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La mi-carême
Ajouté le 03/15/2011 10:14:45 par Katoux

 

La mi-carême

 

Dès qu'on avait 21 ans et ce, jusqu'à l'âge de 60 ans bien sonnés, on était tenu de faire son carême, c'est à dire jeûner tous les jours sauf le dimanche.  Et pas de n'importe quelle façon.  On ne pouvait prendre qu'un seul véritable repas par jour.  Généralement le midi.  Le matin et le soir, il fallait se limiter à des aliments très légers.  Le carême se caractérisait également par une grande retenue dans le domaine des loisirs et de la vie sociale.  La vie prenait momentanément une allure grave et posée.  Le temps était à la réflexion et aux pénitences.  La mi-carême venait mettre toutefois  une joyeuse parenthèse dans tout cela.

 

Ce jour-là, les écoliers rentraient à la maison plus tôt.  Comme au temps du mardi-gras, ils se déguisaient en personnages loufoques et sillonnaient les alentours dans l'espoir d'obtenir quelques sucreries ou quelques petits cadeaux d'occasion.  Les adultes n'étaient pas en reste.  Eux aussi délaissaient les travaux plus tôt et rejoignaient les jeunes dans leur ronde de visites.  En prévision de celles-ci, les femmes avaient réanimé la cuisine et popoté comme pour les grandes fêtes.  À l'heure du souper, les tables se garnissaient d'énormes pâtés de toutes sortes, de ragoûts et de fricassées gargantuesques ainsi que de tartes, de galettes et de crêpes multiples.  Tout le monde était en appétit.  Voilà déjà 23 jours qu'on se serrait la ceinture.  Les assiettes se vidaient en un clin d'oeil.  Comme l'alcool était aussi permis, on s'humectait le gosier sans se faire prier.

 

Joyeuse halte au milieu du Carême

 

Pendant que la maisonnée faisait honneur à la ribambelle de plats, une odeur de sucre venait titiller les narines aguerries par un long jeune.  C'était la tirede la mi-carême qui dégageait ce doux parfum.  Sur le poêle ou dans le fourneau, la mélasse et le sirop d'érable finissaient lentement de marier leur fin nectar.  Et sous peu, proclamait fièrement la maîtresse des lieux, tout le monde pourrait se servir à volonté.  À cette époque-là, on n'aurait pas imaginé la mi-carême comme la Sainte-Catherine d'ailleurs sans servir cette fameuse tire blonde.

 

À plusieurs reprises tout au long de cette réunion du reste fort animée, un bruit sourd faisait sursauter toute l'assemblée.  On frappait dru à la porte du logis.  C'était la «mi-carême».  Dans l'encadrure de la porte sa silhouette trouble apparaissait soudainement, appeurant les plus jeunes.  Il s'agissait d'un voisin ou d'un ami qui voulait joindre le groupe de fêtards.  Il avait pour la circonstance endossé le costume traditionnel de la vieille femme qui, dans la croyance populaire, incarnait la «mi-carême».

 

Ce costume consistait le plus souvent en un affreux assemblage de genilles auxquelles on suspendait des queues et des arêtes de poisson.  Un vieux chapeau en forme d'entonnoir finissait d'enlaidir  le personnage dont le visage avait été barbouillé au jus de tabac pour le rendre encore plus grotesque.

 

Lorsque la mi-carême s'amenait, il était d'usage de lui offrir un «p'tit coup d'rhum» pour le réchauffer.  Ce qu'elle acceptait sans se faire tordre le bras.  Son arrivée déclenchait d'ailleurs dans le groupe de fous éclats de rire.

 

Sa soif étanchée, la vieille faisait le tour de la grande salle.  Devant chaque personne, elle s'arrêtait, déposait son grand sac de toile sombre et en tirait un  mystérieux cornet de papier blanc.  Chacun recevait un cadeau basé sur sa bonne ou mauvaise conduite.  Dans le premier cas, le cornet contenait des dragées ou des sucreries.  Dans le deuxième, des patates gelées ou encore des écales de noix.  Et la vieille y allait de commentaires souvent très impertinents sur le compte de chacun.  Son rôle lui permettait une dose de franchise qui avait l'air de réjouir l'assemblée et d'embarrasser la personne visée.

 

Les enfants attendaient leur tour avec impatience mais aussi avec une certaine appréhension et lorsque leur écart de conduite était étalé devant tout le monde cela faisait beaucoup rire leurs parents.

 

Une fois distribuée les cornets, la fête se poursuivait par une danse ronde qu'on effectuait sans accompagnement musical.  Durant le carême, on évitait les réjouissances trop bruyantes.  Malgré tout, on s'amusait ferme.

