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Journal d’un militaire, (1940-1945) 1ère partie
Ajouté le 10/31/2010 19:31:21 par lisejolin

Magnifique source d’informations familiales, les lettres d’oncle Léo, celles des parents et des amis deviennent plutôt des pensées du « Journal d’un militaire.» J’ai aussi intégré quelques souvenirs évoqués lors d’une rencontre avec tante Thérèse (SSNJM), sœur cadette d’oncle Léo. 

 

Un coup de cœur va à mon grand-père Adonias Bélisle pour avoir conservé cette correspondance militaire échangée durant les années 1940 à 1945.   Auteur de la plupart de ces lettres et exécuteur testamentaire de son père, oncle Léo les a récupérées lors du décès  de grand-père survenu le 7 mars 1964.

 

Je remercie particulièrement mes cousins, les deux fils d’oncle Léo : Marcel pour avoir tout recopier ces lettres et Robert, pour me les avoir fait parvenir. C’est avec leur approbation ainsi que celle de leur sœur Yolande, qu’aujourd’hui,  je peux éditer la première partie de ce journal.

 

 

JOURNAL d’un MILITAIRE, 1940-1945

(Islande, Angleterre, Dieppe, Allemagne)

 

Septembre 1939, la guerre est déclarée. Le Canada se joint à la France et l’Angleterre pour combattre les troupes d’Hitler. Les volontaires de l’armée canadienne sont les premiers à partir dans les Vieux Pays pour servir leur patrie…

 

 Léo Bélisle, 1940

  

J’ai à peine 20 ans et je suis le dernier des garçons d’une famille de dix enfants vivants. Comme j’ai laissé l’école très tôt, je ne trouve pas d’emploi. Et si j’allais servir mon pays?  Les Fusiliers Mont-Royal sont un régiment de réserve dans la force terrestre des Forces Armées canadiennes et ils engagent des volontaires.  C’est aussi ‘le plus ancien bataillon francophone de milice à avoir survécu jusqu’ici.Ma décision est prise, je passe à l’action. 

 

Mon engagement signé, je me dirige donc vers la maison familiale de la rue Des-Carrières (Montréal) en me demandant comment pâpâ et maman vont réagir en me voyant en habit de soldat?  Oh je me doutais bien un peu de la réaction de maman, mais je ne pensais pas qu’une mère pouvait verser autant de larmes pour un fils.  Ma sœur Thérèse est allée chercher pâpâ pour consoler ma pauvre mère.  J’étais sûr  que mon père ne m’aurait pas disputé car il était un fervent catholique et savait bien que c’était un devoir d’aller servir sous les drapeaux.  Je me rappellerai toujours ses paroles : « Tu sais mon fils, c’est toi qui l’a voulu.  Maintenant tu devras assumer jusqu’à la fin. » 

 

Avant de partir pour les vieux pays, nous allons quelques temps dans un camp d’entraînement à Val-Cartier.  Avec mon unité, j’ai pris le train jusqu’à Halifax, en cet après-midi du samedi 29 juin 1940.  Nous avons roulé raisonnablement pendant une journée demie et j’ai pu ainsi apprécier les beaux spectacles de la nature avant d’embarquer sur le bateau le 1er juillet suivant.

 

À cet instant même du 5 juillet, nous sommes sur l’océan et la soirée est magnifique.  Jusqu’ici la température a été favorable, mais le paysage diffère de ce que l’on connaît : ‘le spectacle n’est que ciel et eau’. Je ne sais pas à quelle place je vais mais une chose certaine, c’est que j’écrirai à mes parents pour leur donner de mes nouvelles. Je n’ai pas eu le mal de mer, comme ils s’y attendaient, et j’en suis heureux car je n’aurais jamais pensé pouvoir faire d’aussi beaux voyages. 

  

 

Islande, 1940 …

 

C’est par un après-midi pluvieux  du 26 juillet 1940 que nous arrivons en Islande.  Je ne peux pas croire que ma santé a pu supporter toutes les mauvaises températures que nous avons essuyées jusqu’à maintenant.  Depuis Val-Cartier que je n’ai pas eu de nouvelles de mes parents.  Déjà, je m’ennuie d’eux ainsi que de mes frères et mes sœurs. Pour nous les soldats, nous attendons notre courrier avec impatience.  C’est un peu comme un enfant qui reçoit des bonbons à chaque fois qu’on reçoit une lettre. Il faudra cependant que je leur dise de ne pas inscrire le nom “Islande” sur l’enveloppe, car la lettre ne me sera pas remise.

