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Notre-Dame de Montréal
Ajouté le 03/17/2010 09:50:39 par Pilote_Qc

Une visite dans L'Île du Mont-Réal


Les personnes qui visitent Montréal ne manquent généralement pas de venir flâner dans son quartier historique. Elles trouvent

dans le vieux Montréal, enserré dans un rectangle mince de quarante hectares, en bordure du Saint-Laurent, tout un ensemble de bâtiments divers dont le style va du baroque au style contemporain. L'architecture de cet ensemble ne date le plus souvent que du XIXe siècle, mais le calcaire uniformément employé en ce lieu prête à tout le quartier un air ancien. Les entrepôts,

les couvents et les bureaux, construits côte à côte dans des rues étroites au cours d'une période de trois siècles, se fondent en des murs de pierre grise de trois étages. La disposition des rues, qui n'a guère changé depuis 1672, donne aussi un caractère distinctif au quartier. Entourée d'une enceinte jusqu'au début du XIXe siècle, la ville ne pouvait s'étaler, si bien que l'on serra de plus en plus ses bâtiments les uns contre les autres. Le tracé sinueux de la rue des Commissaires, qui suit la ligne brisée des anciens bastions, est aujourd'hui encore un souvenir frappant de cette enceinte.

 

L'implantation de la vieille ville a d'ailleurs été plus dictée par les impératifs du milieu naturel que par les règlements municipaux. Les côtés du rectangle initial suivaient à peu près le Saint-Laurent et la petite rivière Saint-Pierre [place d'Youville] à l'est, le ruisseau Saint-Martin [rue Saint-Antoine] à l'ouest, un marais [place Victoria] au sud, et un escarpement naturel [rue Berri] au Nord*. Le terrain était très inégal: il montait du niveau du fleuve à l'est, jusqu'à une éminence de vingt-trois mètres d'altitude, à juste trois cent mètres à l'intérieur des terres [place d'Armes] pour

redescendre ensuite à quinze mètres sur sa limite ouest [rue Saint-Antoine]. La partie la plus basse, située à l'est, fut occupée la première en raison de sa proximité du fleuve, ce qui facilitait les approvisionnements d'eau et les transports. Mais les crues annuelles du Saint-Laurent incitèrent bientôt les colons à construire en bordure de la rue Saint-Paul, à dix-huit mètres au-dessus du niveau des eaux, plutôt que sur l'emplacement, plus proche du fleuve, de l'actuelle rue des Commissaires.
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* Les orientations sont ici, conforment aux points cardinaux indiqués par la boussole. Nous signalons donc ici que la rue Notre-Dame est orientée dans la direction nord-sud bien que l'on considère par convention, à Montréal, qu'elle se trouve dans la direction est-ouest.


 

La ville de Montréal

 

Montréal s'est développé sans plan d'urbanisme depuis 1642, année de sa fondation, jusqu'en 1672. Très fréquentée, la rue

Saint-Paul, qui suivait à mi-pente une direction parallèle au fleuve, devint vite le principal axe nord-sud de l'agglomération. Et il y avait en outre un certain nombre de rues est-ouest, dont la plus importante était la rue Saint-Joseph, qui coupaient cet axe. Lorsque la première ordonnance sur le tracé des rues de Montréal fut promulguée en 1672, tous les chemins existants furent conservés malgré leurs irrégularités et leur étroitesse. Mais il restait assez de terrain inoccupé en haut du coteau pour que les arpenteurs pussent tracer une nouvelle rue, large et bien droite, qui traversât la colonie du nord au sud. On donna à cette importante artère le nom de rue Notre-Dame en l'honneur de la patronne de Montréal. Au milieu de cette rue, juste au sud de son intersection avec la rue Saint-Joseph, les habitants du lieu commencèrent immédiatement à construire une église paroissiale qu'ils baptisèrent du même nom. Ils avaient l'intention de suivre la

coutume européenne et de diviser la rue en deux embranchements qui contourneraient l'église par l'est et par l'ouest. Toutefois, les prêtres décidèrent de faire un cimetière du côté est, si bien qu'en définitive la circulation ne contourna

l'église que par l'ouest. Et lorsqu'au début du XVIIIe siècle l'embranchement ouest initialement en forme de croissant, fut

devenu un trapèze, on lui donna le nom grandiose mais impropre de place d'Armes.

 

La place d'Armes existe toujours et c'est là que se trouve l'église Notre-Dame. L'ancien édifice a cependant été remplacé en 1829 par une nouvelle église qui se dresse à l'est de la précédente, sur l'emplacement du vieux cimetière. Cette église a une façade de calcaire gris sombre, de trente-deux mètres de large et de soixante-cinq mètres de haut. La surface lisse de ses deux tours carrées est coupée par des moulures qui séparent quatre fenêtres ogivales et un oculus. La partie médiane de la façade est deux fois moins haute que les tours. Des piliers butants et des bandeaux la subdivisent en six éléments égaux: trois en bas, qui englobent des arcades ogivales, et trois en haut, qui forment une arcature aveugle ornée de niches. Un parapet crénelé couronne cette partie.

 

Ces indices suffisent pour permettre à un observateur perspicace de deviner la date approximative à laquelle fut construite cette façade. En effet, la grille nette formée par les lignes horizontales et les lignes verticales des tours rappelle celle des tours ajoutées au XVIIIe siècle à l'abbaye de Westminster. La surface lisse de la façade, de même que ses éléments gothiques décoratifs mais non structuraux, indique sa parenté avec les premières expériences néo-gothiques tentées en Angleterre et en Amérique au début du XIXe siècle. De plus, le touriste qui a traversé le Québec rural en voiture pour se rendre à Montréal se souvient avoir déjà vu ce genre de façade, flanquée de tours jumelles et ornée de trois niches ou fenêtres au-dessus de trois portes, sur d'innombrables églises québécoises d'inspiration romane, gothique ou baroque.

 

À l'intérieur de Notre-Dame, le visiteur découvre un vaste espace, plus ample et plus animé que l'extérieur assez étroit et calme de l'édifice ne le lui avait laissé supposer. Le volume de l'intérieur évoque un espace bouleversé par les pénétrations qui découpent hardiment la voûte en berceau au-dessus de la nef et le rythme que scandent les compartiments formés par les croisées d'ogives des bas-côtés. La lumière naturelle qui pénètre à flots par les rosaces du plafond, ainsi que les riches couleurs et les piliers à colonnes engagées font ressortir la texture superficielle de la nef. On peut aussi percevoir la nef comme une charpente linéaire, faite de colonnes verticales très accentuées et de balustrades horizontales de galeries qui rappelle la grille de la façade. En pénétrant dans Notre-Dame, le visiteur a l'impression générale de se trouver dans un théâtre pourvu de deux étages de balcons, sur trois côtés, et d'une scène, dans le léger renfoncement du sanctuaire. La nef est dominée par un retable enluminé de vingt-trois mètres de haut qui se dresse jusqu'au plafond. Ce retable, chargé de sculptures et d'ornements, témoigne de l'influence du style néogothique français du milieu du XIXe siècle. Par ailleurs, les grandes proportions de la nef, les contours et les pénétrations basses de la voûte en berceau, de même que le rapport entre

colonnes et plafond, sont des caractéristiques que l'on trouve dans les églises georgiennes anglaises du XVIIIe siècle. Enfin, comme pour l'extérieur de l'édifice, il y a des analogies entre l'intérieur de Notre-Dame et celui de centaines d'églises disséminées dans tous le Québec.

