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Hubert Reeves, astrophysicien
Ajouté le 03/03/2010 19:57:22 par Pilote_Qc

Voici un extrait du deuxième chapitre de l'ouvrage autobiographique de monsieur Hubert Reeves, astrophysicien. Je retiens ce chapitre pour les données généalogiques et surtout les anecdotes familiales qu'il contient. 

 

remarque: Josephte Beauchamp [3e épouse de Joseph Rives], fille de Pierre et Marie Content, serait parmi ses aïeules, plutôt que Catherine Perrault, comme il le mentionne. À vérifier!

 

Voyons,


 

 

Chapitre 2


Joseph Rives, orphelin de guerre


J'ai vécu une enfance intensément francophone. Ma famille évoquait, avec un orgueil qu'elle estimait légitime, notre statut de [Canadiens français] [à cette époque, on ne disait pas encore [Québécois]].

 

Nous avions conscience d'être une nation plongée dans un océan anglophone contre lequel il fallait réagir sous peine d'être culturellement éliminés. Les mots [anglifier] et [angliciser] avaient pour nous une forte connotation négative. On parlait à voix basse, presque en chuchotant, d'une branche de la famille partie vivre dans la province anglophone de l'Ontario et dont les enfants ne parlaient plus le français.

 

Nous étions très fiers de notre langue et de nos traditions françaises. L'histoire du Canada, telle qu'elle nous était enseignée à l'école, était, selon les mots mêmes de notre hymne national, [une épopée des plus brillants exploits]. Contre les Anglais protestants, nos ancêtres s'étaient vaillamment défendus pendant des décennies. Sans aucun renfort venu de France [on sait la négligence de la Mère Patrie pour ces quelques [arpents de neige], comme l'écrivit si dédaigneusement Voltaire], ils n'avaient cédé que sous le poids du nombre. Mais dans la défaite et sous l'occupation anglaise, ils avaient su maintenir leur langue et leur foi catholique. Il fallait poursuivre leur oeuvre admirable et se montrer en tout point digne de cet héritage: la langue gardienne de la foi.

 

 

La légende et la réalité

 

Selon la légende familiale, notre premier ancêtre québécois était un soldat américain de souche écossaise, venu guerroyer au Québec lors des luttes pour l'indépendance menées par les jeunes États-Unis. Fait prisonnier par l'armée anglaise, il avait été libéré à la condition qu'il s'installe comme fermier dans notre province. Telle était l'histoire à raconter à ceux qui nous interrogeaient sur l'origine de notre patronyme.

 

Après de longues recherches, mon frère André, hématologue de métier et généalogiste par passion, a finalement percé à jour la réalité des faits. Elle est beaucoup plus brutale.

 

Entre 1685 et 1767, date du traité de Paris, Français et Anglais se disputent les territoires de l'Amérique du Nord. Ils se livrent une guerre cruelle. La technique favorite des troupes françaises consiste à effectuer des descentes éclairs sur les villages de la Nouvelle-Angleterre pour [dissuader les habitants de s'établir dans cette région]. Elles feront plus de soixante de ces razzias pendant cette période.

 

Guidés par les Indiens Abenakis auxquels ils se sont associés, les soldats français, excités par les cris de guerre stridents des Indiens, fondent au petit matin sur les habitations, y mettent le feu et massacrent les occupants au fusil ou au tomahawk. Seuls sont épargnés les femmes enceintes et les enfants. Non pas pour des motifs humanitaires, mais comme otages à échanger contre des prisonniers.

 

C'est ainsi qu'à la fin de l'hiver 1725, un enfant de huit ans, Joseph Rives, est fait prisonnier à St. Mary du Maryland, au sud de Washington. Ses parents, John Rives et Jane Crine, récemment émigrés des Lowlands, au nord de l'Angleterre, n'auront pas la vie sauve. Dans le froid et la neige, bivouaquant la nuit, les prisonniers sont transportés en canoë sur la rivière Richelieu, du sud vers Montréal.

 

Il y a quelques années, survolant cette région en avion, j'ai vu par le hublot le long tracé de ce cours d'eau encore bordé de glaces. Non sans émotion, j'ai tenté d'imaginer le voyage du petit Joseph. Je l'ai remercié intérieurement de sa vaillante résistance. Sans lui [et ses descendants...] je ne serais pas là (1)..

