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Journal d’un Militaire, 1940-1945 – (8 – Prisonnier)
Ajouté le 02/16/2011 19:14:15 par lisejolin

Une autre année est terminée.  À pareille date l’an dernier, pâpâ me disait qu’il espérait mon retour pour le début de l’année nouvelle, mais Dieu ne l’a pas voulu ainsi.  Grâce à mes parents et à Lucien, tous mes amis, filles ou garçons et autres correspondants sont avertis de ma captivité et sont heureux de me savoir  non blessé. Je remercie Dieu d’avoir été préservé de la mort et des blessures et demande aussi des grâces pour traverser cette année 1944.  J’espère aussi qu’elle sera riche en beaucoup d’événements heureux, je veux dire par là, le retour des soldats parmi les leurs. 

 

 

Stalag VIII-B, 1944

 

Pâpâ m’a écrit le 17  janvier et malgré le premier l’an passé, il m’accorde sa bénédiction paternelle ainsi que les Meilleurs Vœux de la famille.  Au jour de l’An, pâpâ et maman ont été voir Gracia au couvent St-Timothée, Comté Beauharnois.  Elle était très bien, elle leurs a montré la dernière lettre que je lui avais écrite.  Paraît-il qu’au couvent ils ont quarante poules grises Plymouth Rock.  Les sœurs lèvent jusqu’à trente-deux oeufs par jour. Chez nous, pâpâ a un poulailler avec cinquante poules et celles-ci ont commencé à pondre.  Elles devraient donner environ deux à trois douzaines d’œufs par jour. Tout le monde travaille à la maison et chacun se plaît à Montréal-Nord. Pour la journée des rois, toute la famille s’est réunie.  Ils ont parlé de moi j’en suis certain.  Comme j’ai hâte d’être parmi eux et pouvoir moi aussi apprécier cette nouvelle résidence!

 

 

 

 

Un de mes compagnons, le Caporal Michaud, est à Montréal depuis plus d’un mois. Mes deux sœurs cadettes Thérèse et Marie-Rose l’ont rencontré dans une réunion que la Croix-Rouge a donné pour les familles qui ont un membre dans l’armée de l’autre côté de l’Atlantique. Il leur a dit que j’étais très gras et en santé.  Le Caporal Michaud doit aller à la maison de mes parents. Il a déjà visité au-delà de deux cent familles qui ont des fils prisonniers. Je suis reconnaissant au Caporal car ces bonnes nouvelles sauront rassurer mes parents.

 

Une autre lettre vient d’arriver de Montréal-Nord, dix jours après la première.  Je suis reconnaissant à pâpâ, ça me permet de me sentir moins seul et toutes ces nouvelles venant de loin m’aident à supporter cette détention.  Maintenant au Canada, ils ont le  droit de nous envoyer un colis qu’à tous les trois mois, mais grâce à des arrangements spéciales pour les fêtes je pourrai en avoir un supplémentaire. Je devrais donc recevoir des cigarettes mensuellement comme par le passé et ce sera  envoyé par la « Impérial Tobacco ».

 

Aujourd’hui 11 mars 1944, je célèbre mon 25ième anniversaire au Stalag IID (Hospital-post-95). Je dis célébrer mais enfin, façon de parler!  Pour nous situer, le Stalag IID est tout  près de la ville de Stargard (aujourd'hui Stargard Szczecinski), au nord-ouest de la Pologne. Sans mettre mes parents dans l’inquiétude, je leur ai fait parvenir un mot leur disant où je suis rendu. Oh, ce n’était pas grave, simplement une pneumonie et maintenant le plus gros est passé. Dans le prochain colis il me faudra beaucoup plus de lames à rasoirs, ainsi que d’enveloppes de soupe, et surtout des mitaines en cuir. Depuis trois semaines, j’ai pris beaucoup de mieux. 

