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Colomb, Haïti et l'Amérique
Ajouté le 03/03/2010 08:38:10 par Pilote_Qc

Notre histoire passe par la découverte de l'Amérique... .[chapitre I, d'un ouvrage en contenant XXIX]. Ce livre parle surtout des personnes, c'est pourquoi je l'ai retenu de préférence à beaucoup d'autres, et il m'a intéressé jusqu'à la dernière page.

 

Voyez,


 

 


Christophe Colomb --- Haïti --- l'Amérique


Parti du port de Palos en Andalousie le 3 août 1492, Christophe Colomb naviguait depuis soixante-dix jours quand, dans la matinée du 12 octobre, un cri joyeux s'éleva de l'une de ses trois caravelles, la Nina: c'était la voix du matelot Rodrigo de Triana qui annonçait la terre.

 

La petite île de l'archipel des Bahamas que Christophe Colomb venait d'aborder s'appelait Guanahani dans la langue de la tribu arawak qui l'habitait. Il la nomma San Salvador. Le 26 octobre, il découvrit Cuba, qu'il appela Juana en hommage au jeune prince Juan de Castille. Il remontait la côte nord de cette île dans la direction de l'ouest lorsqu'il entendit parler, par ses guides arawaks, d'une grande terre qui s'étendait à l'orient et qu'ils nommaient dans leur langage Haïti, Bohio ou Quisqueya. Ils vantaient avec une telle excitation les richesses de ce pays mystérieux que l'Amiral, influencé par leurs cris et leurs gestes, ordonna à sa flottille de virer de bord vers l'est. Et le 6 décembre 1492, la Santa-Maria, la Pinta et la Nina jetaient l'ancre dans une baie magnifique, à laquelle Colomb donna le nom de Saint-Nicolas (1).

 

En voyant, dans cette limpide matinée de décembre, se profiler derrière les hautes terrasses qui encerclent la baie les masses bleues des montagnes de l'intérieur, ébloui par la splendeur du soleil, de la mer et du ciel, Colomb s'écria: [Es una maravilla!].

 

Cette merveille, c'était Haïti. Il débarqua sur cette terre fortunée et y planta la Croix du Christ, consacrant ainsi au christianisme et à la civilisation occidentale le nouveau monde qu'il offrait comme un cadeau à l'humanité.

 

Naviguant ensuite le long de la côte septentrionale de l'île d'Haïti, Colomb arriva dans une grande baie, sur laquelle est aujourd'hui bâtie la ville du Cap-Haïtien. L'un de ses bateaux, la Santa-Maria, ayant fait naufrage le 24 décembre, il obtint du chef indigène Guaganagaric la permission de débarquer sur la plage et d'y construire un fortin qu'il appela Nativité. Il laissa dans ce fort trente Espagnols et partit le 11 janvier 1493 pour l'Espagne afin de faire connaître à l'Europe sa merveilleuse découverte. La République d'Haïti se flatte ainsi de posséder le siège du premier établissement européen dans l'hémisphère américain.

 

Le nom Haïti est un terme de la langue des Tainos, signifiant [pays montagneux] ou [terre haute]. Colomb y substitua le nom de [Isla Espanola]] ou Hispaniola en l'honneur du roi Ferdinand d'Aragon et de la reine Isabelle de Castille, qui lui avaient procuré les moyens d'entreprendre son aventureux voyage.

 

***

 

Au temps de la découverte, l'île d'Haïti était habitée par une forte population d'origine arawak, les Tainos. Certaines de ses régions montagneuses abritaient cependant des tribus de formation différente, comme les Ciguayens de la presqu'île de Samana dans la partie orientale, tandis que l'on rencontrait sur le littoral de petites communautés nomades constituées par les bandes guerrières des Caraïbes.

 

Ces Indiens Arawaks étaient brachycéphales. De petite taille et de teint cuivré, ils portaient des cheveux noirs et lisses qui leur couvraient en partie le front et retombaient en lourdes nattes sur le dos. Sédentaires et pacifiques, ils vivaient sobrement des produits de la chasse, de la pêche et de l'agriculture, qu'ils avaient poussée à un point tout à fait remarquable. On a fait de leurs méthodes de culture et de leurs procédés dans l'ordre artistique et industriel une étude qui a permis de les rattacher aux populations des terres basses du Vénézuéla et de la Guyane, qui, comme eux, cultivaient le maïs et savaient fabriquer le pain de cassave fait avec la farine de manioc. Les aborigènes tiraient du sol d'autres produits qui servaient à leur alimentation, tels le yam et la patate douce.

