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Journal d’un Militaire, 1940-1945 – (FIN - Libération)
Ajouté le 03/01/2011 04:21:18 par lisejolin

Tous les membres de la famille espéraient que je sois parmi eux pour les Fêtes mais la Divine Providence en a décidé autrement. La délivrance ne doit pas être trop éloignée car à chaque mois, environ 1 000 soldats retournent dans leur famille respective.  Je me compte quand même privilégier.  Des 300 000 soldats emprisonnés à Stalag VIII-B, près de 100 000 d'entre eux sort morts de maladie, de faim, d'épuisement ou de mauvais traitements. Ils furent enterrés dans des fosses communes…

 

 

 

Stalag II, octobre 1944

 

Pâpâ a reçu mes lettres des 15 et 22 octobre, seulement le 13 décembre et celle du 12 octobre, le 23 décembre. Un colis comptant 1000 cigarettes m’a aussi été envoyé et il manque quelques articles dans un autre paquet à cause de la « censure ». 

 

Côté nouvelles, cette chère Sœur Pierre-Amédée (Gracia) a maintenant été opérée. Elle est presque rétablie et toujours très gaie.  Thérèse fait aussi une très belle religieuse. Ça ne me surprend pas du tout car avec Marie-Jeanne, elles formaient toutes deux les plus belles filles de la famille.  Rosaire et Marie-Jeanne ont maintenant une très belle maison et une étable à Rivière d’Heavy, en Abitibi. Gérard, le  fils de mon frère Léopold a déjà six mois. Tous les adultes travaillent, c’est merveilleux. Ça veut dire qu’ils sont tous en bonne santé, du moins je le pense.  Ce n’est cependant pas le cas pour l’oncle Ubald, il ferait de l’angine de poitrine et craint toujours la mort. Une chance pour lui qu’il n’a pas été appelé sous les drapeaux, comment se serait-il sentit lui qui a toujours peur de mourir?

 

 

Pâpâ me dit dans une de ses lettres qu’ils ont eu un bel automne à Montréal mais l’hiver a commencé dès le 30 novembre par une tempête de neige de dix-sept pouces. À deux jours de Noël ils ont maintenant une accumulation de quarante-quatre pouces. Pour ce qui est de mes salaires, je sais parfaitement que mes parents sont très économes et qu’ils veulent me faire une surprise à mon retour.  N’empêche, j’aurais quand même aimé savoir où j’en suis rendu avant mon retour.

 

Aujourd’hui c’est Noël.  Je me rappelle ce beau temps passé en famille.  Maman doit être entouré de ses autres enfants sauf des sœurs Pierre-Amédée et Thérèse et peut être aussi de Marie-Jeanne qui doit être encore au fond de l’Abitibi avec sa petite famille car elle attend son troisième enfant. La journée est très longue pour moi puisque ma pensée est parmi eux.  J’ai joué au “Monopoly” avec mes compagnons.  Pas de chance de gagner car j’étais énormément distrait.

 

Pâpâ me dit maintenant quand il reçoit mes lettres. La censure est plus sévère que jamais pour les colis envoyés aux soldats. On dirait que tout le courrier prend du retard. Le 27 décembre dernier, Rosaire et Marie-Jeanne ont dû fêter leur sixième anniversaire de mariage

 

 

1945

 

Une belle surprise, je viens de recevoir une lettre du Pensionnat Ste-Emélie, à Viauville (Montréal).  C’est Gracia qui m’a écrit le 30 mars.  Notre cousine Sœur Bernadette-Marie me salue par la même occasion. La journée même de ma fête, elle a offert toute sa journée pour moi, comprenant messe, communion et toutes ses actions.   Elle a raison en disant que mes occupations me sont d’un grand profit pour chasser l’ennui et bien d’autres choses. Suivant ses conseils, je ne me décourage pas, je me confie à la divine Providence qui veille sur moi.  Gracia elle-même est en repos pour le reste de l’année.  Sa Communauté est excessivement bonne pour elle et elle apprécie hautement sa vocation.