 

J’ai envoyé une carte postale à pâpâ et maman pour leur montrer un peu dans quel pays nous sommes. Comme j’aimerais aussi que mes sœurs et frères m’écrivent!  Les sorties avec mon grand frère Lucien me manquent. Oh maman, comme je m’ennuie de vous et comme j’aimerais être auprès de vous, pour vous démontrer que je saurais vous faire plaisir et vous rendre heureuse. Je dois cesser d’écrire car je ne veux pas être en retard sur la parade.

 

C’est le dernier jour de juillet et pour la première fois en Islande, j’ai reçu des nouvelles d’une amie qui s’appelle Fernande. Elle me demande de saluer mes parents ce que je ferai dès aujourd’hui dans une lettre que je leur adresserai. De ce temps-ci je ne suis pas très bien. J’espère qu’il en est autrement pour pâpâ et maman.  Ce sont des pensées que je me répète sans cesse de minute en minute, de jour en jour.

 

J’ai écrit et donné mon adresse à tout mon monde; Léopold, Gracia, mon oncle Ubald, ainsi que mes amis garçons et filles, c’est le seul désennuie que je puisse avoir. Il faudra bien que je demande à maman qu’elle dise à Rosaire qu’il m’écrive lui aussi.

 

Hier le 22 août, une lettre de mon père est arrivée pour moi.  Je la décachète promptement pour connaître toutes les bonnes nouvelles qu’il me fait parvenir. Je suis très heureux d’apprendre que tout le monde travaille ce qui signifie qu’ils sont tous bien. Je remercie Dieu d’avoir exaucé ma prière, pour avoir donné un emploi à Rosaire, le mari de ma sœur Marie-Jeanne.  Je m’en réjouis pour lui.

 

Aujourd’hui, par ce beau samedi après-midi,  je prendrai la plume pour répondre à mes chers parents. Ça leur fera sûrement plaisir de savoir que je me porte très bien. Jusqu’à maintenant mes supérieurs n’ont pas eu un reproche à me faire. Sur la question du devoir religieux, je n’ai jamais été aussi fervent que par le passé et c’est grâce aux bons exemples de pâpâ et maman. 

 

J’ai reçu de la correspondance de Sœur Pierre-Amédée (ma sœur Gracia).  Elle  m’envoie quelques médailles et sa Sœur Supérieure me rappelle à mon devoir et me donne de bonnes pensées. J’ai montrée cette très belle lettre à mon Major qui, lui, l’a montrée à plusieurs autres officiers. Je la garde et la conserverai toujours ainsi que celles de pâpâ.   J’ai gardé seulement deux médailles pour moi et j’ai distribué les autres à mes confrères, comme les sœurs me le demandaient. Ces jeunes hommes de mon âge se sont réjouis autant que moi en recevant cette petite médaille. Je m’efforcerai pour lui écrire une lettre, en réponse à la sienne, en m’appliquant le plus que je pourrai. J’espère qu’elle excusera mes fautes et l’écriture car j’ai tellement hâte de lui parler.

 

Bien qu’étant très éloigné de ma famille, je ne cesse jamais de penser à elle. Tous les jours je m’unis à leurs intentions en offrant mes ennuis ou autres difficultés morales à la conservation de toute la concorde qu’un foyer bien né peut apporter. Il m’est un devoir bien doux de leur écrire comme un enfant fidèle à ses parents.  Une lettre de mon frère Léopold m’apprend que ma petite sœur Thérèse fait sa première année d’école Normale pour un séjour de trois ans. si Dieu le permet, puisse-t-elle transmettre son surplus de savoir à d’autres comme mon autre sœur Révérende Sœur Marie-Pierre Amédée.

 

Ma santé est toujours excellente et je demeure toujours à la même place.  Actuellement c’est toujours la même routine. Une pensée dans les prières de mes chers parents m’aide à me guider vers un idéal surnaturel. Leurs conseils me sont toujours précieux et m’encouragent. Dans sa dernière lettre du 23 novembre, pâpâ me dit avoir envoyé deux autres lettres les 31 août et 6 octobre. Hélas, je ne les ai pas reçues.  Les Fêtes approchent.  J’ai le cœur gros car je sais que la famille sera toute réunie à l’occasion Noël et surtout que je ne serai pas là pour embrasser ma  chère Maman pour sa fête.  J’unie mes prières aux leurs afin de revenir le plus vite possible auprès d’eux. Toute la famille se joint à pâpâ pour me souhaiter bonne et heureuse année,  courage, bonheur et succès.  Mais ce qui me fait le plus plaisir, c’est ‘la meilleure bénédiction paternelle’ que je viens de recevoir.  Je suis touché et je l’en remercie en faisant mon signe de croix.