 

L'absence de grands animaux dans l'île et le manque d'armes appropriées limitaient forcément les possibilités de la chasse. Les indigènes se servaient de bâtons pour chasser les lézards et certains petits mammifères, tandis qu'avec une grande sûreté ils lançaient des pierres contre les oiseaux pour les abattre. Ils avaient domestiqué, pour les accompagner à la chasse ou dans leurs courses à travers la forêt, une espèce de chien trapu, qu'ils mangeaient en certaines occasions solennelles et dont la chair leur paraissait aussi agréable que celle particulièrement recherchée des iguanes. L'iguane est un reptile brillamment coloré de bleu, de vert, de jaune, de fauve, atteignant parfois des proportions énormes. Les Tainos faisaient cuire l'animal à feu doux, dans un vase en terre qui avait exactement les dimensions de l'iguane et dont la fabrication révélait l'habileté du céramiste indigène. Leur nourriture se composait encore de gros vers qu'ils tiraient des troncs d'arbres pourris, de crustacés et de poissons qu'ils dévoraient le plus souvent crus. Les habitants du littoral — pour la plupart métis de Caraïbes et d'Arawaks — avaient su déployer une certaine ingéniosité dans leurs procédés de pêche, dans la construction des canots et dans la navigation en général (2).

 

Bien qu'ils fussent assez habiles dans le tissage du coton, les aborigènes d'Haïti portaient fort peu de vêtement. Les hommes allaient généralement nus. Dans les communautés les plus avancés, les femmes avaient une courte jupe, dont la forme et la coloration marquaient entre elles des distinctions d'âge ou de rang social. Hommes et femmes portaient, comme parure, des objets d'or massif [car ils ignoraient l'art de fondre les métaux] et des bandelettes au haut du bras, au-dessous du genou et à la cheville. Les fouilles effectuées clans les emplacements des anciens villages indiens ont fait découvrir des fuseaux en terre cuite, des alênes et aiguilles en os, qui indiquent que l'art de tisser et de tricoter était habilement pratiqué par les indigènes. Les hamacs, qui leur servaient de lit et dont on a eu des spécimens remarquables, ont donné la preuve de leur dextérité dans les deux procédés d'utilisation du coton.

 

Les Indiens d'Haïti avaient deux sortes d'habitations. Ils donnaient à celles du premier type — qui étaient les plus communes — une forme cylindrique avec un toit conique. Pour construire leurs huttes, ils traçaient sur le sol une circonférence, suivant laquelle ils enfonçaient dans la terre des pieux séparés, l'un de l'autre, d'un ou de deux mètres. Les palissades étaient faites d'un treillage de lianes. Le toit, couvert de taches de palmiste ou d'herbe séchée, reposait sur un poteau central planté au beau milieu de la hutte. Les maisons du second type   qui étaient celles des chefs ou des personnages de distinction de la tribu —avaient la forme rectangulaire et comprenaient une sorte de porche qui donnait grand air à l'habitation. Il ne semble pas que les Tainos aient connu l'usage de la boue — si répandu jusqu'ici parmi les paysans haïtiens et dominicains — poùr la construction des murs de leurs maisons.

 

L'ameublement du logis était très sommaire. Il comportait d'abord les objets nécessaires aux besoins domestiques : vases en terre cuite, calebasses pour le transport et la conservation de l'eau, les instruments pour la fabrication de la cassave, rarement des sièges de bois, mais toujours le hamac qui était à la fois couchette, chaise et berceau. Dans les huttes des plus pauvres, dont les habitants ne pouvaient se payer le luxe d'un hamac, on se couchait sur le sol où l'on étendait parfois des feuilles de bananier. La maison du cacique ou des personnes de haut rang, comme le prêtre et le médecin, comprenait naturellement un ameublement plus complet, comportant principalement des sièges de bois ou de pierre ornés de dessins ou de sculptures.