 

L'architecture de Notre-Dame pose certains problèmes. En effet, à supposer que l'on puisse isoler et identifier ses caractères anglais, français et anglais de la Nouvelle-angleterre, une telle analyse n'expliquerait nullement comment ils ont pu être combinés de façon remarquable dans cet édifice. Le contraste entre la nef et la façade mérite des explications. Et, poussant le raisonnement un peu plus loin, il faudrait déterminer comment l'église peut rassembler tant d'éléments étrangers recherchés et conserver néanmoins une parenté avec les églises rurales typique du Québec. Sans connaître l'histoire de l'église, de ses architectes ni les dates qui s'y rapportent, on ne peut démêler ces problèmes. Nanti de ces connaissances, on peut certes résoudre partiellement ces énigmes, mais l'histoire du bâtiment de Notre-Dame apparaît alors peu commune.

 

********


Des colons dans l'Île, commandés par ces messieurs de Saint-Sulpice

 

De Jacques Cartier, en 1535, Samuel de Champlain , en 1610 et enfin Jacques Olier, en 1640, aucun colon n'est apparu sur l'île du Mont-Réal. En effet, en 1535, Jacques Cartier avait visité la bourgade agnière d'Hochelaga sur cette île, mais soixante-quinze ans s'étaient ensuite écoulés avant que les Français ne tentent de s'y installer. Et après la tentative avortée faite en 1610 par Samuel de Champlain, nul n'avait essayé en trente ans de coloniser l'île. Soudain, en 1641, Louis XIII donna à la société d'Olier de Verneuil le droit d'occuper le Mont-Réal, et la même année, trente-cinq colons furent envoyés en Nouvelle-France. Le 27 février 1642, Monsieur Olier célébra une messe à Notre-Dame de Paris, consacra le Mont-Réal à la Sainte-Famille et le plaça sous la protection spéciale de la Vierge Marie. C'est à cette occasion que l'on changea le nom de la ville qui fut alors baptisée Ville-Marie. Le 17 mai 1642, les colons qui avaient cherché refuge à Québec pendant l'hiver arrivèrent à Ville-Marie. Ils construisirent alors une palissade au bord de l'eau, à la Pointe-à-Callières [à peu

près au coin formé aujourd'hui par la place d'Youville et la rue Saint-François-Xavier], au sud des ruines du poste de traite

de Champlain sur la place Royale. C'est à l'intérieur de ce fort que fut construite la première église Notre-Dame, qui était en bois. En 1644, Jeanne Mance choisit un endroit situé à cent quatre-vingt mètres à l'intérieur des terres comme emplacement de l'hôpital de l'Hôtel-Dieu. Cette initiative aboutit à la création des deux premières rues de Montréal: le sentier nord-sud qui passait devant l'hôpital devint la rue Saint-Paul; et le sentier est-ouest qui passait à côté, la rue Saint-Joseph [devenue aujourd'hui la rue Saint-Sulpice]. En 1659, la première église Notre-Dame située derrière la palissade fut abandonnée et une nouvelle chapelle fut construite près de l'hôpital, au coin nord-ouest de la rue Saint-Paul et de la rue Saint-Joseph. Cette deuxième église, dédiée à la Vierge et à Saint-Joseph, le patron de l'hôpital, était aussi en bois, mais elle avait des fondations de pierre. Elle mesurait vingt-quatre mètres de long, neuf de large et six de haut. Sur son toit se

dressait un haut clocher [de forme régulière et élégant, avec deux cloches.]

 

La croissance de Montréal pendant ses deux premières décennies fut extrêmement lente. Lorsque Jeanne Mance se rendit en

France en 1649, elle déclara à Jean-Jacques Olier que la colonie se trouvait dans un état de quasi effondrement. Toutefois, depuis 1641, année où il avait cessé de jouer un rôle dans la création de Montréal, Monsieur Olier avait concentré toute son énergie sur un deuxième projet qu'il ambitionnait de réaliser: la fondation d'un séminaire dans lequel les fils de l'élite aristocratique et intellectuelle de France pourraient acquérir la formation qui les conduirait à la prêtrise. En décembre 1641, il institua ce séminaire à Vaugirard, près de Paris. En 1642, Monsieur Olier réinstalla ce séminaire dans le presbytère de la paroisse de Saint-Sulpice à Paris. Avec l'appui de la famille royale, les sulpiciens construisirent une immense nouvelle église et un séminaire, et ils commencèrent à étendre leur influence dans toute l'Europe. C'est alors qu'une

certaine fusion intervint entre Montréal et l'ordre de Saint-Sulpice, les deux créations de Monsieur Olier, pour remédier à la situation désastreuse dans laquelle se trouvait la ville en 1649. Monsieur Olier commença par prendre la direction de la Société de Notre-Dame de Montréal, puis il envoya quatre des premiers diplômés de son séminaire à Montréal. Ces hommes, conduits par Gabriel de Queylus, arrivèrent en 1657 pour supplanter les jésuites qui avaient été jusque-là les chefs spirituels de Montréal. Par conséquent, la première et la deuxième église paroissiale de Montréal ne furent pas construites sous l'égide des sulpiciens, mais ces derniers présidèrent néanmoins à l'achèvement des travaux du deuxième édifice en 1659.

 

En 1663, un changement décisif se produisit dans l'administration de Ville-Marie. Grâce à ses appuis parmi les nobles et au sein de la famille royale, le séminaire parisien de Saint-Sulpice fut autorisé par Louis XIV à acheter toute l'île de Montréal à ses propriétaires précédents: la Compagnie des Cent-Associés. Les sulpiciens durent aussi payer la dette contractée par l'ex-Société de Notre-Dame de Mont-Réal. Ainsi, en 1663, les sulpiciens assumèrent-ils le titre de seigneurs de Montréal et prirent-ils possession de l'île au nom du roi de France. Ils furent obligés d'administrer la justice, de nommer un gouverneur, de défendre la ville et d'assurer des services publics essentiels comme le service des eaux et le

service de la voirie. En contrepartie, les sulpiciens purent obtenir que les habitants reconnaissent leur devoir quatre redevances seigneuriales: la redevance de cens et rentes, impôt foncier de six deniers par arpent levé une fois par an; un droit de lods et ventes, de huit pour cent, perçu chaque fois qu'un immeuble changeait de propriétaire; la corvée, rarement exigée, qui obligeait les roturiers à accomplir un travail gratuit; enfin, la banalité, redevance que les habitants devaient payer pour utiliser obligatoirement les moulins à grain du séminaire. Ces droits étaient initialement détenus par le séminaire de Montréal qui les exerça au nom de celui de Paris jusqu'à la conquête de la ville par les Anglais en 1760. Par la suite, ces privilèges ne furent conservés que par les sulpiciens canadiens. Et, aussi surprenant que cela puisse paraître, ces derniers exercèrent leurs droits féodaux jusqu'au milieu du XIXe siècle. En 1819, par exemple, le séminaire demanda à l'administration britannique de détruire le moulin à grain du banquier John Fleming, qui menaçait son monopole, et il obtint gain de cause.(6) En 1824, les impôts seigneuriaux rapportaient 4 500 livres sterling par an, soit 200 livres [environ 10 000 dollars d'aujourd'hui] par prêtre du séminaire.