 

Ici je réfléchie beaucoup, ce qui me fait penser à Dieu continuellement et je crois qu’Il m’a éclairé.  Après la guerre, ayant trouvé une situation convenable, je fonderai un foyer pour mieux « Le » servir, en observant tous Ses Commandements.  À l’hôpital, j’ai rencontré un autre prisonnier de guerre et je lui ai donné l’adresse de ma sœur Thérèse. Il s’appelle M. Blondin, et n’a aucune marraine.  Par ces échanges de courrier avec une marraine, le militaire peut raconter ses peines, ses misères, mais ses angoisses qu’il n’ose pas dire à ses parents ou à sa compagnie de vie. Je suis certain qu’avec sa grande gentillesse et sa grandeur d’âme, la correspondance de Thérèse sera pour lui d’un grand réconfort. Il lui a fait parvenir sa première lettre de Siehe Rückseite, le 7 mai de cette année.

 

En ce 13 mai, c’est la fête de Jeanne d’Arc, qui est une des patronnes des prisonniers. Ma santé est revenue mais je suis toujours à Stalag IID.  Je passe mon temps à faire à manger pour deux chambres de malades. Mon travail de tous les jours je l’offre à Dieu pour tous ceux que j’aime. J’ai reçu une lettre de Gracia et lui ai répondu tout de suite.  Ces jours derniers, le 22e Régiment Royal, composé de francophones, est engagé en Italie du Nord... 

 

Le 1er juin, un message est diffusé en français par la BBC : ‘Les sanglots longs des violons de l’automne’.  Il est suivi le lundi 5 juin par ‘Blessent mon cœur d’une langueur monotone.’  C’est le signal : ‘Le débarquement de Normandie doit débuter dans les 24 heures et la résistance doit commencer les opérations de sabotages.’  Le débarquement et le parachutage des premières troupes alliées ouvrent  la voie à la libération de Paris  puis celle du Havre, en France.  Quinze milles Canadiens volontaires sont engagés dans ’l’opération Overlord’, nous les Fusiliers Mont-Royal, le Régiment de Maisonneuve et le Régiment de la Chaudière qui réunissent des francophones.  Le 20 juin, les Fusiliers Mont-Royal (FMR) participent à l'offensive des Alliés à Caen, en Normandie. Ils s'attaquent à la division blindée du 12e SS Panzergranadir et remportent une première bataille en Normandie.

 

La santé est prospère et je travaille maintenant sur la ferme à Stalag IID. Le soir comme distraction, je lis, je marche et je joue au « Volley Ball » ce qui me permet de trouver le temps beaucoup moins long.  J’écris aussi à mes parents et amis et dans mon journal comme en ce jour du 3 juillet 1944. Ici les prisonniers comme moi avons de meilleures conditions que ceux des autres camps plus au sud. Je sais que nous avons une meilleure nourriture et que la discipline est plus souple qu’ailleurs. Il est assez facile de s'évader d'une ferme.  Plusieurs prisonniers ont réussi mais combien est difficile de ne pas être repris.

 

Je ne pratique presque plus le sport mais mes autres occupations restent les mêmes. Aujourd’hui la température était belle sur la fin de l’après-midi. On a désinfecté et blanchit les baraques, j’espère que c’est la dernière fois avant la délivrance. Ma santé est bonne et je travaille à la même place, deux et trois jours par semaine

 

Ça faisait déjà treize jours que je n’avais pas donnés de nouvelles à mes parents, ce que j’ai fait aujourd’hui. Combien sont-ils à la maison maintenant? Aurore est-elle encore là pour aider maman dans ses tâches ménagères?  Il faudra que je lui demande dans ma prochaine lettre.  Pâpâ et Lucien doivent  toujours travailler à la même place pour les taxis de Mr Samuel.  Mon oncle Ubald ne m’écrit plus depuis son mariage, j’en suis très peiné.

 

 

Nous sommes le 13 août et c’est avec grand plaisir que je viens juste de recevoir la lettre de pâpâ datée du 19 mai.  Je devrai donc bientôt recevoir le colis qui était parti dans le même temps que la lettre… Pour le présent ma santé s’est améliorée, mais par contre je suis retourné au travail s’il vous plaît dans une ferme, je dirais plusieurs. On ne flâne pas ici, étant poussé… Je ne peux pas décrire dans mes lettres tout ce qui se passe ici, car elles seraient censurées.  Les conditions de vies sont cependant moins pénibles.  Un prisonnier peut  manger à sa faim.