 

 

 

Thérèse a pris l’habit religieux le 5 février dernier et porte le beau nom de Sœur Marie-Madeleine, elle doit rester deux ans à la Maison-mère.  Marie-Jeanne vient d’acheter d’une belle grosse fille d’environ neuf  livres, elle se nomme Thérèse en hommage à notre soeur. Pâpâ et maman iront en Abitibi passer quinze jours en juillet.  Peut-être serais-je du nombre dans ce beau voyage. 

 

 

Enfin sain et sauf

 

Eh oui, j’ai été délivré des mains de l’ennemi mercredi dernier le 18 avril. Je ferai le trajet en avion d’ici, Hanover, en Allemagne pour l’Angleterre et delà par bateau en notre beau Canada. Je serai donc chez nous dans quelques jours. Il n’y a donc plus d’inquiétude à y avoir si ce n’est de prier afin que le voyage se fasse sans incident. Je serai parmi les miens d’ici quelques semaines, mais pas plus.

 

 

L’embarquement sur l’avion pour l’Angleterre se fera ce soir 22 avril ou aux premières heures demain. Le trajet sera de deux heures. Nous aurons quarante-deux jours de congé et ensuite nous prendrons le bateau pour le Canada. Pour ces vacances, mon intention est de visiter tout l’Europe d’ici mon retour en juin.  Si je pouvais, j’aimerais  rapporter des souvenirs de chaque endroit. Délivré de ma captivité, voici le premier télégramme que j’ai envoyé à mes parents : « Angleterre, le 26 avril 1945 /// Arrivé en Angleterre OK /// Serai en Canada bientôt /// Baisers = Léo B. »

 

J’ai entendu la Sainte Messe et offert la Sainte Communion aux intentions de maman aujourd’hui car c’est la Fête des Mères. J’ai des nouvelles qui lui feront certainement plaisir.  Présentement je suis à l’hôpital Général de Farmborough mais je ne suis pas malade, ne souffre d’aucune maladie.  Le but de ces examens médicaux est simplement de s’assurer que nous, soldats, sommes en parfaite condition de santé sur tous rapports.

 

J’espère que tous à la maison se portent bien. Je sais qu’ils auront changés comme moi-même aux cours de ses cinq ans d’éloignement. Comme j’ai hâte de les revoir.  Il y a seulement trois jours que je suis ici, et on dirait que ça fait trois ans. Il va sans dire qu’à mon retour, je serai certainement questionner sur mon long séjour outre-mer, mes voyages, etcetera. Serais-je capable de parler, de raconter tout ce que j’ai vu et vécu durant cette atroce guerre?

 

Par une belle température, nous partons d’Allemagne le 24 avril à 14 heures pour se rendre en Belgique. Quelques compagnons ont eu le mal de cœur mais moi, plus chanceux, je n’ai eu aucun malaise. Nous avons mis pieds en la capitale de Belgique à 16 heures. Là-bas, j’ai eu l’honneur d’être le bénéficiaire d’une des plus belles cérémonies.  Pendant que j’y pense, il ne faudra pas que j’oublie de remercier mes parents de tous les colis, lettres et encouragements qu’ils m’ont fait parvenir durant ma captivité. J’espère bien qu’ils ont reçu toutes les réponses à leurs lettres et qu’ils les possèdent encore.

 

 

Une nouvelle nous est arrivée, le 30 avril 1945 : Adolf Hitler et sa femme Eva Braun se sont suicidés.  Leurs corps sont incinérés dans la cour de la chancellerie où les Russes les ont retrouvés.   Ce même jour, pâpâ recevait un télégramme du directeur des archives militaires : «  (…) M. Adonias Bélisle, Heureux de vous informer soldat Léo Bélisle… antérieurement porté prisonnier de guerre en Allemagne, est maintenant officiellement porté sain et sauf au Royaume Uni, 26 avril 1945.  Lorsque vous lui écrirez employez l’adresse suivant ‘Liberated Prisoner of War Canadian Army Overseas.  Lorsque nous recevrons des renseignements supplémentaires nous vous les transmettrons aussitôt… »