 

Le fait de concéder la seigneurie de Montréal aux sulpiciens devait de façon presque certaine conduire à un conflit en Nouvelle-France. Montréal était l'une des plus grandes seigneuries de la colonie et c'était certainement la plus riche. De plus, elle était une des rares qui appartînt complètement à une communauté religieuse. Jusqu'en 1663, la colonie de Montréal avait durement rivalisé avec la ville de Québec pour obtenir des fonds de la cour. Mais voilà qu'une querelle religieuse entre les sulpiciens de Montréal et les jésuites de Québec exacerbait la rivalité politique qui existait entre les deux villes. En 1645, on crut que le premier évêque de Nouvelle-France s'installerait à Montréal. Cependant, d'autres dispositions firent que Mgr de Laval, le premier évêque de la colonie élût domicile à Québec lorsqu'il arriva en 1659. Ainsi, les

sulpiciens constituaient l'autorité civile suprême de l'île de Montréal, mais, en tant que prêtres, ils étaient soumis à l'évêque de Québec.

 

Placée sous des dirigeants capables et parfois brillants, la communauté de Saint-Sulpice augmenta aussi son pouvoir

spirituel. En 1664, les séminaristes s'installèrent dans ce qui devint leur siège permanent, une demeure en pierre située

près de la rue Saint-Paul [hélas détruite par un incendie en 1850] où le gouverneur semble avoir résidé à titre d'invité. Et l'évêque de Québec ne tarda pas à lancer un premier défi contre le pouvoir spirituel des sulpiciens. En 1669, Mgr de Laval demanda que l'on construisît une nouvelle église proportionnée à la population de Montréal, de près d'un millier d'âmes à ce moment-là. Un terrain fut immédiatement choisi dans la ville basse, et des fonds et des matériaux furent affectés au projet. Toutefois, les gens du séminaire avaient déjà en vue un emplacement dans la ville haute pour leur nouvelle résidence, et ils tenaient à ce que la nouvelle église fût construite à proximité de cet emplacement. Ils refusèrent de verser une contribution pour la construction de la nouvelle église et bientôt le projet fut abandonné.

 

En 1666, les sulpiciens accueillirent à Montréal François Dollier de Casson, homme aux multiples aptitudes, qui fut tour à tour soldat, historien, prêtre et ingénieur. De 1671 à 1674, puis de nouveau de 1678 à 1701, Monsieur de Casson exerça les fonctions de supérieur du séminaire et, par conséquent, de seigneur de Montréal. Ce fut lui qui fit construire l'aqueduc de Montréal et présida, de 1689 à 1698, au creusement du ruisseau Saint-Martin, afin de créer un canal destiné à contourner les rapides du Saint-Laurent.

 

Monsieur de Casson essaya de régulariser le tracé des rues en 1672 avec l'aide de Bénigne Basset, l'arpenteur-greffier municipal. Il laissa le rôle de principal axe est-ouest à la rue Saint-Joseph qui, partant des quais, gravissait le coteau, puis redescendait jusqu'au pont construit sur le ruisseau Saint-Martin. Il ne voulut toutefois pas conserver la rue Saint-Paul comme principal axe nord-sud. Et il traça la rue Notre-Dame sur la crête du coteau pour la remplacer dans ce rôle. La rue Notre-Dame était non seulement large et droite, mais elle reliait la porte nord et la porte sud, de même que les deux installations collectives les plus importantes: le seul moulin à vent, au nord de la ville, et le seul puits public, sur la place d'Armes. C'est sur cette place que ces Messieurs du séminaire avaient choisi d'installer leur nouveau domicile, de même que la nouvelle église paroissiale. Le 19 juin 1672, Monsieur de Casson offrit aux habitants de leur construire une nouvelle

église au milieu de l'axe formé par la rue Notre-Dame, au sud de son intersection avec la rue Saint-Joseph. Le lendemain, en sa qualité de seigneur, il donna le terrain nécessaire au conseil de fabrique et, le jour suivant, il dirigea les travaux du creusement des fondations. On prévoyait alors que l'église mesurerait environ trente mètres de long et neuf de large.

 

Cette troisième église Notre-Dame, qui fut inaugurée en 1683 et démolie en 1830, ne présente qu'un intérêt secondaire pour

l'étude de l'histoire de l'église actuelle, quatrième du même nom. Certaines caractéristiques de la troisième église eurent néanmoins une incidence assez considérable sur la construction de celle qui lui a succédé. Son statut joua vraisemblablement le rôle le plus important. Bien que le séminaire ait financé la construction de cette église et qu'il s'en soit servi comme d'une sorte de chapelle monastique, elle fut d'abord administrée par des marguilliers. Il fallut attendre 1678 pour qu'en vertu d'un décret de l'évêque de Québec, Notre-Dame devienne une église paroissiale unie à perpétuité au séminaire, et 1694, pour que l'office de curé de Notre-Dame devienne une fonction dévolue automatiquement au supérieur de Saint-Sulpice. À peu près au même moment, le séminaire renforça sa position politique en faisant confirmer son titre seigneurial par Louis XIV, en 1693 initialement, puis une nouvelle fois en 1714.

 

Symbole du développement de l'influence temporelle et spirituelle des sulpiciens, la troisième église Notre-Dame fit l'objet de plusieurs agrandissements, et elle fut embellie par des peintures, des sculptures et des objets liturgiques en argent. L'église avait à l'origine un plan rectangulaire. Toutefois, au XVIIIe siècle, un transept, des bas-côtés, une nouvelle façade, un clocher imposant et une série de sacristies furent ajoutés à ce noyau initial [planche 10]. Mais la population de Montréal s'accroissait rapidement, si bien que des expédients comme l'installation de tribunes supplémentaires ne permettaient pas d'augmenter suffisamment le nombre de places assises de l'église. Dès 1750, puis en 1757, les marguilliers parlèrent de reconstruire Notre-Dame, et en 1789, Mgr Hubert, l'évêque de Québec, les exhorta sincèrement à le faire. Au début du XIXe siècle, l'église avait cent vingt-cinq ans, et elle était devenue si insuffisante que des foules s'amassaient

sur son perron pour assister à la messe. En 1801, les marguilliers décidèrent qu'il fallait abandonner l'ancien édifice, toutefois en 1809 ils refusèrent obstinément de le démolir. Et ils se contentèrent de le faire redécorer et de le pourvoir d'une nouvelle façade. Ces modifications ajoutèrent à l'élégance de l'église, mais elles ne changèrent nullement sa capacité. En 1819, les marguilliers examinèrent d'un oeil favorable le plan d'un bâtiment entièrement neuf, cependant une fois encore ils préférèrent ne pas détruire la vieille église Notre-Dame. Entre-temps, cette église était devenue un véritable obstacle à la circulation car elle bouchait la rue Notre-Dame sur la place d'Armes. Bien que sa capacité ne dépassât pas trois mille personnes, elle resta la seule église paroissiale d'une ville qui comptait quinze mille catholiques.