 

L'amusement favori des indigènes était la danse au son dut tambour et de la flûte de bambou. Ils pratiquaient un jeu sportif, qui rappelle singulièrement le football-association. C'était le batos. Le mot désignait une sorte de ballon fait d'une substance végétale durcie, qui n'était autre que le caoutchouc. Les joueurs lançaient le ballon, non d'un mouvement du pied ou de la main mais de la tête, du coude, des hanches ou mieux du genou.

 

Les exploits des guerriers, les scènes de la vie domestique — sentimentales, tristes ou comiques étaient la matière ordinaire des chansons ou des poèmes appelés areytos, que les troubadours, connus sous le nom de sambas, chantaient dans les fêtes intimes ou dans les cérémonies officielles. Ces fêtes et cérémonies se célébraient dans une gaieté extraordinaire surtout lorsqu'une large consommation avait été faite de l'ouyeou, boisson fabriquée avec du jus de fruits fermenté.

 

Les Aborigènes adoraient comme divinités le soleil, le ciel, les étoiles, les sources, le vent ou l'ouragan --- en général tout ce qui leur inspirait l'admiration ou la peur. Ils croyaient à l'existence d'un paradis terrestre, qu'ils plaçaient à l'extrémité de la presqu'île du Sud, dans les parages de la petite ville actuelle des Abricots. Ils affirmaient qu'après la mort les âmes des justes allaient dans ce lieu jouir du bonheur éternel, en savourant des mameys. Ce fruit [abricot d'Haïti, Mammea americana L.], succulent et parfumé, excitait considérablement leur gourmandise. Ils appelaient zémès leurs divinités, auxquelles ils donnaient, dans le bois ou dans la pierre, des formes bizarres représentant soit des faces humaines hideuses, soit des animaux comme les crapauds, les iguanes, les caïmans. Les prêtres s'appelaient butios et étaient en même temps des shamans, c'est-à-dire des médecins. On les entourait d'un pieux respect. La confiance en leur science et en leur pouvoir était telle que le privilège de soigner les malades leur était exclusivement réservé. Dans leurs traitements ils employaient des [simples] ou des drogues faites avec des plantes indigènes, dont ils prétendaient seuls connaître les vertus curatives.

 

Le territoire de l'île était partagé en cinq petits royaumes ou cacicats: le Marien, dans la partie septentrionale; la Magua, dans le nord-ouest; le Xaragua, comprenant l'ouest et le sud; la Maguana, qui occupait le centre; et le Higuey, qui s'étendait vers l'est. Les dirigeants de ces royaumes se nommaient caciques. Au-dessous de ces grands chefs il y avait des gouverneurs de districts ou de simples hameaux, qui portaient aussi le nom de cacique, mais dont le pouvoir social et
l'influence politique dépendaient de l'importance relative de leurs fonctions ou du nombre de villages qu'ils avaient sous leurs ordres. Conseillers de leurs peuples et leurs conducteurs dans les moments de danger public ou de guerre, ils avaient des attributions militaires, sociales et religieuses. Les caciques de village réglaient l'ordre du travail quotidien dans la communauté, désignaient à chacun les devoirs à remplir pour la chasse, la pêche ou la culture du sol: ils présidaient aux divertissements de même qu'aux cérémonies cultuelles. Quelques-uns étaient en même temps prêtres et médecins. De façon générale, chaque village avait à sa tête un patriarche, dont la maison était plus grande que toutes les autres et contenait les idoles appartenant aux clans de la tribu. En plus de la famille du cacique, composée de ses femmes et de ses parents ou alliés les plus proches, la communauté comprenait un grand nombre de gens sur qui le patriarche exerçait son autorité bien qu'ils ne lui fussent unis que par des liens très légers de parenté ou d'alliance.