 

Un autre message d’Ottawa devait  parvenir à mon père deux jours plus tard : « Monsieur, L’Honorable J.J. McCann, ministre des Services nationaux de guerre, m’a prié de vous exprimer tout le plaisir qu’il éprouve d’apprendre que votre fils, soldat Léo Bélisle, D….. n’est plus prisonnier de guerre et se trouve maintenant en sécurité.   La Division des plus proches parents, des prisonniers de guerre de ce Ministère a eu le privilège de vous servir au cours de cette longue période d’anxiété que vous avez traversée, et le Ministre tient à vous dire combien votre collaboration et votre considération ont été appréciées. Nous espérons que votre fils sera bientôt de retour et pourra reprendre sa place dans la vie civile.  Cordialement à vous, C.H. Payne, Sous-ministre Félicitations (Geo. D. Allen), Division des plus proches parents. »

 

 

Je suis maintenant à Glasgow en Angleterre.  En ce 4 mai 1945, je ne peux demander mieux pour ma santé et mes vacances ont commencé, avant-hier.  Pour mon coucher au Y.M.C.A.; ça me coûte un “shilling” (24 cents) et pour les repas du jour, cela varie de un à un et demie shilling par repas. Hier j’ai été voir les gens chez qui je pensionnais durant mes “leaves” vacances passés, ça me coûtait presque rien en ce temps-là, mais maintenant, ces chambres sont remplis.

 

Je me suis fait un programme pour la journée. Après le dîner, j’irai visiter l’Église St- Patrick.  Je prendrai ensuite le tram pendant environ une heure et demie pour aller faire du “patin sur glace” et je finirai la soirée au cinéma La-Scala. Je cherche encore quel souvenir je pourrais bien apporter à maman de mon voyage en Écosse.  Pour le moment je me suis fait photographier, mais qu’est ce que c’est une photo si je puis arriver bientôt dans ma famille. De toute façon je ferai parvenir un télégramme à la maison en demandant à maman de ne pas venir à la gare car il y aura trop de monde.

 

 

La guerre prend fin en Europe le 8 mai 1945 par la capitulation sans condition du IIIe Reich, puis  ailleurs dans le monde le 2 septembre 1945  avec la capitulation de l'Empire du Japon. Le 10 mai suivant, pâpâ reçoit une lettre de la Canadian Red Cross Society à Ottawa … “ Dear Mr. Belisle, we are delighted to hear that your son, Leo, who was a prisoner of war in Germany is now reported safe. We hope you will hear from him in the near future.   The Red Cross, which has been able to help him during his imprisonment, would like to keep in touch with him when he returns to Canada; and the Bureau would welcome any information which you are kind enough to send us about him. With cordial congratulations, Yours sincerely, Mrs. Jackson W. Cook, Acting Director

 

Je poursuis maintenant mes vacances en Écosse (12 mai).  Je m’amuse bien, avec des gens très aimables : cinéma, danse en plein air dans les rues, chants de toutes sortes.  Pour finir on mange du poisson et des pommes de terre frites avec sel et vinaigre.  Je loge chez une famille chez laquelle j’allais avant l’action.  L’Écossais en général est très hospitalier, affable et aime le plaisir. Je pèse présentement 174 livres et quand j’étais à l’hôpital avant mon “furlow” vacancier, j’en pesais 168. Mes vacances se termineront le 17 de ce mois-ci puis je m’embarquerai pour mon beau Canada.

 

Aujourd’hui, Halifax, 8 juin 1945, j’envoie enfin mon télégramme prévenant maman de mon retour samedi prochain.  Malheureusement ma sœur Thérèse ne pourra pas être présente pour  mon arrivée à la maison paternelle car elle n’a pu avoir l’autorisation de sa Mère Supérieure mais je sais parfaitement que je serai dans ses pensées. 

