Arsenault, Bona


Histoire et généalogie desAcadiens.


Montréal, Leméac, 1978


 


Michaud, Robert


L'Isle-Verte vu du large.


Montréal, Leméac, 1978


 


Bérubé, Léo


Coup d'oeil sur les origines de nos paroisses.



De: CGagnon
01/08/2010 08:05:45

Propos très riches et inspirants de cette dame à la forte et généreuse personnalité! 


 


Cette personne - que d'aucuns diraient de l'ancien temps! - n'est-elle pas, sans qu'elle s'en vante,  plus sensée, plus savante, plus profonde de coeur et de raison, que les prétendus civilisés et consommateurs que nous sommes, qui, d'une part, se plaignent et appellent à se faire plaindre et qui, d'autre part, se vantent de leurs connaissances et techniques toujours plus développées, connaissances qui peuvent bien se passer de foi, de Dieu, de ces contes et fadaises, disent-ils, à reléguer à la sphère de la vie privée... ?







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