 

Pourquoi les marguilliers de Notre-Dame se sont-ils montrés si réticents quand il a été question de construire une nouvelle

église? Abstraction faite de facteurs naturels comme le manque d'argent et un attachement sentimental à l'ancien édifice, ils ont probablement été poussés par le besoin de préserver l'autonomie du séminaire de Saint-Sulpice. En fait, les événements ont prouvé que c'est seulement lorsque cette autonomie a été directement menacée que la reconstruction de Notre-Dame s'est accomplie à une allure exceptionnelle. La conquête de la Nouvelle-France par les Britanniques en 1759-1760 avait beaucoup renforcé l'autonomie des sulpiciens. Tout d'abord, les Britanniques renouvelèrent, partiellement en 1781 puis totalement en 1841, les droits immobiliers et certains des privilèges seigneuriaux de ces prêtres. Pendant un certain temps, les sulpiciens furent presque indispensables aux Britanniques pour administrer armonieusement l'île de Montréal. Deuxièmement, en 1800, les Britanniques étaient parvenus à éliminer du Québec les jésuites et les récollets [une branche de l'ordre des franciscains], si bien que les sulpiciens restaient le seul ordre religieux masculin de la colonie. Enfin, la fermeture de la maison-mère de cet ordre à Paris, ordonnée en 1792 par la Convention, avait amené à Montréal plus de vingt prêtres qui furent parmi les plus raffinés et les plus brillants du Canada, ce qui donna un nouveau souffle au séminaire de Montréal pendant une génération. Le renforcement de l'influence des sulpiciens se traduisit par un renforcement de l'influence de l'église Notre-Dame. En 1760, Montréal possédait cinq églises et chapelles catholiques vouées au culte public; mais en 1820, il n'y en avait plus que trois. L'église des jésuites avait été désaffectée en 1789 et détruite en 1810. Quant à la chapelle Sainte-Anne, qui datait de 1693, elle était tombée en ruines. L'église de récollets et la vieille chapelle Notre-Dame de Bonsecoun étaient devenues

des chapelles auxiliaires de l'église Notre-Dame, si bien que cette dernière était la seule église catholique indépendante de Montréal.

 

Notre-Dame ne fut jamais autre chose qu'une église paroissiale, néanmoins en raison du pouvoir des sulpiciens et du déclin des autres églises, elle avait en fait le prestige d'une cathédrale. Son curé prêtait serment d'allégeance non pas à l'évêque de Québec, mais au supérieur général du séminaire de Saint-Sulpice à Paris, institution qui avait été rétablie sous le Consulat en 1802. Par ailleurs, l'administration britannique, qui favorisait en général le séminaire de Montréal par rapport à l'évêque de Québec, était pour elle une protection supplémentaire. Et l'on peut imaginer que, dans ces circonstances, les sulpiciens et les marguilliers de Notre-Dame aient craint d'abaisser le rang de leur église en construisant d'autres églises à Montréal ou en remplaçant le monument vénérable qu'elle représentait par une construction moderne. Aussi, plutôt que de détruire l'ancienne église Notre-Dame, préférèrent-ils la protéger, la sertissant, tel un joyau, dans une nouvelle monture.

 

L'autonomie du séminaire de Saint-Sulpice se termina néanmoins abruptement en 1821, lorsqu'un de ses membres fut nommé

vicaire général du district de Montréal et auxiliaire de l'évêque de Québec. Le diocèse de Québec avait compris en 1783 tout

le Canada, ainsi que toute la côte est nord-américaine, de la Nouvelle-Orléans au Labrador. Les États-Unis furent retirés de

cet immense diocèse au cours des décennies qui suivirent mais, quand Joseph-Octave Plessis devint évêque en 1808, il incluait

encore toutes les colonies britanniques d'Amérique du Nord. Mgr Plessis demanda à Rome la permission d'instituer cinq nouveaux diocèses indépendants: les diocèses de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, du Haut-Canada [Ontario], des territoires du Nord-Ouest, et enfin, de la ville de Montréal. Toutefois, cette question purement religieuse relevait de la compétence du ministre des Colonies à Londres, qui devait donner son approbation avant que le Vatican puisse agir. Or, en 1819, le ministre des Colonies avait approuvé la création de trois diocèses anglophones, mais il avait refusé que soient constitués des diocèses distincts pour les territoires du Nord-Ouest et pour Montréal parce que ces districts étaient peuplés de Canadiens. Il estimait en effet souhaitable de réduire au minimum le nombre de chefs religieux parmi les francophones. En 1819, Mgr Plessis se rendit à Londres et à Rome pour demander en personne la séparation des deux districts francophones. Il emmena avec lui son adjoint Jean-Jacques Lartigue, secrétaire du séminaire de Montréal, qui voulait intercéder auprès de Lord Bathurst, le ministre des Colonies, pour obtenir que les sulpiciens récupèrent entièrement tous leurs titres de propriété. Le voyage de Mgr Plessis, loin d'être une machination pour limiter le pouvoir du séminaire, avait au contraire pour objet de le renformer, car l'évêque demanda lui-même avec insistance que l'on rende leurs droits aux sulpiciens. Le séminaire était même disposé à accepter la création d'un évêché de Montréal pourvu que l'évêque choisi fût un sulpicien comme Monsieur Lartigue, par exemple, et que le diocèse de Montréal fût entièrement détaché de celui de Québec.

 

Les dispositions finalement prises ne furent pas celles que l'on attendait. En effet, Londres n'accepta d'autoriser la nomination d'évêques auxiliaires pour Montréal et les territoires du Nord-Ouest que s'ils étaient suffragants de l'évêque de Québec. De retour au Canada, Mgr Plessis consacra Jean-Jacques Lartigue évêque auxiliaire de Montréal: il lui conféra le 21 janvier 1821 le titre de Mgr de Telmesse et, fait significatif, la cérémonie se déroula en l'église Notre-Dame. Les aspirations que nourrissaient les sulpiciens depuis près de deux siècles s'étaient concrétisées, et il y avait un trône épiscopal dans le choeur de Notre-Dame de Montréal. Toutefois, l'amertume des prêtres n'en fut pas diminuée pour autant, car ce trône représentait aussi un nouveau droit de regard de l'évêque de Québec sur ce qui se passait à Montréal.

D'ailleurs, ce trône épiscopal, symbole d'allégeance, fut la première victime de la contre-attaque des sulpiciens. Il fut

bouté hors de Notre-Dame par ordre des marguilliers juste un mois après y avoir été placé par Mgr Plessis. Ce dernier écrivit

immédiatement à Mgr Lartigue la lettre suivante:


[On m'a envoyé un long mémoire pour prouver par raison démonstrative que tous les honneurs que je vous abandonne et auxquels vous prétendez sont abusifs. Je ne disputerai point avec l'auteur; mais je ferai passer en cour de Rome mon mandement du

vingt février et me soumettrai au jugement du saint-siège. En attendant, ne contestez pas; mettez les procédés de votre côté.

Si on vous pousse, reculez-vous. À défaut du trône, contentez-vous d'un prie-dieu; à défaut d'un prie-dieu, mettez-vous sur

le bout d'un banc, ou ce qui serait encore mieux, cessez d'assister à la paroisse qui n'est plus cathédrale que toute autre église de la ville; et adoptez l'église de l'Hôtel-Dieu ou toute autre.]

 


Les sulpiciens dirigèrent leurs coups non seulement contre Mgr Lartigue, mais contre Mgr Plessis, son supérieur. Lors de ce

qui fut probablement l'une des attaques les plus outrancières de l'histoire de l'Église au Canada, le séminaire soutint auprès de la congrégation de la Propagande à Rome que Mgr Plessis avait aidé à confisquer les biens des jésuites au Canada pour une somme de 1 000 livres sterling et un siège au Conseil législatif, et il ajouta que cet évêque essayait désormais d'anéantir aussi les sulpiciens.