 

Mon unité étant cantonné en Islande, je me suis un peu renseigné sur ce pays.  J’ai appris que cette île du nord de l’océan Atlantique, entre le Groenland et l’Écosse en Grande-Bretagne, a été découverte par les Irlandais au VIIIe siècle, mais elle fut exploitée et colonisée par les Vikings norvégiens en 874. La superficie de ce petit pays  fait trois fois celle de la Belgique mais seulement le cinquième de la France ou le quart de la province de Terre-Neuve au Canada. Les islandais appelé islenska parlent presque tous une «  langue germanique du Nord » telle le danois, le suédois ou le norvégien.

 

Ici en Islande, la coutume veut qu’on donne au premier né, garçon ou fille, le prénom du grand-père maternel ou de la grand-mère maternelle.  Pour le second enfant, ce sera le prénom du grand-père  paternel ou de la grand-mère paternelle. Les prénoms des autres enfants seront d’après les oncles et les tantes que les parents veulent honorer.  ***** (2010) – Depuis peu seulement, ‘la loi islandaise autorise autant les patronymes du père ou  de la mère  mais ce sont surtout  les mères célibataires qui donnent leur prénom à leur enfant. Normalement, les individus sont identifiés par le prénom, suivi de leur nom patronymique, c’est-à-dire de la mention du prénom de leur père avec le suffixe -son pour les garçons ou celui de leur mère (matronyme) avec le suffixe -dóttir pour les filles.’ (sic)

 

La terre d’Islande n’est pas cultivable.  Ce n’est que de la lave qui a été projetée par les volcans.  Les gens se nourrissent que de poissons. Au mois de juillet, de huit jusqu’à douze heures du matin, il fait un vent très froid et cela se poursuit pendant six mois et, s’il vous plaît, avec vingt-deux heures de noirceur. L’emblème de ce pays est l’ours blanc du Groenland qui, faute de proie pour satisfaire sa faim, saute sur un bloc de glace à la dérive.

 

Je ne savais pas mais le grand écrivain Halldór Kiljan Laxness, né Halldór Guðjónsson (1902-1998) était Islandais.  Dans sa vie, Laxness a écrit un recueil de nouvelles et de poèmes, des romans et des pièces de théâtre qui furent traduit dans une trentaine de langues. ***** Ce grand écraivain  qui remporta le prix Nobel de la littérature en 1955.

 

Aujourd’hui, j’écris peut-être dans mon journal mais le « silence  est de rigueur ».  Oui j’ai dû garder silence bien longtemps avant d’écrire à ma famille le 14 décembre de cette année. Étant tous les deux des êtres généreux, mes parents comprendront sûrement…

 

 

Lise Jolin

 

http://www.tlfq.ulaval.ca/Axl/europe/islande.htm (Islande)

Mots-clés: Militaire Islande Léo Bélisle 1940-1945



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Visionner 1 - 3 de 3 Commentaires

De: lisejolin
11/06/2010 05:40:39

Bonjour Diane,


 


Je pense qu'on devrait garder toutes les lettres, télégrammes ou cartes postales que nous recevons.  Probablement que vous avez une perception différente de ce qui se passe en mer grâce aux lettres de vos parents.


 


Au début des années 1950, nous n'avions pas encore le téléphone.  Sans auto, même Valleyfield et Joliette et semblaient le bout du monde.  Le meilleur contact qu'on pouvait avoir avec la famille était par le courrier.  J'ai gardé aussi des lettres changées entre mes tantes avec ma mère mais ce que j'apprécie le plus c'est que nous pouvons se référer à ces écrits.  


 


Aujourd'hui, j'avoue que le téléphone et Internet sont de très belles inventions car nous pouvons communiquez avec nos proches directement et en un temps record, qu'ils soient en Europe, en Gaspésie, dans quelqu'autres provinces de notre beau pays.  Mais même Internet, si on n'imprime pas, que restera-t-il de notre histoire?


 


Bonne fin de semaine


Lise



De: lisejolin
11/01/2010 11:58:19

Merci Katoux pour votre commentaire.  Ça fait déjà près de deux mois que je travaillais sur ce journal.  Après une première lecture des 68 pages de ces lettres, j’avais l’espoir de les publier mais je ne savais pas trop comment.  L’idée du journal n’était peut-être pas le plus simple à faire mais au moins je pouvais y intégrer de la recherche ainsi que des notes de famille.  La plus grosse part va à mes cousins qui en plus de me fournir ces outils de travail, m’en ont aussi donné l’autorisation de le publier.



 


Il faut penser qu’à cette époque, la religion prenait une grande part dans la vie de chacun.  C’est pourquoi on y retrouve beaucoup de Prières,  d’Espoir et de Remerciements envers le Très Haut.


 


Lise



De: Katoux
11/01/2010 09:55:43
Très intéressant à lire ce journal.  J'ai déjà hâte de savoir la suite.






*** Planète Généalogie ***