 

 

Je ne voudrais pas revivre ces moments de guerre sous aucun prétexte.  J’ai vu des soldats tombés à côté de moi, mutilés par des obus, des bras coupés, des jambes arrachés.  D’autres ont même perdu la vue.  Pour certains, ce sont seulement les corps qui retourneront dans leur pays.  D’autres non identifiés, seront enterrés en France comme « soldat inconnus ».  Moi, je peux retourner à la maison mais pourrai-je un jour complètement tourner la page?

 

La Deuxième Guerre mondiale a été le pire conflit armé que la planète ait connu.  Cent millions de combattants de soixante-et-une nations ont participé aux hostilités tuant environ soixante-deux millions de personnes, dont une majorité de civils.  Tous ces  Québécois, anciennement nommés Canadiens-Français, ont combattue fièrement pour la mère Patrie.’ Outre le débarquement de Dieppe en 1942 et celui de Normandie en 1944,  nos compatriotes Canadiens-Québécois ont combattu à Juno, Falaise, Boulogne, Calais et beaucoup d’autres endroits.  Au Québec seulement, entre 84 000 et 90 000 québécois francophones se sont portés volontaires équivalent à environ 16 % des volontaires canadiens.  Le Régiment de la Chaudière déplore la mort de 212 soldats et 793 blessés, le Régiment de Maisonneuve, de 214 tués et 778 blessés, le Régiment des Fusiliers Mont-Royal, de 365 tués et 778 blessés.’  

 

 

La violence ayant pris des proportions incroyables, cette guerre a connu de multiples crimes de guerre.  Parmi ceux-ci, la déportation en camps de concentration, les camps de travail.  Dans les camps de la mort,  le régime nazi a commandé l’extermination des populations entières ou des gens de catégories particulières.  Des expériences ont été faites sur des êtres humains par des médecins nazis, tel le SS Josef Mengele connu sous le surnom de ‘l’Ange de la mort’  et par l’unité japonaise 731. Pour la première fois, la bombe atomique est utilisée contre un pays : les villes d’Hiroshima et Nagasaki au Japon sont complètement anéanties.

 

 

 

 « Tous les dimanches qu’a duré la guerre et comme beaucoup d’autres parents sans doute, mes parents ont été à l’Oratoire St-Joseph prier afin que je revienne vivant. Leurs prières ont été exaucées.  Plus chanceux que d’autres soldats, je suis revenu parmi eux sain et sauf de toutes ces années dans l’armée.  Je remercie Dieu de toutes les épreuves qu’Il nous a fait subir et pour aussi les bienfaits et tous les maux qu’Il voudra nous envoyer à l’avenir.  Je pardonne à tous ceux qui m’avaient promis de m’écrire et qui ne l’ont pas fait, comme je demande à être pardonné à ceux que j’ai fais la même promesse ainsi qu’à tous ceux que j’ai pu offenser. (Léo Bélisle)» 

 

« Jamais, non jamais, il ne faudra que le monde oublie... 1939-1945 »

 

 

 

Lise Jolin

(Rosaire Jolin et Marie-Jeanne Bélisle)

 

Encore Merci à vous mes cousins, Marcel, Robert et Yolande.  Je vous serai toujours reconnaissante de m’avoir permise de découvrir certains détails sur la famille de nos parents que je ne connaissais pas.

 

 

Je vous aime

 

 

Lise

 

 

 

 

Sources :

Correspondance militaire de Léo et Adonias Bélisle

Ancestry.ca

BMS2000v.9

Souvenirs et photos de familles

http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/20112.html http://fr.wikipedia.org/wiki/Seconde_Guerre_mondiale http://fr.wikipedia.org/wiki/Unit%C3%A9_731 (unité japonaise 731)

http://embruns.net/carnet/quebec/quebec-seconde-guerre.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fusiliers_Mont-Royal 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hiroshima

http://fr.wikipedia.org/wiki/Josef_Mengele (médecin nazi)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nagasaki

http://genealogie.planete.qc.ca/blog/view/id_2763/name_lisejolin/title_Le-Canada-et-le-Qu-bec-1939-1945/   (Le Canada et le Québec)