 

Mgr Plessis admit même que Lartigue, son protégé, était trop faible pour bien se défendre contre les assauts véhéments des

sulpiciens. Toutefois, certains Montréalais prirent la défense du nouvel évêque auxiliaire. Mgr Lartigue était en effet apparenté du côté de sa mère à deux puissantes dynasties patriciennes de Montréal: les Papineau et les Viger. Ni l'une ni l'autre n'avait été représentée parmi les marguilliers de Notre-Dame jusqu'aux premières années du XIXe siècle. Mais, quelle que soit la cause de leur conflit avec les sulpiciens, les événements ultérieurs prouvèrent que ces familles étaient disposées à faire des sacrifices considérables pour appuyer la cause de Mgr Lartigue.

 

L'attaque dirigée contre Saint-Sulpice fit alors resurgir deux vieilles questions: une question sociale et politique, et une question ethnique. Depuis la conquête britannique, la population de Montréal avait proliféré en dehors des murs de l'ancienne ville: elle occupait désormais une surface non plus de quarante hectares, comme à l'origine, mais d'environ quatre cents hectares. En 1825, la population du vieux quartier était de cinq mille âmes et celle des sept nouveaux faubourgs atteignait vingt mille habitants.[Toutefois, jusqu'en 1832, année où Montréal acquit le statut de ville, les habitants de la vieille ville furent nettement favorisés par rapport à ceux des faubourgs. Les trente-deux magistrats qui dirigeaient le district de Montréal étaient surtout choisis dans sa partie la plus ancienne. Les deux tiers des Montréalais, qui étaient catholiques, avaient en outre de bonne raisons de se plaindre. Beaucoup d'entre eux devaient faire de nombreux kilomètres pour assister à la messe de Notre-Dame, au coeur de la vieille ville. Comme il y avait cinq fois plus de catholiques dans les faubourgs que dans la vieille ville, et que leur pourcentage était beaucoup plus fort que celui des protestants, la question de la création

d'une nouvelle église dans les faubourgs devint d'une importance extrême. Et les familles Papineau et Viger [sous la conduite

de Jacques Viger, le futur maire de la ville] prirent parti pour les faubourgs. Finalement, le 25 septembre 1822, plus de onze cent catholiques, dont 95 p. 100 habitaient les faubourgs, signèrent une pétition adressée à l'évêque de Québec et à Mgr Lartigue pour exiger la construction d'une nouvelle église qui servirait de cathédrale de Montréal et d'église paroissiale pour les faubourgs de l'ouest.

 

Le problème ethnique était naturellement moins bien délimité. Jusqu'en 1780, Montréal avait été une ville exclusivement

francophone et catholique. Après la Conquête, des colons anglais et écossais-anglais arrivèrent par petits groupes, suivis de

loyalistes en beaucoup plus grand nombre, qui avaient pris la route du nord après la révolution des britanniques révoltés de

la Nouvelle-Angleterre. Cette immigration causa un certain antagonisme ethnique et religieux, qui s'accentua parce que les

Anglais et les Écossais-Anglais s'étaient approprié le commerce lucratif des fourrures jadis exercé par les Canadiens. Mais

ce fut la guerre de 1812 qui apporta une véritable prospérité à Montréal et déclencha un courant d'immigration à la suite duquel la ville faillit devenir un vestige de la France, comme la Nouvelle-Orléans d'aujourd'hui, aux États-Unis d'Amérique du Nord.

 

Les années 1820 s'annoncèrent comme une décennie désastreuse pour les Canadiens montréalais. En 1821, la fondation de l'Université McGill, seule université de la colonie, fut une tentative assez évidente pour angliciser les jeunes Canadiens et les convertir à la religion anglicane. En 1822, un projet d'Acte d'Union, qui visait à englober le Bas-Canada majoritairement

canadien dans le Haut-Canada majorotairement britannique et plus peuplé, fut déposé. Les immigrants anglais et

écossais-anglais affluaient en nombre sans précédent, et l'immigration des catholiques irlandais-anglais venait à peine de

commencer. En 1825, la ville dans son ensemble comprenait dix-huit mille catholiques et huit mille non-catholiques, et la

différence numérique entre les deux groupes diminuait rapidement. Ironie du sort, cette nouvelle situation fit que les

excellentes relations entretenues par les sulpiciens avec les Britanniques, jusque-là un atout pour les prêtres, jouèrent

désormais en leur défaveur. En effet, la collectivité francophone, cherchant auprès de ses chefs un appui dans ses efforts

pour contrer la menace britannique, ne pouvait oublier du jour au lendemain ceux qui avaient célébré des messes à Notre-Dame

lors des victoires remportées par les Anglais sur Napoléon, qui avaient fait des dons si généreux pour élever à Montréal un

monument en l'honneur de Lord Nelson, et qui avaient mis tant de zèle à rallier le peuple à la cause des Britanniques lors de la guerre de 1812.

 

La construction d'une cathédrale catholique à Montréal ne pouvait résoudre, certes, tous les problèmes religieux, ethniques et démographiques qui se posaient, mais elle semblait néanmoins très souhaitable. Appuyés par Mgr Plessis et par certaines des familles les plus en vue de Montréal, les plans de la nouvelle église Saint-Jacques — du nom du saint patron de Mgr Lartigue — furent rapidement dressés et réalisés. C'était la première église catholique que l'on construisait dans la ville depuis un demi-siècle. Denis-Benjamin Viger, le cousin de Mgr Lartigue, fit don du terrain au milieu de fermes, sur la rue Saint-Denis, à l'ouest de la vieille ville, et Louis-Joseph Papineau donna le terrain carré qui, aujourd'hui encore, fait face à l'église Saint-Jacques. Mgr Lartigue posa la première pierre de l'édifice le 22 mai 1823 en présence d'un petit nombre de prêtres dont pas un seul n'était originaire de Montréal.* Son église était une basilique de deux étages, qui, avec ses trois mille places assises, devait être la plus grande église du Canada. Durant sa construction, on tenta de conférer à

Saint-Jacques les attributions d'une église paroissiale pour que l'on puisse y célébrer non seulement la messe, mais des

baptêmes, des mariages et des enterrements. Et, fait significatif, les marguilliers de Notre-Dame firent appel non pas à

l'évêque, Mgr Plessis, mais au gouverneur, Sir Francis Burton, lorsqu'ils demandèrent avec succès de conserver leur monopole

sur ces attributions.
____

 

* Le curé de Notre-Dame a bien résumé l'antagonisme qui prévalait entre les partisans de Mgr Lartigue et les sulpiciens en déclarant: [Sans doute que Monseigneur ne doit pas être en peine de la pierre, car tout le monde la lui jette]. (Romuald Trudeau, Mes Tablettes, 19 avril 1822).


Il était toutefois impossible d'arrêter la construction de l'église rivale. Et, juste avant sa mort en 1825, Mgr Plessis s'en

félicita en déclarant:

 

[Dieu, qui sait tirer sa gloire de tout, nos très chers frères, a pris occasion des contrariétés par lesquelles Mgr l'Evêque de Telmesse a été éprouvé depuis le commencement de son Épiscopat, pour procurer à votre ville une église de plus, dont la magnifique structure s'est élevée comme par enchantement et est parvenue à sa fin avec une rapidité dont les étrangers et les

indigènes sont également surpris.]