____


Au cours de son voyage sur la côte nord de l'île, Colomb avait eu de fréquentes entrevues avec le cacique du Marien, Guacanagaric, dont le royaume s'étendait du cap St-Nicolas à l'embouchure de la rivière Yaque, près de Monte-Christi. Il avait su, par d'habiles flatteries, séduire le roi indien. Et celui-ci, confiant dans l'amitié du grand chef blanc, avait ordonné à ses sujets de l'accueillir partout avec bienveillance. C'est Guacanagaric en personne qui porta secours aux naufragés de la Santa-Maria et leur permit, avec les débris du bateau, de construire le fort de la Nativité. Puis Colomb, comme nous l'avons vu, était parti pour l'Espagne afin d'y rendre compte de sa merveilleuse découverte. Mais les hommes qu'il avait laissés dans le fort ne suivirent pas ses prudentes recommandations. Ils maltraitèrent sans pitié les paisibles indigènes. Ils allaient aux villages les plus proches, rançonnant les populations, les dépouillant de leurs objets les plus précieux, emportant vivres et ornements que les habitants apeurés cachaient dans leurs huttes. Poussés surtout par l'appétit de l'or, ils osèrent s'aventurer dans le Cibao où ils croyaient trouver en abondance le métal convoité, c'est-à-dire en plein territoire de la Maguana commandée par le plus fier et le plus intrépide des caciques, Caonabo.

 

Caonabo régnait sur un vaste domaine qui comprenait, outre la Cordillera Central et les parties les plus fertiles du Cibao, la grande vallée de l'Artibonite. Il considéra cette violation de son territoire comme une injure grave faite à sa souveraineté et à son honneur. Il rassembla immédiatement une forte troupe et la conduisit à l'attaque de la Nativité. La répression fut exemplaire. Pas un des trente-sept Espagnols de la garnison n'échappa à la mort. Pas une pierre ne resta de la forteresse. Tournant ensuite ses armes contre Guacanagaric, qu'il accusa de félonie, Caonabo dévasta les villages du cacique du Marien.

 

Quand Colomb revint d'Espagne le 27 novembre 1493, il apprit avec un vif chagrin ce qui s'était passé en son absence. Nommé Amiral et Vice-Roi des Indes, il avait maintenant sous ses ordres dix-sept vaisseaux et mille cinq cents hommes, que le goût de l'aventure ou la convoitise de l'or avait groupés autour de lui. Il lui fallait trouver une nouvelle place où fonder un établissement permanent. Continuant donc sa route vers l'est, il débarqua en un endroit situé à quarante kilomètres ouest de la ville dominicaine actuelle de Puerto-Plata. Il décida de s'y établir et donna au lieu choisi le nom d'Isabela en l'honneur de la gracieuse Reine d'Espagne, sa protectrice.

 

Pendant sept ans, Isabela allait être la capitale espagnole du Nouveau-Monde. Elle fut volontairement abandonnée pour un nouvel établissement créé en 1496, à l'embouchure de la rivière Ozama, à cause du voisinage d'une mine d'or et qui devait devenir la ville de Santo-Domingo. La capitale de la République Dominicaine peut ainsi se vanter d'être la première cité américaine de la période colombienne. Isabela, aujourd'hui disparue, est cependant restée un lieu de pèlerinage pour les touristes qu'émeuvent les grands souvenirs de l'histoire.

 

Caonabo considérait les Espagnols comme des envahisseurs dangereux et les pires ennemis de sa race. Il résolut de les jeter à la mer. S'alliant au cacique de la Magua, Guarionex, il alla donner l'assaut à Isabela. Mais l'entreprise n'était pas aussi facile qu'à la Nativité: il fut repoussé avec d'énormes pertes. Quelque temps après, il tomba dans un piège que lui avait tendu un ingénieux officier nommé Alonso de Ojeda. Fait prisonnier et chargé de chaînes, il périt dans le naufrage du bateau qui le transportait en Europe. Les historiens prétendent qu'il montra dans sa captivité une noblesse d'attitude qui lui acquit le respect de ses vainqueurs et témoigna du haut degré de dignité humaine auquel sa race était parvenue.

 

Caonabo avait épousé la princesse Anacaona, soeur de Bohéchio, cacique du Xaragua. À la mort de celui-ci, le gouvernement de cet important cacicat échut à la veuve du héros. Elle recueillait ainsi un héritage que les Espagnols regardaient comme la province la plus riche et le mieux développée de toute l'île.

 

Borné au nord par la Maguana et le Marien et, à l'est, par la Maguana, le Xaragua s'étendait dans l'ouest et le sud, ayant comme principal centre d'activité la plaine de Léogane [Yaguana] où était établie la capitale. On a trouvé dans cette plaine des canaux d'irrigation qui montrent que la culture de certaines plantes --- le cotonnier par exemple --- y avait été méthodiquement pratiquée. Au Xaragua se rattachait la presqu'île du Sud connue sous le nom de Guaccairima. L'île de la Gonave faisait partie du royaume et était renommée pour la perfection des objets en bois sculpté que fabriquaient ses artistes indigènes.

