RÉSEAU PLANÈTE QUÉBEC : Planète Québec - Ma Planète - Planète Généalogie - Planète Cuisine
Bienvenue, identifiez-vous ou inscrivez-vous !
SIGNETS
29 369 122 données


Coffret 6 volumes des Trésors


Prix: 79.99



BLOGUES  
 
RSS
Journal d’un militaire, 1940-1945 (2)
Ajouté le 11/14/2010 05:52:45 par lisejolin

Nous n’étions pas les seuls Canadiens en Islande.  Une des rares unités canadiennes affectées à des tâches de garnison était Les Cameron Highlanders of Ottawa (MIT). De juillet 1940 à avril 1941, les Cameron ont protégé plusieurs secteurs de l’île.  Pour se protéger eux-mêmes des froidures de l’hiver, les soldats canadiens portaient des vêtements lourds et des bonnets de fourrure fabriqués à Montréal.  J’ai appris que lorsque le bataillon a quitté l’Islande pour l’Angleterre, au printemps 1941, le cornemuseur-major Sam Scott a composé une œuvre, le Cameron’s Farewell to Iceland, pour souligner l’occasion.

 

L’Angleterre, avec l'Écosse, l’Irlande du Nord et le Pays de Galles, fait partie du Royaume-Uni.  Sa superficie équivaut aux environs des deux-tiers de l’île la Grande-Bretagne qui elle-même représente la majorité du Royaume-Uni.  L’Angleterre ‘doit son nom des Angles, une des tribus germaniques  qui s’étaient installées sur son territoire aux Ve et VIe siècle.(sic)

 

La capitale de l’Angleterre est Londres et la langue officielle est l’anglais.  La livre sterling anglaise émise par la Banque d’Angleterre est la seule monnaie qui a cours légal dans ce pays et au pays de Galles.  L'Angleterre est au nombre des pays ayant eu une forte influence culturelle dans le monde.’ (sic)

 

 

Angleterre, 1941

 

À notre tour, après un séjour de quatre mois en Islande, nous sommes maintenant en Angleterre.  Nous avons voyagé pendant plusieurs jours et j’ai suivi des cours qui ne m’ont pas laissé un moment de répit. Les circonstances ne me permettent pas de m’expliquer ici par rapport à l’état de l’Europe actuelle.  Notre devoir nous demande d’être occuper vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Soldat du Christ pour le défendre, je laisse à la Divine Providence le soin de me ramener un jour vers les êtres chers.

 

L’Angleterre est un pays pluvieux, j’ai remarqué même qu’il a plu seize jours de suite.  On est le 15 février et je profite d’un petit moment de liberté pour écrire dans mon journal. Ma santé est toujours bonne, et j’espère qu’il en est  ainsi pour tous ceux que j’aime. Bientôt, après mon cours de sous-officier, je suivrai un cours d’anglais et un autre de chauffeur. Malheureusement, je ne pourrai tenir ma promesse à mes parents d’envoyer une carte postale en même temps que la lettre mais ce n’est que partie remise. 

 

J’ai enfin reçu les deux lettres dont pâpâ parlait. Ma sœur Gracia m’a écrit.  Elle me dit qu’elle m’envoie un chapelet.  Comme j’ai hâte de le recevoir. Léopold ainsi que son amie, Mlle Hélène Caya, m’ont envoyé des cigarettes ainsi qu’un beau chandail, j’en suis très fier.

 

Ici mon temps est toujours bien employé.  L’après midi, de quatre à cinq, je pratique le football et la boxe, ainsi que le mercredi, le samedi et le dimanche après-midi.  Oh il a quelque chose que je voudrais photographier pour envoyer à mes proches.  Il s’agit de certains arbres, toujours vert l’hiver et l’été.  Un peu comme les cèdres, ils peuvent être taillés sous différentes formes, comme par exemple en forme de haie, d’animal, d’oiseaux et d’arche.  C’est très joli à voir.

 

J’aimerais ça écrire plus souvent à mon frère Lucien, à mon beau-frère Rosaire, à mon oncle Ubald ainsi qu’aux autres.  Hélas, je ne peux pas le faire mais j’espère que ça ne les empêchera pas de m’envoyer de leurs nouvelles.  Ce sont leurs correspondances qui me donnent le courage, la force de pouvoir accomplir mon devoir, comme je le fais.   Que Dieu les garde tous jusqu’à mon retour, dont j’espère sera pour bientôt. 