http://genealogie.planete.qc.ca/blog/view/id_3283/name_lisejolin/title_Le-Coquelicot-et-le-jour-du-Souve nir/ http://lesfusiliersmont-royal.com/spip.php?rubrique320 (journal d’Antonio Brisebois)

http://www.kwad9.ca/article/07052009-les-soldat-canadiens/1 (Le civil et le soldat Canadien)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Stalag

http://www.legionmagazine.com/fr/index.php/2007/03/trois-regiments-canadiens-francais-ayant-participe-a-la-liberat ion-du-nord-ouest-de-leurope-1942-1945/

http://www.lemilitarial.com/GUERRE3945/chronologie/chronologie.htm

Mots-clés: StalagII Thérèse Libération Hitler-mort



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Visionner 1 - 5 de 5 Commentaires

De: lisejolin
03/26/2011 05:27:57

Merci Pilote_Qc


 


Ce texte nous démontre bien comment un geste généreux en entraîne un autre et comment les gens se souviennent.


 


Bon dimanche


Lise



De: Pilote_Qc
03/25/2011 22:53:47

Bonsoir Lise, je viens tout juste de lire un article très touchant concernant des soldats... , j'ai tenu à vous le partager ici, particulièrement.


 


Voyez,




... J'ai mis mes bagages dans le [compartiment à bagages] dans l'avion et je me suis assis à ma place assignée. Cela allait être un long vol. [Je suis content d'avoir un bon livre à lire. Peut-être aussi vais-je faire une courte sieste], pensai-je.



 


Juste avant le décollage, plusieurs soldats sont entrés dans l'allée et ont pris tous les sièges vacants autour de moi. J'ai décidé de commencer une conversation. J'ai demandé [Où allez-vous ?] Petawawa,  me répondit l'un d'eux. Nous allons être là pendant deux semaines pour une formation spéciale, et puis nous irons en déploiement en Afghanistan .
 
Après une heure de vol, une annonce a été faite que les déjeuners [sacs] étaient disponibles pour cinq dollars . Comme le vol serait long, j'ai décidé qu'un déjeuner aiderait à passer le temps.



Comme je prenais mon portefeuille pour payer le déjeuner, j'ai entendu un soldat demander à son copain s'il avait  prévu d'acheter le déjeuner . [Non ça semble être beaucoup d'argent pour juste un déjeuner sac]. Je vais attendre que nous rentrions à la base. Son ami était d'accord, et s’abstint lui-aussi.
 
J'ai regardé autour, pour voir la réaction des autres soldats. Aucun n’a commandé de déjeuner. J'ai marché à l'arrière de l'avion et remis au préposé du vol un billet de cinquante dollars . [Donnez s.v.p. un déjeuner à chaque soldat.] Elle saisit mon bras et le serra fortement . Ses yeux mouillés de larmes, elle m'a remercié . [Mon fils était un soldat en Afghanistan, c'est un peu comme si vous le faisiez pour lui. Il y est mort d’un obus dissimulé le long de la route près de Beshawar.]
 
Reprenant dix sacs, elle s’est dirigée dans l'allée à l'endroit où les soldats étaient assis. Elle s'arrêta à ma place et m’a demandé, [Que préférez-vous?  boeuf ou poulet?] Poulet, lui répondis-je, se demandant pourquoi elle m’a posé cette question. Elle se retourna et partit pour l’arrière de l'avion, pour revenir moins d'une minute plus tard avec une assiette de première classe. [C'est mon Merci], dit-elle.
 
Après avoir fini de manger, je suis allé de nouveau à l'arrière de l'avion, pour utiliser les toilettes. Un homme m'a arrêté. [J'ai vu ce que vous avez fait. Je veux être de la partie. Tenez, prenez cela.] Il me tendit vingt-cinq dollars.
 