 

Quand 1'Adelantado Bartolomé Colomb, frère du Grand Amiral, visita Yaguana au temps de Bohéchio, le chef indien lui fit présent de quatorze sièges en bois sculpté, de soixante vases en terre cuite et de quatre rouleaux de tissus de coton. Il fournit d'énormes quantités de pains de cassave aux Espagnols, et un voilier fut chargé jusqu'au bord des autres cadeaux du cacique à son hôte étranger. Dès ce moment, les convoitises des envahisseurs se fixèrent sur le Xaragua qu'ils se promirent de conquérir plus tard.

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En attendant, les tribulations ne manquaient pas à Colomb lui-même, de la part de ses compatriotes. Parmi les gens qui l'avaient accompagné à Hispaniola se trouvaient grand nombre d'aventuriers, qui s'étaient imaginé que l'or pendait aux branches des arbres de ce nouveau paradis ou qu'il suffisait de se baisser pour le ramasser sur les chemins comme des cailloux. Ils s'étaient bien vite rendu compte que pour recueillir le précieux métal il fallait se livrer à des travaux pénibles sous les ardeurs d'un soleil éclatant. Comme ils n'étaient point faits à un pareil labeur, ils déclarèrent que l'Amiral les avait trompés en leur vantant les magnificences de sa découverte, et ils se mirent à conspirer contre lui. Sous la conduite d'un certain Francisco Roldan, ils se révoltèrent et, pour déposer les armes, exigèrent que l'autorité feur fournît à chacun une certaine quantité d'Indiens qui travailleraient gratuitement à leur profit. Colomb, effrayé, se soumit à ces insolentes exigences. Les Aborigènes furent réduits en servitude et distribués par lots aux insurgés. C'est ce que l'on a appelé les repartimientos. L'esclavage fut ainsi créé à Hispaniola par l'asservissement de la population indigène.

 

Les ennemis de Colomb avaient cependant activement travaillé contre lui en Espagne pour lui faire perdre la confiance de ses souverains. Il décida d'aller présenter lui-même sa défense à la Cour. Il arriva à Cadix le 11 juin 1496 et se rendit immédiatement auprès de la reine Isabelle. Il obtint facilement sa grâce, et promesse lui fut faite qu'il recevrait tout ce qui lui était nécessaire pour une nouvelle expédition. Il attendit longtemps la réalisation de cette promesse. Enfin, il put partir avec six vaisseaux le 30 mai 1498, c'est-à-dire après deux ans d'inaction.

 

Ayant cette fois navigué beaucoup plus au sud, il vit se dresser devant lui, le 31 juillet, les trois pics de la Trinidad. Il suivit les côtes de l'Amérique du Sud dans la direction de l'ouest jusqu'à Margarita. Il mit alors le cap sur Hispaniola, avec la conviction qu'il venait de trouver la route qui menait au Paradis terrestre et que son imagination plaçait à l'intérieur du Vénézuéla moderne. En arrivant à Santo-Domingo, il trouva la colonie en plein tumulte. Ses efforts pour restaurer l'ordre furent vains. Les plaintes qui parvinrent de nouveau à la Reine la décidèrent à révoquer Colomb et à envoyer, pour le remplacer, Francisco de Bobadilla (3). Celui-ci ne prit pas la peine d'examiner les charges portées contre l'Amiral: il le fit arrêter, ordonna de lui mettre les fers et l'embarqua en octobre pour l'Espagne. Rien ne pouvait mieux servir la cause de Colomb qu'un traitement aussi cruel. Quand le roi Ferdinand apprit que le grand Découvreur était arrivé chargé de chaînes comme un criminel dangereux, il lui rendit la liberté, l'appela à la cour mais refusa de lui accorder les pleins pouvoirs que Colomb réclamait sur les terres qu'il avait découvertes.