 

Le lendemain, le sérieux reprenait le dessus et le carême se poursuivait avec ferveur jusqu'à son somptueux dénouement:  la fête de Pâques.

 

 

Source:  Les coutumes de nos ancêtre, auteur:  Yvon Desautels

Mots-clés: Les Coutumes De Nos Ancêtres



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Visionner 1 - 4 de 4 Commentaires

De: CGagnon
04/11/2011 13:17:15

Une référence qui peut intéresser - Un livre rare (?) et l'adresse où se le procurer:


 


*N° 3615

 


[ARSENAULT, GEORGES]; LA MI-CARÊME EN ACADIE. Tracadie-Sheila NB, Éditions La Grande Marée, 2007, 159 pages. Broché, neuf, photos, portraits, fac-similés, 8 cartes des différentes régions de l’Acadie, dédicace autographe de l’auteur. Les souvenirs de l'ancienne fête de la Mi-Carême demeurent très vivants dans bien des coins de l'Acadie. Pour de nombreuses personnes, il s'agit de souvenirs de leur enfance ou de leur jeunesse, alors que pour d'autres, ce sont des traditions vivantes qui se perpétuent dans leur propre village. En fait, les mi-carêmes n'ont cessé de faire leurs visites annuelles à Chéticamp et à Saint-Joseph-du-Moine en Nouvelle-Écosse, À Fatima aux îles de la Madeleine, Natashquan et à Pointe-Parent sur la Côte-Nord québécoise et dans la région de Tignish à l'île-du-Prince-Édouard. Les traditions de la Mi-Carême étaient riches et diversifiées en Acadie, et très bien ancrées dans les moeurs. Ainsi, il y avait la mascarade de la Mi-Carême qui se pratiquait généralement en groupe, il y avait la Mi-Carême qui distribuait des friandises aux petits enfants, il y avait celle qui apportait les bébés et les animaux naissants et, bien sûr, pour beaucoup d'enfants, il y avait la Mi-Carême, personnage menaçant qui pouvait venir les chercher s'ils étaient désobéissants. ...18$ CAN ou 18,90$ US.

 



 


Courriel : lebizz@videotron.ca

 


Catalogue N° 51

 


Rolland Descheneaux, 687 rue Miller, Greenfield Park, Qc., J4V 1W6

 



 



 


 



De: Pilote_Qc
03/19/2011 12:59:15

Ça alors, je croyais que le Mardi Gras se situait à la Mi-Carême mais Wikipédia, grâce à vous, me ramène à la réalité:


 


Mardi gras est une période festive chrétienne qui marque, en apothéose, la fin de la [semaine des sept jours gras] autrefois appelés jours charnels. Cette période pendant laquelle on festoyait précède le mercredi des Cendres marquant le début du Carême. De nombreux carnavals ont lieu le Mardi gras.]


 


Nous avons donc, deux fêtes: Mardi Gras et Mi Carême, alors pourquoi ne pas les fêter toutes les deux?


 


Merci Katoux, car voilà deux fêtes de plus à mon agenda. On ne se méfi jamais trop de nos idées préconçues, n'est-ce pas. Quand on croit savoir quelque chose, l'on ne pense pas, bien souvent, à vérifier si notre définition de la chose est exacte. Vos articles me rappellent de beaux souvenirs!


 



De: Katoux
03/15/2011 17:31:45
M. Gagnon, merci beacoup pour ce renseignement et ce lien.  Je ne savais pas que dans une ville du Québec, on célébrait encore le mi-carême.  Très intéressant.  Vous avez raison, au Québec, nous perdons nos traditions....c'est malheureux.


De: CGagnon
03/15/2011 11:06:46

Joyeuse halte que nous avons abandonnée avec bien d'autres coutumes - comme si notre identité était gênante! - alors que les autres peuples conservent les leurs (que nous adoptons même), comme l'Halloween que nos ancêtres ne célébraient pas:  pour eux, il y avait la Sainte-Catherine, la Mi-Carême, les Rois...


 


Heureusement, à l'Isle-aux-Grues, la Mi-Carême, ça existe encore:

La Mi-Carême : un coup de coeur dans le monde



 



Selon le journaliste et photographe Michel Julien, pour ne lui attribuer que ces titres, la Mi-Carême à L’Isle-aux-Grues est un coup de cœur immanquable parmi les carnavals les plus populaires dans le monde. Il mentionne que le caractère unique et culturel de cette célébration hivernale reflète de magnifiques valeurs à découvrir. La Mi-Carême s’inscrit dans son top 11 qu’il est possible de consulter sur son site. Consultez le lien suivant pour connaître les détails de ses coups de cœur : http://www.coupsdecoeurpourlemonde.com/2010/01/les-11-plus-beaux-carnavals-du-monde/


 








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