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Journal d’un Militaire. 1940-1945 – (7 – Stalag VIII)
Ajouté le 01/30/2011 20:41:16 par lisejolin

L’hiver  n’est pas très rigoureux en ce cinquième jour de janvier 1943,  il y a un peu de neige.  Malgré qu’en général tous va assez bien à Stalag VIIIB, Dieu fasse que je sois chez moi sous peu.

 

Stalag VIII-B, 1943

 

Le 27 janvier un avis nous a été donnée : Des colis contenant des communications écrites, des objets défendus ou non empaqueté de façon réglementaire ne seront plus délivrer à leurs destinataires… Parmi les objets défendus ont retrouve de l’argent, des couteaux, ciseaux, compas, cameras, briquet ou allumettes, torches électriques et chandelles et combien d’autres choses. Je compte toujours recevoir les colis que j’ai demandés à pâpâ.  Germaine, l’aînée de la famille, aura 33 ans le 3 février prochain. J’espère vraiment qu’elle passera une très belle journée de fête.  

 

 

 

J’ai ressenti une grande joie impossible à décrire aujourd’hui (13 février).  J’ai reçu un des colis tant attendu et deux missives de pâpâ. J’aimerais bien qu’il m’envoie régulièrement à tous les mois, 500 à 1 000 cigarettes.  J’attends aussi impatiemment le prochain colis qui m’apportera du chewing-gum et du chocolat. Puis j’ai reçu un autre joli colis venant des parents.  Ces envois étant en retard de 6 mois, ils auront droit à l’envoie d’un autre colis, tout en nourriture avec des chocolat en grande quantité.

 

Stalag VIIIB, le 27 février - Ma santé est excellente.  Depuis environ un mois je vais à la messe à tous les matins et communie aussi. Ma pensée se rapporte à mes chers parents  dans toutes mes prières. La Divine Providence fera en sorte que je puisse les remercier par mon dévouement. Dieu me comble toujours de ses grandes faveurs.  Ces jours derniers, j’ai reçu de bonnes nouvelles des miens.  Ils m’ont aussi fait parvenir du linge et des cigarettes. Que Dieu les protège tous en les gardant en santé.

 

Adonias Bélisle et son épouse sur le perron de leur maison de la rue Des-Carrières 1925-1943

 

Un autre anniversaire de passer, je viens d’avoir 24 ans le 11 mars.  J’ai enfin reçu les cigarettes.  Dans un prochain colis, je dirai à maman de mettre chemises, étui de toilette, miroir, sous-vêtements d’été, le reste en livres (vie des Saints), ainsi que des sucreries. Quelle surprise!  Dans une lettre du 7 avril, j’ai appris que pâpâ et maman déménageaient et quittaient leur résidence de la rue Des-Carrières.  La maison avait été achetée en 1925.  Je me rappelle que Marie-Jeanne a toujours dit qu’elle avait dix ans à son arrivée là-bas. Je devais avoir à peu près 6 ans à l’époque.  Ce sera tout un changement pour moi lors de mon retour à Montréal d’aller vivre à Montréal-Nord. Bien sûr, pâpâ n’a pas vendu son ancienne maison mais il aura des locataires qui lui assureront d’autres revenus.  Maman mentionne des poulettes blanches dans son dernier courrier, si elle savait que cela fait très longtemps que je n’ai pas mangé des oeufs.  Oncle Ubald et tante Irène ne m’écrivent pas souvent.  Comme j’aimerais qu’ils le fassent!

 

Dernièrement, j’ai reçu une lettre de Mme Simard, mère de mon ami Armand.  Elle me dit toujours des bons mots d’encouragements. Je ne sais si c’est à cause de la situation dans laquelle je suis mais je suis devenu sans mentir pieux  comme jamais auparavant. Je demande à Dieu les grâces nécessaires pour  supporter tous ce qui se présente.