 

Quelles séquelles l'assassinat de ses parents, peut-être commis sous ses yeux, son enlèvement et ce périple glacé lui ont-ils laissées? Selon les archives de l'Hôtel-Dieu de Montréal, il est hospitalisé en 1739, atteint d'une grave maladie. Pendant sa convalescence, vraisemblablement sous la pression des religieuses, il [abjure sa foi protestante] pour embrasser la religion catholique. Il retrouve en tout cas suffisamment d'énergie pour épouser, en 1750, Catherine Perreault [mon arrière-arrière-arrière-arrière-grand-mère], une Québécoise, et lui faire cinq enfants. Il cultive une ferme à Pointe-aux-Trembles sur l'île de Montréal. Catherine Perreault meurt en 1760. En 1773, selon d'autres archives, Joseph épouse en secondes noces Charlotte Gaudry, [avec la permission du gouverneur]. Sous ces mots se cache la dure réalité politique de l'époque.

 

C'est que le capitaine Wolf a gagné la bataille des Plaines d'Abraham à Québec et le Canada est devenu anglais. La loi martiale a été imposée. Dans un autre document, on lit: [Son Excellence Thomas Page, Gouverneur de Montréal, permet le mariage de Joseph Riewes avec Charlotte Gaudry.] L'altération de Rives en Riewes est sans doute imputable à l'illettrisme des militaires de l'époque. Le nom de famille oscille entre plusieurs orthographes et se stabilise vers 1800 dans sa forme présente: Reeves.

 

Deux enseignements

 

La vérité peut être salutaire, même lorsqu'elle est cruelle. J'ai tiré de la lecture de cette chronique si dévastatrice pour notre [fierté nationale] de Canadiens français deux enseignements profitables. Le premier est que mes ancêtres français, contrairement aux propos édifiants transmis par l'école ou par ma famille, pouvaient être tout aussi belliqueux et cruels que n'importe quel autre peuple.

 

Excités par les hurlements des Abenakis, ils avaient, eux aussi, du sang sur les mains. Des parents de Catherine Perreault ou de Charlotte Gaudry pouvaient avoir participé aux massacres de villageois endormis.

 

À cet égard, j'aime à relater un fait que j'ai gardé en mémoire. Il y a quelques années, j'avais perçu, dans la bibliothèque d'une école d'astronomie au Portugal, les éclats de voix d'une vive dispute. Des chercheurs brésiliens critiquaient avec véhémence les exactions des colonisateurs portugais, auteurs de pillages et autres sévices abjects contre les populations indigènes. Un étudiant de Lisbonne tentait de défendre la réputation de ses compatriotes, auteurs de ces atrocités. Ses propos sur ce que la [civilisation européenne] avait apporté aux habitants de l'Amazonie lui valurent les rires sarcastiques de ses interlocuteurs et leur départ précipité. À cet instant, l'image du petit Joseph Rives, arraché à son village par des militaires français, me revint en mémoire.

 

[Pourquoi, et au nom de quoi cherches-tu à tout prix à défendre tes ancêtres? ai-je demandé à ce jeune Portugais. Tu n'es responsable ni de leurs exploits ni de leurs méfaits.] Son visage s'est soudainement détendu sous l'expression du soulagement que mes mots semblaient lui procurer, ce dont il m'a d'ailleurs remercié.

 

Le second enseignement s'exprime pour moi en ces quelques mots:[La vie continue, même après le pire des drames.] Malgré la tragédie de ses huit ans, j'imagine un repas de Noël dans la maison familiale de Joseph Rives à Pointe-aux-Trembles dans les années 1750. Selon la tradition québécoise, les oncles et les cousins sont venus des villages environnants pour manger la dinde aux canneberges et danser au son de l'accordéon. Le baume du temps est passé et les blessures se sont cicatrisées...

 

 

Les patronymes

 

Il est de coutume, dans les bonnes familles, de s'intéresser à la lignée des ancêtres. Cette préoccupation est particulièrement importante chez les nobles, qui peuvent ainsi faire valoir les mérites politiques ou guerriers de leurs ascendants. Il importe pourtant de remarquer que cette tradition repose sur l'idée que la prétendue [qualité du sang] se transmet uniquement par le père. À la lumière de nos connaissances contemporaines en génétique, nous devons reconnaître que cette idée est totalement fausse. Le partage se fait moitié-moitié entre le père et la mère.

 

Mon ancêtre, Joseph Rives, se situe sept générations avant moi.