Peu de temps après, je retournai à ma place, au moment où le commandant de bord descendait l'allée, en regardant les numéros de banc en marchant. J'espérais qu'il ne me cherchait pas. J’ai alors remarqué qu'il regardait les numéros de mon côté de l’avion. Quand il est arrivé à ma hauteur, il s'arrêta, sourit, me tendit la main et dit: [Je tiens à vous serrer la main]. J’ai rapidement détaché ma ceinture pour serrer la main du capitaine. Avec une voix de stentor, il dit: [J’étais pilote militaire il y a quelques années. Une fois, quelqu'un m'a acheté un déjeuner. C'était un acte de bonté que je n’ai jamais oublié]. J'étais gêné lorsque les applaudissements se firent entendre de tous les passagers.
 
Plus tard, comme je marchais à l'avant de l'avion pour que je puisse me dégourdir les jambes. Un homme qui était assis à peu près six rangées en avant de moi, me tendit la main. Il a laissé un autre vingt-cinq dollars dans ma main.
 
Lorsque nous avons atterri , j'ai rassemblé mes affaires et tous ont commencé à débarquer. Juste à l'intérieur de la porte de l'avion il y avait un homme qui m'a arrêté pour me mettre quelque chose dans la poche de chemise, puis se retourna et s'éloigna sans dire un mot. Encore vingt-cinq dollars!
 
En entrant dans le terminal, j'ai vu les soldats se rassembler pour leur voyage vers la base de [Petewawa] environ 2h30 heures au nord de Toronto. Je me suis dirigé vers eux et leur ai remis les soixante-quinze dollars. Il vous faudra un certain temps pour atteindre la base et vous prendrez sûrement un sandwich le long de la route. [Dieu vous bénisse], me répondit l’un des soldats qui prit l’argent.
 
Comme je marchais vivement à ma voiture, je dis intérieurement une prière pour leur retour en toute sécurité. Ces soldats donnaient leur vie pour notre pays et notre protection. Je ne pouvais leur donner qu’un repas. Cela me semblait si peu.
 
[Un ancien combattant est une personne qui, à un moment donné de sa vie, a écrit un chèque en blanc à l'ordre du [Canada] de son pays, pour un montant allant jusqu’au prix de sa vie.]


note: la rature est de moi.



De: lisejolin
03/12/2011 06:34:03

Bonjour,


 


La première fois que j’ai lu les quelques 126 lettres et télégrammes de cette correspondance militaire, ça été un grand bonheur de partager la vie des gens de ma famille.  


 


En relisant encore et encore ces mêmes lettres, une grande peine s’est installée comme si j’étais moi-même isolée,  éloignée de ceux que j’aimais.  Je ne pouvais pas m’imaginer tous ces petits détails qui nous facilitent la vie et qui manquaient tant de part et d’autre, dans ces années de guerre.


 


C’est de là qu’est partie l’idée du « Journal d’un militaire ».  Les lettres compilées de cette façon pouvaient aussi intégrer les souvenirs de maman, de tante Thérèse qui est toujours de ce monde et de l’histoire retrouvée un peu partout dont beaucoup sur les sites des Forces Armées Canadiennes. 


 


Pour moi aussi, les reportages, photos ou films de guerre ne seront jamais plus pareils. 


 


Lise

 



De: Pilote_Qc
03/12/2011 01:43:46

Merci Lise pour ce travail remarquable retraçant les joies et les peines de l'un de nos soldats dévoué à la cause de la liberté. Évidemment, j'ai vu des reportages et des films de guerre et j'ai écouté, à l'occasion, Point de mire de René lévesque mais, votre récit à ce quelque chose d'attachant, non retrouvé précédemment. Il faut avoir vécu une telle situation pour bien réaliser les bouleversements apportés par la guerre.. , je crois. Je me souviendrai de Léo Bélisle!


 


Au revoir!


 



De: Katoux
03/01/2011 09:48:54
Merci beaucoup Lise pour avoir partager le courrier de ton oncle Léo avec nous.  J'ai bien aimé lire ce récit.  Merci aussi à tes cousins d'avoir permis que tu racontes.






*** Planète Généalogie ***