 

Une autre lettre, de ma belle-sœur Hélène Caya cette fois, m’apprend que Marie-Rose se marie en septembre et que Thérèse fait son entrée chez les Religieuses. Je souhaite de tout cœur qu’elles soient heureuses dans l’accomplissement de leurs devoirs, due à leurs situations. Je suis heureux de toutes ces bonnes nouvelles et que Dieu veille sur eux tous à qui je pense fort souvent.

 

Beaucoup de longues journées se sont écoulées depuis un mois. Le temps passe lentement et je suis encore au travail. L’arrachage de pommes de terre, quel martyre pour les reins. Après viendra les betteraves, les choux et pour terminer le battage qui se fait en hiver, ce qui est bien différent du Canada. Les récoltes (moissons) sont finies depuis deux semaines. Ces jours-ci, j’ai les rhumatismes dans le dos, à part ça tout va bien. J’ai toujours de bonnes pensées qui s’envolent vers mes parents…

 

Le 1er Septembre 1944 est un jour de grandes émotions pour notre armée canadienne.  Nos soldats se sont emparés de Dieppe, théâtre de leur défaite en août 1942.  Je les vois déjà défilant la tête haute, au pas.  La musique militaire  les  accompagnera parmi les acclamations à travers  les rues de la ville…

 

 

J’ai reçu la lettre de pâpâ le 15 septembre et c’est avec plaisir que je lui réponds à l’instant même.  Ma santé est excellente et je travaille toujours. Malgré la très belle température, pour moi le temps passe beaucoup plus vite au travail.  C’est qu’and même long à vivre l’attente d’une libération! La journée du 8 octobre, j’ai eu beaucoup de raccommodage à faire, ainsi que du lavage. Comme prisonnier on est obligé de tout faire, ça nous rend plus débrouillard que nous l’étions.  Hier le 12 a été encore plus occupé que les dimanches précédents.

 

D’après les rumeurs qui circulent ici, la guerre finirait à la fin de cette année ou au commencement de l’année prochaine. Enfin, si ça pouvait être vrai! Après vingt-six mois de captivité, je crois que cela commence à être assez. Et s’il vous plaît quelle expérience! J’ai vraiment très hâte de revoir ma famille… En attendant cette fameuse délivrance par une paix mondiale, on arrache des patates depuis cinq semaines et on en a encore pour six, il y aura peut être de la neige et nous n’aurons pas encore terminé ce travail.  Selon les journaux, l’industrie de guerre a été une bonne affaire pour le Canada.  Le taux de chômage a passé de 9 % en 1939 à 0,6% en 1944.’ 

 

Enfin d’autres bonnes nouvelles de Montréal-Nord! Pâpâ a reçu hier le  13 octobre, ma lettre du 16 juillet dernier. Thérèse est entrée au couvent chez les sœurs du Saint-Nom-de-Jésus-et-de-Marie (SSNJM) le 24 juillet dernier.  C’est la même communauté que Gracia.  Pourtant il me semblait bien que pâpâ m’avait dit qu’elle entrait chez les Sœurs du Bon Pasteur, alors pourquoi ce changement?  Je devrais bientôt recevoir une lettre de Thérèse à ce qu’il paraît, peut-être me dira-t-elle ce qui en est exactement…

 

Il s’est passé beaucoup de choses en ce mois d’octobre à Montréal-Nord.  Marie-Rose s’est mariée avec M. Georges Forest le 7. Pour cette occasion, tante Maria a été passé trois jours avec la famille.  Elle est arrivée le 6 au soir, pour en repartir le 9.  Les nouveaux mariés devaient revenir dans la même journée que la lettre de pâpâ a été écrite et mallée. Ils ont eu une belle noce à ce qu’il paraît sauf que Léopold et Hélène n’ont pu être présents car leur petit garçon Yvan était malade, assez pour  le rentrer à l’hôpital. Maintenant presque rétabli, les parents ont été très contents de le ramener à la maison.