 

Je me  demande si mon grand frère Lucien est aussi chic qu’autrefois?  Je me rappelle lorsqu’on sortait ensemble et qu’on rencontrait des jeunes filles; en le voyant elles chuchotaient « Regardes comme il parait bien cet homme là! » en voulant parler de lui. Et comme elles avaient raison de dire cela. J’aimerais nous voir encore ensemble, pour aller aux vues ou pour aller au baseball. C’était beau dans ce temps là. Et M. Clouette, et les amis, j’espère qu’il les saluera tous de ma part. Lucien a donné un dollar à Léopold pour m’envoyer des cigarettes, je l’apprécie énormément. Je viens juste de les recevoir et il paraît que bientôt Mlle Caya, m’en enverra d’autres. Ça va être une vraie mine d’or. 

 

Depuis le début de décembre de l’an passé, j’envoie de l’argent à maman et ce sera comme ça  à tous les mois.  Il faudra cependant que je lui demande dans ma prochaine lettre si elle le reçoit régulièrement.  Si par hasard, il y avait un mois qu’elle ne recevrait rien, il faudrait qu’elle m’en avertisse au plutôt.  C’est avec plaisir que je reçois à nouveau une autre lettre de Montréal datée du 20 février. Sœur Pierre-Amédée a fait savoir à pâpâ que Sœur Marie-Alphée, Supérieure et Mère M. Eulalie de Barcelone ont pensé à moi.  Pour moi, toutes deux ont payé deux dollars un abonnement annuel à la revue «Le Soldat Canadien».  Je pourrai enfin lire quelque chose d’intéressant qui vient de chez-nous.  J’adresserai donc à ses deux bonnes Sœurs chacune une lettre de remerciements.

 

J’ai eu quelques jours de vacances mais elles sont déjà terminées.   Je suis donc revenu à Gove depuis le 21 mars.  Une petite grippe m’a exempté de mon devoir pendant trois jours mais maintenant je m’en suis bien remis. Cette semaine, j’ai terminé mon cours de ’N.C.O.’ (cours de sous-officier ?), mais le cours d’anglais se poursuit toujours. Le temps du football est terminé et la saison balle-molle commence. 

 

Dernièrement, j’ai fait la connaissance de Mr François Coursol arrivé en Angleterre depuis bientôt deux semaines. Il est dans l’armée et fait partie des ingénieurs. La chose la plus extraordinaire, c’est qu’il demeure seulement à un mille et demi de chez-nous. Il ressemble beaucoup à mon oncle Antonio.

 

Pendant que j’ai un peu de temps devant moi, je vais m’empresser de répondre à la lettre de pâpâ pour lui donner les dernières nouvelles.  J’ai surtout été très surpris de recevoir du courrier d’oncle Alexis, mon parrain. Je suis désolé d’apprendre que de ce temps-ci il a mal aux reins mais son métier de cultivateur ne l’aide probablement pas.  Il me dit aussi que  Rémi, son fils aîné, va faire sa première communion! Je n’ai pas encore reçu le chapelet que Gracia m’a envoyé ni le premier exemplaire de la revue « Le soldat canadien ».  J’espère que le tout n’a pas été coulé en même temps que quelque bateau qui nous apporte soutien et réconfort.

 

Gove, 21 avril 1941, je conserve toujours une bonne santé et j’en remercie le Seigneur. Pour le moment je suis au camp mais dernièrement nous avons fait un travail que nous n’avions jamais fait auparavant.  Ce travail nous a tenu occupé jours et nuits pendant quatre jours et nous demandait beaucoup d’endurance et de sacrifices. 

 

Oncle Ubald et Thérèse, ma sœur, m’écrivent de temps à autres. Je devrais à mon tour écrire une lettre à Lucien ainsi qu’à  Marie-Rose le bébé de la maison.  Déjà rendue à 15 ans, elle doit être bien grande maintenant!  Thérèse étant très intelligente, ne devrait pas avoir trop de misère dans ses études à l’école Normale. Elle y sera en pays de connaissance car notre frère Léopold y travaille comme secrétaire depuis bientôt cinq ans. Je n’oublie pas non plus mes autres sœurs Germaine, Aurore et Simone dans mes prières quotidiennes.  Je devrai leur demander à chacune une photo séparément les unes des autres.  C’est le ‘temps des sucres’, c’est le ‘temps de Pâques’.  Peut-être que la famille a été mangée de la bonne tire à Sainte-Anne-des-Plaines.  Comme j’aimerais être auprès d’eux pour partager ces moments de plaisirs!