 

********


Vers une reconstruction de Notre-Dame


Quand ils se rendirent compte que la cathédrale Saint-Jacques naissante mettrait fin à l'autorité religieuse exclusive qu'ils

exerçaient à Montréal, les sulpiciens et les marguilliers de Notre-Dame cherchèrent à regagner le terrain perdu. Les partisans de l'évêque auxiliaire, Mgr Lartigue, s'étant prévalus pour obtenir gain de cause de ce que la seule église paroissiale de la ville était vieille, à l'étroit et mal située, les marguilliers envisagèrent trois possibilités: celle de détruire la vieille église Notre-Dame et d'en construire une nouvelle; celle de conserver l'ancien édifice et de construire des églises annexes; enfin, celle de confiner l'ancienne paroisse dans des limites plus étroites de créer d'autres paroisses. Comme la création de communautés de fidèles annexes, autonomes ou quasi autonomes, aurait certainement affaibli le pouvoir centralisé des sulpiciens, les deuxième et troisième solutions furent rejetées. Il ne restait plus que la première: Montréal devait continuer à ne former qu'une seule paroisse: il fallait donc construire une immense église sur la place d'armes pour remplacer l'ancienne. Et de fait, la ville ne forma qu'une seule et même paroisse sulpicienne jusqu'en 1866, année où elle ne comptait pas moins de huit mille paroissiens. Mais les marguilliers ne s'attendaient guère que la ville connût une telle

croissance. En 1822, ils estimèrent la population catholique de Montréal à quinze mille âmes et, se fondant sur les taux de

croissance du passé, ils pensaient que la population atteindrait trente-trois mille âmes en 1872, ajoutant:


[Mais un tel accroissement de la population Catholique de la paroisse n'est pas du tout probable. Votre Comité croit qu'à

l'exception des Grandes Solemnités [sic] il n'y a guère que le quart des paroissiens qui doivent ou qui peuvent assister ensemble à la Grande Messe paroissiale, d'où il conclut qu'une Église qui contiendrait huit à neuf mille personnes suffirait largement au besoin de la paroisse pour cinquante ou soixante ans à venir pour le moins.

 

Il a été calculé qu'une Église qui aurait cent vingt pieds de large en dedans et deux cents pieds de long dans la nef, non compris le choeur, et ayant deux rangées de galeries pourrait asseoir ce nombre de personnes en même temps que la voix du prédicateur pourrait se faire bien entendre de toutes parts.]


Les marguilliers déterminèrent ainsi, sans recourir à un architecte quelles seraient en gros la taille et la forme de la nouvelle église. Ces deux éléments découlaient naturellement des terrains et des fonds dont ils disposaient, de même que de la capacité qu'ils souhaitaient donner à l'édifice. L'emplacement de ce dernier leur fut aussi dicté par le bon sens. La nouvelle église des sulpiciens devait être située le plus près possible du séminaire, même si elle n'était plus au centre de Montréal. Il fallait dégager la place d'Armes pour faciliter la circulation, si bien que l'emplacement le plus proche, après cette place se trouvait à l'angle sud-est des rues Notre-Dame et Saint-Joseph. Le terrain était occupé par un cimetière et par quatre maisons que l'on pouvait acheter pour la somme de dix mille livres sterling. On prélèverait le terrain

supplémentaire voulu sur les jardins du séminaire, sans qu'il en coûte quoi que ce soit. La particularité la plus curieuse du rapport du comité chargé d'étudier le problème était qu'il exigeait: [deux rangées de galeries.] Il y avait alors deux étages de tribunes au fond de bien des églises québécoises, mais on ne trouvait cette disposition.* Les marguilliers ne semblent pas s'être demandé quelle incidence ces galeries pouvaient avoir sur l'acoustique: leurs préoccupations étaient surtout d'ordre financier.
____

 

* Pour éviter toute confusion, rappelons que, selon le Petit Robert, dans une église une galerie est une sorte de tribune

continue sur le pourtour intérieur (Ndt).

 


Ils disposaient d'environ dix mille livres pour payer le terrain. Ils pensaient que l'église coûterait quarante mille livres. Le séminaire prêterait vingt mille livres sans intérêts, et l'on emprunterait le solde à 6 p. 100, ce qui représenterait mille deux cents livres d'intérêts par an. On prévoyait que si les revenus de la paroisse atteignaient trois mille six cents livres par an, cela permettrait de payer les intérêts annuels et de rembourser 10 p. 100 du capital par an, et il suffirait à la paroisse de dix ans pour s'acquitter de sa dette portant intérêts. Pour réunir la somme nécessaire, le comité décida que la paroisse louerait douze cents bancs. Dans l'ancienne église Notre-Dame, les bancs du parterre étaient loués, mais ceux de la tribune latérale étaient gratuits. Dans la nouvelle église, les bancs du bas et ceux de la première galerie latérale

seraient loués, mais il y aurait en outre une deuxième galerie à laquelle on pourrait accéder gratuitement. Ainsi, la caractéristique la plus inhabituelle de Notre-Dame, la seconde galerie, ne découle ni d'un parti architectural ni, à proprement parler, d'une volonté d'augmenter la capacité de l'édifice, mais d'un désir d'exercer une discrimination financière et sociale dans le système d'attribution des bancs.

 

Ce qui est extraordinaire dans toute cette affaire, c'est que des laïcs aient été entièrement chargés de veiller à la construction d'une église catholique. Les prêtres du séminaire servirent de conseillers aussi bien en matière de liturgie qu'en matière artistique, mais quoiqu'ils aient donné du terrain et prêté dix mille livres, ils ne jouèrent aucun rôle important dans l'édification de la nouvelle église Notre-Dame. Les marguilliers de Notre-Dame désignèrent parmi eux les membres d'un comité spécial qui s'occupa complètement de la construction.

 

Les quinze membres de ce comité de construction furent donc les vrais bâtisseurs de Notre-Dame. Leur président en titre était

le sulpicien Candide Michel Le Saulnier, qui fut curé de Notre-Dame de 1793 à 1830. Cet homme âgé de soixante-cinq ans et en

mauvaise santé assistait rarement aux réunions du comité. Toutefois, Monsieur Le Saulnier, qui était né en France et avait un

doctorat en théologie de la Sorbonne, exerça probablement une certaine influence sur le comité en matière architecturale, car

il faisait périodiquement des voyages en Angleterre et dans son pays d'origine.

 

François-Antoine La Rocque, un trafiquant de fourrures à la retraite, assumait les fonctions de secrétaire. Dans sa jeunesse

La Rocque avait exploré le cours supérieur du Missouri et les montagnes Rocheuses pour ouvrir ces territoires aux Canadiens

désireux de se livrer à la traite des fourrures. On trouve plusieurs mentions empreintes de respect à son égard dans les journaux de Lewis et de Clark. La Rocque rédigea lui-même deux journaux de voyage qui furent publiés. Ces deux écrits révèlent que leur auteur était un homme dynamique et d'une vive intelligence. Vers 1818, ayant amassé un modeste capital, il se retira et s'installa à Montréal. Il fut élu [marguillier en charge], c'est-à-dire premier marguillier de Notre-Dame, membre du conseil d'administration de la Compagnie du Nord-Ouest, membre du conseil d'administration de la Bank of Montreal, [commissaire du havre], et vice-président de la Montreal Savings Bank. Il devint l'un des fondateurs de la Montreal Fire Insurance Company, membre du conseil d'administration de la British and Canadian School, enfin, membre bienfaiteur et administrateur à vie du Montreal General Hospital. La Rocque et le multimillionnaire Joseph Masson étaient les deux seuls hommes à siéger aux deux conseils d'administration les plus prestigieux de Montréal: le conseil des marguilliers de

Notre-Dame et le conseil d'administration de la Bank of Montreal. Sa femme était la fille de Gabriel Côté, trafiquant de fourrures prospère, et son fils, le mari de la petite-fille du colonel Louis Guy, qui était encore plus riche. La Rocque offre l'image d'un homme florissant dans sa prime retraite qui s'occupe en faisant un voyage d'affaires et d'agrément en Europe en 1826, et en dirigeant le comité chargé de la construction de Notre-Dame.