 

Colomb obtint cependant la permission d'entreprendre son quatrième voyage. En mai 1502, il partit d'Espagne avec une flottille de quatre caravelles en vue de trouver la route qui devait le conduire vers le véritable Orient. Le 30 juillet, il atteignit les côtes de l'Amérique centrale qu'il suivit du Honduras jusqu'à Veragua, où il arriva vers le 24 janvier 1503. Il débarqua dans ce lieu et essaya d'y fonder un établissement. Mais ses compagnons, découragés, le déterminèrent à abandonner ce projet et, de nouveau, il mit à la voile. Ce fut avec grand-peine qu'il aborda en août à la Jamaïque, où il resta de longs mois à réparer ses bateaux que la mer et les ouragans avaient mis en fort piteux état. Dans l'intervalle, il avait envoyé Diégo Mendez sur un canot chercher du secours, via Cuba, à Santo-Domingo. Les survivants de l'expédition ne purent s'embarquer pour l'Europe qu'en juin 1504. Colomb ne passa à Santo-Domingo que juste le temps de mettre son navire en état de reprendre la mer. Le 7 novembre, il arrivait à San Lucar de Barameda. Avec la mort de la reine Isabelle, qui survint quelques jours après, il vit s'évanouir le plus cher de ses espoirs. Il se retira à Séville, où ses tortures physiques et morales lui laissèrent peu de temps pour régler ses affaires. En mai 1505, il faisait le voyage de Ségovie pour essayer d'attendrir le Roi et obtenir de lui la reconnaissance de ses droits et ceux de son fils. Ce fut peine perdue. Alors, désespéré, malade de corps et d'esprit, il s'enferma à Vallalolid, où il mourut dans la misère le 20 mai 1506.

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Après la capture de Caonabo, les Indiens avaient essayé de continuer la lutte. Mais, armés seulement de flèches et de bâtons, ils ne pouvaient sérieusement résister aux armes à feu des Espagnols. C'est ainsi qu'à la bataille de la Vega Real, où ils étaient environ 100.000 contre 200 fantassins et 20 cavaliers de Castille accompagnés de chiens féroces, ils furent vaincus et exterminés. Les caciques soumis furent condamnés à payer de lourds tributs soit en denrées alimentaires, soit en matières premières, soit en pépites d'or.

 

Le 15 avril 1502 débarqua à Santo-Domingo le successeur de Colomb, don Nicolas de Ovando. C'était un homme dur et énergique. Son premier souci fut d'établir son autorité suprême sur toute l'île. Aussi décida-t-il de conquérir les deux cacicats qui étaient encore restés indépendants: le Xaragua et le Higuey.

 

La veuve de Caonabo, Anacaona --- Fleur d'Or dans la langue des Tainos --- régnait, comme nous l'avons vu, dans le Xaragua. Elle était fort belle, d'après les témoignages contemporains. Elle avait des traits fins et délicats. Son corps, assoupli par la danse qu'elle aimait à la passion, avait des proportions harmonieuses. Vive d'esprit et rieuse, elle se distinguait par son talent de poète qui la faisait rivaliser avec les meilleurs sambas de sa cour. Elle avait eu l'occasion de rencontrer des Espagnols et éprouvait à leur égard, malgré les maux affreux qu'ils avaient infligés aux siens, une certaine admiration, à cause de leur amour de la parure et de leurs manières galantes qui flattaient sa vanité féminine. Ovando ne la considéra pas moins comme une adversaire dont il fallait se débarrasser au plus vite. Il la fit enlever, dans sa propre capitale de Yaguana, au cours d'une fête brillante que la reine avait donnée en l'honneur de ses visiteurs étrangers. Les Indiens furent impitoyablement massacrés, et Anacaona, garrottée, fut emmenée à Santo-Domingo où, après un simulacre de jugement, elle fut pendue.

 

Le cacique du Higuey, Cotubanama, réputé parmi les Aborigènes à cause de sa haute taille, s'était montré conciliant avec les Espagnols. Il les avait laissés s'établir à l'embouchure de l'Ozama. On ne lui tint aucun compte de ses amicales dispositions. Une troupe, envoyée contre lui sous les ordres de Juan Esquibel, fut mise en déroute. Après une trève de quelque temps, le même officier alla de nouveau l'attaquer avec des forces plus importantes et le contraignit à se réfugier dans l'île de la Soana. Poursuivi dans sa retraite, Cotubanama fut pris et transporté à Santo-Domingo, où il subit le même sort qu'Anacaona.