 

Je ne corresponds plus avec Fernande, mais j’écris maintenant à une autre jeune fille de Westmount dont j’ai eu le bonheur de fréquenter quelquefois. Elle a vingt-six ans et ses parents demeurent dans le comté de Frontenac. Dois-je continuer d’écrire à cette jeune fille? Elle me disait dans une de ses lettres qu’elle irait voir mes parents.  Comme elle n’a pas pu aux fêtes, elle le fera sans doute prochainement et je leur demanderai ensuite ce qu’ils en pensent…

 

C’est aujourd’hui la deuxième journée de printemps, et il fait très chaud.  J’ai reçu dernièrement une lettre de Savard, un ami commun avec Lucien.  Il m’apprend que mon grand frère s’inquiète pour moi. Pauvre  Lucien, qu’il soit sans crainte, je ne cours aucun danger présentement.  Si comme je le crois, Lucien travaille encore chez M. Samuel, espérons qu’il n’oubliera pas de les saluer et de leur donner de mes nouvelles, sans oublier les copains, Clouette, St-Maurice et toute la gang de la salle de pool.  Comme mon devoir m’appelle, je reprendrai mes pensées sous peu.

 

Hier, mardi le 6 mai à 4 heures, je suis allé à la confesse à mon  aumônier et ce matin j’ai communié à la messe de six heures et demie. Ici en Angleterre, nous avons environ 5 heures en avant du Canada.  Ce soir on part pour un “scheeme” (une opération) de trois jours, donc pas de «dormage» pour cette nuit. J’ai pris ma caméra pour la “route marche”. J’aurai donc des souvenirs à rapporter à mes proches. 

 

Je n’ai pas reçu ni chapelet, ni la revue des religieuses. Je commence à penser qu’ils sont calés au fond de la mer. Par contre j’ai reçu de Mde Télesphore Leclerc deux paires de chaussettes de laines d’habitants, des chaussons tricotés par elle-même, deux paquets de cigarettes ainsi que deux boîtes de gommes. Je lui en suis très reconnaissant. J’ai écrit à ma sœur Marie-Jeanne à la fin du mois d’avril.  J’espère seulement qu’elle aura la lettre avant sa fête. Aujourd’hui même, le 7 mai, elle doit avoir vingt-cinq ans si je ne me trompe pas. Non, c’est plutôt 26 car elle est née en 1915.  M. Coursol est parti à quelque part autour de Londres, je n’ai pas eu de ses nouvelles depuis.

 

En ce 24 mai, je suis toujours bien occupé mais recevoir des nouvelles des miens me procurent tant de joie. Je suis encore à Gove, en Angleterre et toujours en parfaite santé. Le beau temps chaud est revenu, on se croirait en plein cœur d’été. J’ai fait mon carême et ma retraite.  Parmi mes hommes, il y en a un, catholique romain comme moi, qui ne voulait  pas faire sa retraite. Je l’ai prit à l’écart et  j’ai essayé de lui faire comprendre par tous les moyens possibles de la faire mais je n’y suis  parvenu que par l’intermédiaire de mes officiers et de l’aumônier. Depuis ce temps j’essais de me tenir en sa compagnie pour lui rappeler toujours son devoir. J’ai demandé d’être réduit au rang de soldat, ce qui m’a été accordé, mais je ne sais pas si je resterai ainsi continuellement. Le grade de « Caporal’ est le troisième grade des membres du rang.  En plus d’être exigeant, on dit même que c’est le grade le plus dur de l’armée.  On est continuellement avec nos hommes et dormons même avec eux.  Nous avons une autorité limitée, et les simples soldats sont tenus de nous obéir.  Sans vouloir me vanter, les caporaux représentent habituellement les soldats accomplis et c’est avec fierté que j’assume mon devoir.

 C’est aujourd’hui dimanche de la fête des mères. Je ne cesse de penser à ma très chère maman. Comme j’aimerais être auprès d’elle pour lui donner de tendres baisers! Je demande à Dieu de la conserver en santé jusqu’à mon retour qui ne sera maintenant pas trop prolongé.

 

 

Lise Jolin

 

Photos de l’album familial des Bélisle-Lauzon

http://agora.museevirtuel.ca/edu/ViewLoitLo.do?method=preview&lang=FR&id=6464 (Les Cameron Highlanders of Ottawa)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Angleterre

Mots-clés: Angleterre Caporal Bélisle Guerre-Mondiale



signets:



Visionner 1 - 1 de 1 Commentaires

De: Katoux
11/16/2010 09:35:40
Merci encore une fois de partager le courrier de ce soldat.  Ça nous donne un bon apperçu comment ça se passait.






*** Planète Généalogie ***