 

Ce comité avait deux trésoriers, Pierre de Rocheblave et François Desrivières. Pierre de Rastel, sieur de Rocheblave était associé principal de la Compagnie du Nord-Ouest, membre de l'Assemblée législative et, plus tard, du Conseil législatif de Québec. Sa famille patricienne possédait de vastes étendues de terre dans l'île de Montréal et à la Nouvelle-Orléans. François Desrivières était le neveu et l'héritier de James McGill, le puissant trafiquant de fourrures, et ce fut un homme d'une grande richesse jusqu'à ce que l'Université McGill le prive d'une bonne partie de ses terres.

 

Louis Guy, qui était le colonel en chef de la milice de l'île de Montréal et le plus influent des trente-deux magistrats alors chargés d'administrer la ville, était le plus vieux et le plus riche des membres du comité. Il occupait un siège au conseil des marguilliers depuis 1796. Jean Bouthillier comptait parmi les administrateurs de la Montreal Savings Bank. Jean-Philippe Leprohon était un magistrat en vue de l'administration municipale. Nicolas-Benjamin Doucet avait la réputation d'être le notaire de Montréal qui avait le mieux réussi, et il était l'auteur d'un ouvrage très lu sur le droit canadien. Enfin, Alexis Laframboise était un colonel de la milice et un marchand de tissu prospère de Montréal.

 

Six hommes présentés comme des [notables de la paroisse] furent inclus dans le comité en raison de leur expérience du commerce ou de la construction à Montréal. Jules Quesnel était le seul d'entre eux qui fût marguillier. C'était un avocat connu, futur conseiller municipal, colonel de la milice et l'un des membres du conseil d'administration de la Montreal Savings Bank. Charles-Simon Delorme était un grand propriétaire terrien et l'un des membres du conseil d'administration de la Banque du Peuple. Joseph Courcelles dit Chevalier était un entrepreneur en maçonnerie qui avait construit la vieille prison de Montréal. Sur les quinze membres du comité chargé de la construction, les seuls qui ne pouvaient prétendre faire partie de l'élite montréalaise étaient Chevalier et les trois autres entrepreneurs: Pierre Pomminville, Pascal Comte et Pascal Persillier dit Lachapelle.

 

Le comité pouvait en outre demander des conseils et de l'aide à tout moment à d'autres marguilliers en vue, comme le banquier

Joseph Masson, le riche marchand de grains Félix Souligny, et les propriétaires terriens Toussaint Pothier, John Delisle et Olivier Berthelet. Ce groupe constituait en fait une oligarchie unie par alliance et par des intérêts communs: La Rocque, Quesnel et Laframboise étaient beaux-frères et, par ailleurs, Laframboise et de Rocheblave, La Rocque et Guy, enfin, Guy et Berthelet étaient des alliés.

 

Il convient ici de faire remarquer que ces membres du comité représentaient non pas les professions traditionnelles mais la

classe commerçante canadienne, classe dont on ne reconnaissait l'existence que depuis peu. Ces hommes avaient l'audace de

défier la suprématie commerciale britannique, et ils étaient beaucoup plus attachés par leurs liens commerciaux à Londres,

New York et Boston qu'ils n'étaient liés sentimentalement à Paris. Ils se mêlaient aux Britanniques, rivalisaient avec eux, mais ils n'avaient nullement l'intention de se faire assimiler par eux. Lorsque les Britanniques proposèrent l'Acte d'Union en 1822, il y eut une grande assemblée populaire sur le Champ de Mars qui créa un comité ad hoc pour défendre les droits des Canadiens. Sur les dix-sept membres de ce comité, cinq: Louis Guy [le président], Jules Quesnel, Jean Bouthillier, François-Antoine La Rocque et François Desrivières, faisaient partie du comité de construction de Notre-Dame. Leur dynamisme, leur caractère quelque peu arriviste d'hommes ayant réussi par eux-mêmes, et surtout leur position équivoque de Québécois plongés dans un monde anglophone, devaient avoir de grandes répercussions sur le style de la nouvelle église.

 

Le comité de construction se heurta tout d'abord à une opposition de Québec. La Rocque demanda plusieurs fois à Mgr Plessis

l'autorisation de faire construire une nouvelle église. Mais l'évêque atermoyait considérant que la demande devait émaner de prêtres et non de simples marguilliers laïques. Mgr Plessis finit néanmoins par se montrer remarquablement docile. Il lui était arrivé, dans le passé, notamment au sujet de la nouvelle église de Saint-Pierre-les-Becquets, d'insister pour que l'édifice fût construit sur un emplacement donné malgré la vive opposition du curé et des marguilliers. Dans le cas de Notre-Dame, il avait le droit de choisir l'emplacement et d'approuver ou de rejeter les plans de la nouvelle église, mais il accepta tout sans avoir été consulté ni sur l'emplacement ni sur les plans de l'édifice.

 

Au cours de l'année qui s'écoula entre la décision initiale de construire, en septembre 1822, et la création du comité

permanent chargé de la construction, en septembre 1823, il semble que les conceptions sur la nouvelle église Notre-Dame aient évolué. Le rapport présenté en septembre 1822 par le comité chargé de l'étude préliminaire était plutôt austère. 11 faisait état de coûts, de nombre de places assises, de revenus des bancs, et il esquissait les plans d'un parallélépipède sans grâce doté de galeries sur deux étages, mais il ne contenait aucune considération esthétique, sauf en matière d'acoustique.

Pourtant la situation était semble-t-il meilleure que les marguilliers ne le croyaient. En effet, ils purent acheter les quatre propriétés de la rue Saint-Joseph dont ils avaient besoin pour un peu moins que les dix mille livres prévues, et en août 1823, la première campagne de souscription rapporta en outre une somme de dix mille livres. C'était une assez grosse somme étant donné que beaucoup de Montréalais s'offusquaient de la trop grande discrétion et de l'[esprit de parti] des marguilliers. Montréal connaissait alors une certaine aisance. Certes, sa prospérité, qui avait commencé avec la guerre de 1812, devait seulement durer jusqu'à la crise de 1826 et l'effondrement de la Compagnie du Nord-Ouest, dont le siège se trouvait à Montréal. Mais nul ne pouvait prévoir une telle issue durant les années fastes de 1822-1823. Et la prospérité, plus la menace que constituait le projet d'Acte d'Union de 1822 pour la survie des Canadiens, poussèrent les marguilliers à concevoir l'église comme un édifice d'une exceptionnelle magnificence, comme un monument dédié à leur race. En juin 1823, Monsieur Le Saulnier, le curé de Notre-Dame révéla que l'église pourrait accueillir non pas huit mille mais dix mille personnes. Il exhorta ses paroissiens à construire la plus belle église d'Amérique qui devait, selon lui, rappeler éternellement à leurs descendants le bon goût, la générosité et la piété de ses bâtisseurs.