 

Maître absolu de l'île, Nicolas de Ovando s'appliqua à organiser administrativement la colonie et à la faire prospérer. Mais la population indienne, employée aux travaux les plus pénibles, décroissait d'une façon alarmante. Cette cruelle situation émut l'âme sensible du Père Bartolomé de Las Casas. Pour essayer de sauver ces malheureux indigènes d'une extermination complète, il ne trouva rien de mieux que de demander à la Cour d'Espagne d'autoriser l'envoi à Hispaniola, en 1517, de quatre mille nègres d'Afrique. Le bon moine pensait que ces nègres, plus vigoureux et plus endurcis, supporteraient mieux le climat ardent des Indes Occidentales. Il devait plus tard regretter amèrement son audacieuse démarche auprès du Cardinal Ymenez de Cisneros, à qui il avait conseillé --- d'après l'écrivain cubain José A. Saco --- d'envoyer à Hispaniola des esclaves [noirs et blancs], puisqu'à cette époque l'esclavage n'avait pas encore de couleur et s'exerçait sans discrimination, dans certaines régions, sur les hommes de toute race.

 

Moins dociles que les Indiens, les esclaves africains, dont le nombre augmentait d'année en année, tentèrent à maintes reprises de secouer leur joug. Ils se révoltèrent une fois et furent vaincus par une poignée d'hommes qui se mirent à leur poursuite, et, raconte un historien, [comme, à mesure qu'on les saisissait, on les pendait à l'arbre le plus proche, tout le chemin en fut bientôt bordé]. Le spectacle de cette allée sanglante resta dans leur mémoire. Cela ne les empêcha pas de se ranger sous la bannière du cacique Henri, qui les abandonna à leur sort dès qu'il eut fait la paix avec les Espagnols.

 

La révolte du cacique Henri mérite d'être rappelée parce qu'elle marque le dernier sursaut d'indépendance parmi les Indigènes. Cet Henri était un jeune Indien converti au christianisme. Il avait appris l'espagnol et savait même le latin. Ayant été maltraité par son maître, un jeune Espagnol nommé Valenzuela, qui avait voulu --- suprême affront --- lui prendre sa femme, il se révolta et entraîna à sa suite quelques-uns de ses congénères. Retranché dans les montagnes escarpées du Bahoruco, où ses ancêtres avaient eux-mêmes commandé comme caciques, il tint tête pendant treize ans aux Espagnols. Il avait des nègres dans sa petite armée de quatre cents guerriers disciplinés et bien équipés. Le gouvernement de Santo-Domingo considéra comme dangereuse l'existence de ce minuscule royaume indépendant, dont l'exemple pouvait être suivi par d'autres Indiens aussi courageux. L'empereur Charles-Quint, mis au courant du fait, ne crut pas s'abaisser en chargeant un ambassadeur spécial, Barrio-Nuevo, d'aller négocier avec Henri dans son repaire d'aigle. Un traité de paix fut conclu en 1533, par lequel [le dernier Cacique d'Haïti] acceptait, pour lui et ses hommes à l'exception des nègres, d'aller vivre en pleine liberté à Boya, à quelques lieues de Santo-Domingo. Six cents personnes s'établirent avec Henri dans ce refuge. C'est là tout ce qui restait à peu près de la population indienne d'Haïti estimée, au moment de la découverte, à un million d'âmes (4).


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(1) - L'île d'Haïti est située, à l'entrée du golfe du Mexique, entre 17°30'40" et 19°58'20" de latitude nord et 68°20' et 74°20' de longitude ouest de Greenwich.

(2) - Herbert M. Kreiger: The Aborigenes of the ancient island of Hispaniola [Smithsoni an Inst. 1929].

(3) - V. Louis-Emile Elie: Histoire d'Haïti, tome I. P. au P. 1944.

(4) - Emile Nau: Les Caciques d'Haïti, P. au P. 1855, 2e édition, 1894.


 

Source: Histoire du Peuple Haïtien (1492-1952), par Dantès Bellegarde, Port-Au-Prince, 1953. Collection du Tricinquantenaire d'Haïti.

Mots-clés: Colomb Haïti Amérique



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