 

 

Mon cousin Joseph Albert Lauzon s’est marié lui aussi.  Il a épousé Mlle Lucienne Ouellette le 16 septembre dernier. Mlle Ouellette étant de St-Janvier, c’est là que les épousailles ont eu lieues. Dimanche prochain, mes parents, Joseph-Albert et sa femme, Marie-Rose et son mari doivent tous allez dîner chez l’oncle Ubald. J’imagine qu’ils donneront de mes nouvelles à ce cher oncle. J’aimais bien lorsqu’il m’écrivait… Sœur Marie-Pierre Amédée (Gracia) et cousine soeur Bernadette Marie qui avaient passé  une journée à la maison le printemps dernier, étaient très heureuses d’y retourné elles aussi. Rosaire a obtenu un lot de colonisation en Abitibi.  Il est parti le 11 octobre, seul, pour bâtir sa maison.  Lorsqu’elle sera prête, ma sœur Marie-Jeanne ira le rejoindre avec ses deux enfants Gisèle et Roger.  Ils sont très contents. Je souhaite ardemment qu’ils réussissent, mais il faut du courage et beaucoup de travail pour aller s’établir dans ces colonies, surtout que Marie-Jeanne attend encore du nouveau. 

 

J’ai écrit une courte lettre à mes parents dimanche dernier.  Mais il y a deux jours, j’ai reçu le paquet qu’ils m’avaient envoyé. En ce 15 octobre, je leur fait dont parvenir une nouvelle missive pour les remercier.  Certainement que je ne les ennuie pas. Comme des soldats retournent au Québec à tous les mois, mes parents espèrent donc autant que moi ma prochaine libération.  S’ils m’envoient un autre paquet avant la fin de la guerre, j’aimerais bien qu’ils y joignent une chemise, bas, cravate, savons, miroir, cold cream, lotion pour la barbe ainsi que de la  brillantine. Il y a bien des choses qui sont défendues, mais parfois certains passent outre et reçoivent quand même leur colis.  Pour les cigarettes, n’importe quelle personne peuvent m’en envoyer et autant et aussi souvent qu’ils le veulent.

 

Ma santé est assez bonne, le travail ne manque pas.  On espère finir les pommes de terre d’ici une semaine, donc pour la fin d’octobre.  J’espère que tout le monde est en bonne santé y compris chez Rosaire et Léopold, sans oublier mes bonnes Révérendes Sœurs Gracia et Thérèse.

 

J’ai une grande question qui me tracasse.  J’aimerais bien savoir ce qui arrive avec  les vingt piastres que le gouvernement envoie sur mon salaire de tous les mois.  S’il est déposé en banque ou si mes parents en font usage, peu  m’importe, mais je voudrais être au courant.  Comme je n’ai pas reçu de cigarettes depuis un an et demi et que pâpâ m’a dit m’en avoir envoyé durant ce temps une quantité de 2600, j’ai donc pris des mesures nécessaires auprès de mes supérieurs à ce sujet. J’espère qu’il n’en sera pas ainsi pour mon argent. 

 

J’ai écrit à maman aujourd’hui le 5 novembre afin de la tirez des inquiétudes qu’elle peut avoir à mon sujet.  Tous les beaux exemples qu’elle m’a donnés me servent aujourd’hui à supporter les maux de ma captivité. Ce qui me donne un bon moral, puisse qu’à la fin ces maux se changeront en une semence de grâces.   Ma santé est présentement bonne. Maman qui connaît le travail de la ferme peut comprendre que le ramassage des pommes de terre soit assez dur.  Cela a duré sept semaines mais nous en avons fini comme prévu.  J’ai aussi réitéré mes souhaits à l’occasion des Fêtes mais « surtout » celui pour l’anniversaire de maman.  Par une autre lettre, je traverse les mers pour retrouver mes parents, en ce dimanche du 19 novembre. Je demeure toujours au même ‘komando’.  Je dirais que la vie ici est parfois bien difficile mais par contre j’ai espoir à un avenir meilleur.

 

 

Lise Jolin

 

http://acpgkrgef3945.canalblog.com/tag/Stalag%20VIII%20B

http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/20112.html    http://www.lemilitarial.com/GUERRE3945/chronologie/chronologie.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Normandie

http://fr.wikipedia.org/wiki/Stalag_II-D  (Stalag II)

photo de famille

Mots-clés: Bélisle Stalag Prisonnier SSNJM



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