 

Le désir de faire de Notre-Dame une église monumentale apparut clairement dans la résolution des marguilliers relative au <choix d'un architecte. Il en découle que les architectes locaux étaient à priori disqualifiés, décision ironique puisqu'il s'agissait d'un bâtiment destiné à devenir le monument national des Canadiens. Les marguilliers demandèrent au comité de construction [de faire venir des États-Unis ou d'Europe un architecte, s'il le juge convenable.] Et, la semaine suivante, une lettre fut envoyée à Monsieur Thavenet, un sulpicien de Paris, pour lui demander les noms des meilleurs architectes français qui étaient disponibles. <

 

Que les marguilliers n'aient pas voulu recourir à des architectes locaux pour construire l'église Notre-Dame révèle bien leur

caractère d'hommes arrivés par eux-mêmes, engagés dans une lutte avec la classe commerçante britannique. Peu versés dans

l'architecture, ils voulaient néanmoins que leur église rivalisât avec les meilleurs édifices du culte d'Europe et d'Amérique. L'église de Mgr Lartigue était grande, mais c'était un bâtiment simple, réalisé par un maître maçon local. À l'intérieur, c'était une basilique de deux étages qui rappelait Saint-Denis-sur-Richelieu, l'ancienne église rurale du XVIIIe siècle où l'évêque avait été ordonné prêtre en 1800. L'extérieur de l'église Saint-Jacques était le fruit d'une tentative grossière qui visait à reproduire les tours jumelles et le portique de l'église Saint-Sulpice à Paris. Cette cathédrale était

un bâtiment si ordinaire qu'elle ne suscitait aucune admiration spéciale dans la ville de Montréal. Notre-Dame devait absolument être mieux que cela.

 

Mais si l'on voulait que Notre-Dame fût un édifice remarquable, il fallait choisir soigneusement son architecte. Le comité de

construction avait tout d'abord songé, comme on l'a vu, à faire venir un architecte de Paris, mais, bien avant d'avoir reçu la réponse demandée à Monsieur Thavenet, il avait envoyé Jean Bouthillier, l'un de ses membres à demi retiré des affaires pour recruter le meilleur architecte possible à New York. Dès son arrivée à New York, au début de septembre 1823, Bouthillier demanda conseil à John Proctor et à Lewis Willcocks, hommes avec lesquels il était en relation. Willcocks était une des grandes figures catholiques de New York qui servait de représentant attitré de Notre-Dame dans cette ville. Il avait reçu son instruction au Collège de Montréal, établissement tenu par des sulpiciens, et il était en contact étroit avec ses vieux amis du Canada. Proctor et Willcocks ont tous deux préconisé que James O'Donnell, un de leurs amis, soit l'architecte de Notre-Dame. Proctor semble avoir organisé une rencontre entre Bouthillier et O'Donnell, que Willcocks a probablement recommandé ultérieurement, à son tour.

 

Les réalisations de James O'Donnell étaient toutefois éloquentes. Il avait en effet conçu, outre diverses maisons, au moins quatre bâtiments importants à New York. Son dernier édifice était un temple gothique, inauguré trois mois plus tôt, dont on avait dit beaucoup de bien. O'Donnell n'avait jamais encore fait d'église catholique, mais Bouthillier fut suffisamment impressionné par ses travaux et ses projets en cours pour l'inviter à venir se présenter à Montréal. Comme le prouve cet extrait, Bouthillier rendit compte de sa mission au comité de construction à son retour:

 

[M. Bouthillier a fait rapport que arrivant à New-York il avait fait connaissance avec un architecte que l'on disait être

très habile, et qu'on le lui avait fortement recommandé comme une personne très capable de fournir les plans nécessaires pour

la construction de notre nouvelle Église, et que cet architecte était connu ici par M. Vanderlyn, de qui on pouvait avoir de

nouveau [sic] renseignements à son sujet.

 

Messrs. LaRocque et Quesnel sont chargés en conséquence de voir M. Vanderlyn et de prendre de lui des informations sur la

capacité et les talents de M. O'Donnell, l'architecte en question.]


Par une coïncidence heureuse pour O'Donnell, John Vanderlyn, peintre célèbre qui était un de ses amis intimes à New York,

avait justement décidé de venir exposer à Montréal ce mois-là. Le 19 septembre 1823, Vanderlyn envoya cette confirmation

enthousiaste à La Rocque, le secrétaire du comité:

 


[Vendredi 19 septembre

 

Monsieur,

 

Comme j'ai l'intention de quitter cette ville dimanche matin pour regagner New York, je serais heureux de transmettre à M.

O'Donnell tout message que vous souhaitez lui faire parvenir en ce qui a trait à vos projets de nouvelle église.

 

Comme je suis un ami intime de M. O'Donnell, je vous avoue que je serais content de le voir travailler à leur réalisation. Si

tel était le cas, j'éprouverais un intérêt et un plaisir tout particuliers à lui communiquer mes idées sur la question.

 

Je doute que vous puissiez trouver de ce côté de l'Atlantique homme plus capable que M. O'Donnell d'atteindre votre objectif.
Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de mes respects et de ma haute considération.

 

Signé: JN. VANDERLYN]

 


L'église Notre-Dame actuelle est un bâtiment relativement nouveau sur la place d'Armes. Le séminaire de Saint-Sulpice, situé

à trente-six mètres au sud [planche 26], est deux fois plus ancien. Ce séminaire, bâtiment en pierres des champs, qui comporte un corps de logis de 1687 et des ailes en saillie du XVIIIe et du XIXe siècle, est le siège au Canada des sulpiciens ou Messieurs de Saint-Sulpice. Les sulpiciens constituent une société de prêtres séculiers. Ils ne prononcent pas de voeux envers leur ordre et ne sont pas tenus de rester dans leur communauté. En fait, ils vivent ensemble pour réaliser leur dessein commun qui est de former des jeunes gens, surtout pour la prêtrise. L'ordre des sulpiciens a son siège à Paris; ses principaux établissements d'Amérique du Nord se trouvent à Montréal, Baltimore et Washington.

 

[suite, dans le premier commentaire]

Mots-clés: Olier Montréal Notre-dame O'donnell



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Visionner 1 - 1 de 1 Commentaires

De: Pilote_Qc
03/17/2010 10:00:19

[... suite et fin]


 


 


Les sulpiciens ne cherchent guère à s'occuper d'une église paroissiale, et il est rare qu'ils acceptent de le faire. Leurs rapports avec l'église Notre-Dame ont un caractère exceptionnel car ils se servent de cette église non seulement pour officier mais encore comme d'une chapelle. Un grand presbytère constitue une transition à la fois fonctionnelle et visuelle entre le séminaire et l'église. C'est dans cet endroit neutre que les sulpiciens jouent leur rôle de prêtres de la paroisse lorsqu'ils rencontrent leurs fidèles.


 


Les sulpiciens ne se sont d'ailleurs pas contentés de fonder l'église Notre-Dame puisqu'ils sont à l'origine de la ville de Montréal. En effet, la création de Montréal et la formation de l'ordre de Saint-Sulpice sont deux projets qui ont germé presque en même temps dans l'esprit de Jean-Jacques Olier de Verneuil, théologien français du XVIIe siècle. En 1640, Olier de Verneuil devint le principal promoteur de la Société de Notre-Dame de Montréal pour la conversion des sauvages. Il voulait créer un avant-poste chrétien doté d'une école, d'un hôpital et d'un séminaire, parmi les Indiens du Nouveau Monde. La Nouvelle-France était un endroit tout désigné pour envoyer des missionnaires français. Et, en Nouvelle-France, l'île du Mont-Réal sur le Saint-Laurent, près du


confluent de la rivière des Outaouais, parut un lieu où l'on pourrait vraisemblablement rencontrer des Indiens.


 







*** Planète Généalogie ***