 

Depuis l'arrivée au Québec de Joseph Rives, cent vingt-huit ancêtres directs ont contribué au patrimoine génétique que j'ai reçu à ma conception. Chacune de ces personnes est digne, à mes yeux, d'un intérêt équivalent à celui que j'ai porté à Joseph. Je reconnais cependant avoir adopté, pour la liste qui suit, la tradition de la pure lignée patriarcale, pourtant totalement conventionnelle...

 

 

La séquence des patronymes de ma lignée familiale s'établit alors comme suit:

 

— John Rives, marié à Jane Crine [en Nouvelle-Angleterre] aux environs de 1715.
— Joseph Rives, marié à Catherine Perreault en 1750.
— Louis Reeves, marié à Geneviève Beaudry en 1795.
— Charles Reeves, marié à Zoé Desautels Lapointe en 1838.
— Charles Reeves, marié à Emmanuelle Laporte en 1868.
— Charles-Aimé Reeves, marié à Alida Laporte en 1893.
— Joseph-Aimé Reeves [mon père], marié à Manon Beaupré [ma mère] en 1927.

____

 

(1) À lire sur ce thème: Susanna Johnson, Récit d'une captive en Nouvelle-France (1754-1760), Éditions du Septentrion, 2003.


 

Source: Je n'aurai pas le temps, Par Hubert Reeves, Édition du Seuil, 2008

Mots-clés: Hubert Reeves Rives



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Visionner 1 - 5 de 9 Commentaires


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De: lisejolin
03/18/2010 20:00:07

C’est simplement une supposition, peut-être une piste à suivre  concernant l'origine du patronyme Reeves.

 



 


...… L’ancêtre du juge Georges Baby arrivé en Nouvelle-France portait le nom de Jacques « Bâbie de Ranville ».

 


À la Conquête de 1760, son petit fils François, en homme d'affaire avisé, transfère ses activités commerciales de France à Londres. On pense que c’est à ce moment-là que le nom devient « Baby » écrit à l’anglaise comme le juge l’écrivait encore à son décès.

 


……..

 



 


Merci Pilote_Qc pour l’URL laissé sur le forum de Roseline Smith.  Se trouvant la cousine de mon beau-frère (Reeves / Bond), ils ont les mêmes ancêtres « Eve ». 

 



 


Lise

 



De: Pilote_Qc
03/18/2010 16:56:16

À propos, prenez connaissance de ma demande adressée à Rollie, la nièce du Frère Damien, sur le forum de roselinesmitm, intitulé [famille Reeves], à cette adresse:


 


http://genealogie.planete.qc.ca/forums/display_topic/id_10511/Famille-Reeves/



De: Pilote_Qc
03/18/2010 16:46:43
[Vous dites... "Bonne nouvelle! ...cependant pour la connaître, il vous faudra aller voir le nouveau blogue du membre Waldor60, intitulé [Rives - Reeves], sur ce site."

Mais où est-il passé ce blogue [Rives - Reeves] de Waldor60?


Lorsqu'on va sur sa page, il n'y a qu'un seul blogue. 


Il semble qu'il a été retiré... Pourquoi?]


____


 


Bonjour lisejolin, évidemment je ne peux pas répondre pour Waldor60, mais ses blogues donnaient les écrits du Frère Damien en version anglaise, pour l'un, et en version française, pour l'autre. Le Frère Damien pense que l'origine de sa famille est française. Sur demande, je pourrai vous expédier une copie de ce texte.





De: lisejolin
03/18/2010 14:23:56

... il ne reste plus qu'à s'interroger sur la véritable origine de cette famille: Français de France ou Anglais d'Angleterre ou d'Écosse?

 



 


Autre hypothèse…

 


Le sujet d’un prochain blogue étant d’origine française a pourtant un nom à consonance anglaise.   Lors d’un conflit existant entre la France et l’Angleterre, un de ses ascendants transfère ses fonds de d’un pays à l’autre.  On le retrouve peu après, toujours au Canada, mais avec un nom anglicisé…


Lise



De: lisejolin
03/18/2010 13:40:50

Bonjour Pilote_Qc


 


Vous dites... "Bonne nouvelle! ...cependant pour la connaître, il vous faudra aller voir le nouveau blogue du membre Waldor60, intitulé [Rives - Reeves], sur ce site."


 


Mais où est-il passé ce blogue [Rives - Reeves] de Waldor60?


 


Lorsqu'on va sur sa page, il n'y a qu'un seul blogue. 


 


Il semble qu'il a été retiré... Pourquoi?






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