 

Jusqu’ici, le 20 avril, je ne peux demander mieux pour ma santé surtout dans ces conditions spéciales. J’espère qu’il en est ainsi de tous ceux que j’aime et qui sont loin de moi sans oublier mon Rosaire, qui est toujours malchanceux. J’apprends que je suis “mon oncle” d’un autre petit neveu. Celui-ci s’appelle Yvan et c’est le fils aîné de Léopold.  Un enfant le protégera pour tout de suite des appels du gouvernement pour participer la cette guerre.

 

Si je pouvais écrire à mes parents plus souvent, combien de choses je  leur dirais. Mais il faut que je me contente d’une courte carte en ce temps de Pâques (25 avril).  Les livres me manquent…  Je reviens encore sur la même pensée mais je voudrais bien connaître le montant de l’argent que j’ai envoyé à mes parents et quel en a été l’usage.

 

 

La fête des Mères vient de passer et je m’ennui énormément de ma douce maman.  C’est toujours dans la prière que je recouvre tout le courage nécessaire.  Ma santé est excellente et je vis toujours dans l’attente des bonnes nouvelles venant de la maison.  Hier le 15 mai, j’ai reçu une lettre d’une ancienne correspondante, Mlle R. Ratté, qui ma fait très plaisir.  

 

Stalag VIIIB, le 13 juin – C’est bientôt la fête des Pères et j’écris une courte carte à  mes chers parents espérant leur apporter un peu de bonheur.  Je trouve le temps long en étant en captivité malgré que la santé est toujours bonne.  Je passe mon temps à lire et à faire un peu de sport.  Parfois le soir, je m’imagine être chez nous en ce Canada tant chéri, et être comblé de tous mes désirs qui sont nombreux. Je vois les personnes que j’aime tant qui me manquent depuis trois longues années. Des naissances, des mariages, des déménagements, combien de choses ce sont passés durant ce temps qui m’a paru des siècles et qui se terminera je n’en sais trop rien? Je me prépare donc à commencer à mon retour une nouvelle vie toute différente autant que Dieu me le permettra.  Que Dieu les protège tous tout autant que moi.  J’ai besoin des prières de tout le monde. JE vous en prie ne m’oubliez pas!

 

 

 Nouvelle demeure de la rue L’Archevêque à Montréal-Nord

 

Depuis le début de juillet, j’ai reçu  deux autres paquets de la maison.  Il en manque donc seulement un de ceux que j’avais demandés.  Je dois de sincères remerciements à mon père pour tout le trouble qui se donne.  Une chance que pâpâ m’écrit régulièrement.  Sa dernière missive  du 20 juillet m’apporte encore beaucoup d’encouragement.  Je n’ai pas encore reçu les cigarettes mais ce sera pour bientôt parce que pâpâ me dit qu’il m’enverrait le quatrième paquet sous peu.  Je sais maintenant pourquoi il a tant retardé à l’écrire.  Déménager à Montréal-Nord lui a occasionné beaucoup d’ouvrage.  Tout en étant une bonne maison,  il a fallu dépenser 75.00$ seulement en peinture et certainement qu’il aura dû y avoir des petites réparations à effectuer.  Une chance que pâpâ sait à peu près tout faire.   

 

Je viens d’avoir des nouvelles de tous mes frères et sœurs.  Thérèse est en vacances.  Elle a pris sa décision, l’année prochaine elle entre au couvent pour devenir religieuse au Bon Pasteur. Marie-Rose avait commencé à travailler mais elle a été obligée d’arrêter pour prendre un peu de repos pour cause de faiblesse. Lucien travaille encore, mais sa santé est toujours à peu près pareil tantôt bien, tantôt mal.  Mon beau-frère Rosaire et Marie-Jeanne, Léopold et sa femme Hélène ont très hâte d’être rendu au dimanche pour aller prendre l’air de Montréal-Nord chez mes parents. Maman doit être contente d’être entouré de ses enfants. Germaine et Simonne sont aussi très fières de leur nouvelle place. J’ai hâte d’être en liberté. Je sens que moi aussi je serai heureux de partager le bon air de la campagne comme dit si bien pâpâ.

 

 

Ici à Stalag, tout va pour le mieux.  La température est belle et comme par le passé, j’essaie de me désennuyer du mieux que je peux.  Je joue à la balle-molle et je lis. J’ai communié à la messe ce matin et ma chère maman est toujours dans mes pensées.  Certains jours, je vois bien loin en avant de moi, et je me demande ce que l’avenir me réserve, je mets mon entière confiance en la Divine Providence.  Elle me guidera dans le droit sentier. Que Dieu fasse selon sa volonté. J’en ai confiance jusque dans la mort.

 

Au début d'août, d'Autres prisonniers sont arrivés avec nous, ils sont tous Anglais. Bien des événements se sont produits depuis les derniers jours. Le 19 août, il y avait une messe pour tous les morts de Dieppe. Quel douloureux souvenir. La nouvelle année d’emprisonnement commence par une chaleur très ardente et un vent qui tout en la soulevant dans les airs nous couvre de poussière. Nous manquons d’eau depuis un mois, quelle torture! Malgré tout cela la santé reste la même.  Plus que jamais j’ai l’espérance à une délivrance. Et cela peut être plutôt que je le pense. Que ce jour sera beau pour moi lorsque ça arrivera!

 

Stalag VIIIB, 5 septembre - La température est favorable pour le présent. J’ai fini de jouer à la balle-molle.  Nous nous sommes classés en deuxième position. J’ai hérité d’un mal de bras, dont j’ai beaucoup de difficultés à m’en servir, à cause d’avoir lancer la balle trop rapidement. Pour le moment je dessine pour les autres des chaînes dans “Wartime log” montrant la manière qu’on vivait en prison.  

 

Déjà la mi-octobre… Qu’il est bon de se confier à quelqu’un quant on en a le besoin. Le temps n’est pas encore venu, mais il est bien proche pour décider du sort qui m’attend. Ma vocation quelle est elle?  Il est plus temps que jamais d’y penser. Il me semble que j’aimerais la vie du Franciscain, mais est-ce bien là ma vocation?  Parfois je rêve de fonder un foyer et élever des enfants que j’aimerai plus que moi-même. Voilà deux points sur lesquelles j’aimerais à être éclaircis c’est pour cela que je me suis adressé aussi au Révérend Père René Beaudet.

 

Quel bien immense pour moi à chaque fois que je reçois une lettre de la maison!  Le travail me manque ici en ce 6 novembre.  Si au moins je pouvais partager l’ouvrage de pâpâ, ce serait un désennuie pour moi.  Je trouve le courage, la patience de tout supporter dans la prière.  Ma santé est bonne et j’essaie de faire plaisir à tous mes  confrères, mais si je pouvais faire encore plus… Je dessine encore et je lis ce qui est un bon passe temps. J’ai reçu le quatrième colis mais j’attends toujours les cigarettes.  Je prie spécialement pour que ma sœur Thérèse suive le chemin de sa vocation.

 

 

 

Voilà que nous nous préparons pour les fêtes, ce qui me fait une nouvelle occupation. Ce qui me fait penser que mon cher Lucien a fêté son trente-troisième anniversaire il y a deux jours, soit le 17 décembre.  Certains diraient que ça ne se peut pas, mais sans être jumeaux, Germaine et Lucien ont le même âge pour à peine deux mois.  Tiens j’aurais une suggestion pour mes parents afin qu’ils ne souffrent pas trop du manque de ma présence parmi eux.  Pour me remplacer  il devrait prendre quelque pauvre de la paroisse pour le combler des délicatesses que j’aurais reçues. Dieu après nous avoir infligé cette emprisonnement, m’a fait découvrir dans sa bonté Divine, un cœur à rendre service, à aimer en un mot il m’a rendu meilleur, car il y a un temps je ne vivais que pour les plaisirs.

 

 

 

C’est Noël aujourd’hui et c’est aussi l’anniversaire de ma Chère Maman. Comme je ne peux pas lui offrir mes vœux de propre voix,  je viens de lui offrir par écrit. A la messe de ce matin j’ai communié, et offert cette communion pour que Dieu la garde encore longtemps en santé près de ses enfants.

 

Lise Jolin

 

Album photos Bélisle-Lauzon-Jolin

 

Mots-clés: Stalag Bélisle Déménagement Couvent



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