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Mon père
Ajouté le 05/10/2007 07:05:25 par aryonzo
Le cadeau de Papa
(Il était une fois Papa)

 

En juin 1997, Papa (Rosaire), mon frère (Gilbert), un ami (Luc) et moi (Maryo), avons organisé de qui devait devenir le dernier voyage de pêche de Papa. Je vais me souvenir de ce voyage toute ma vie : ce fut le plus beau des voyages que nous avons fait avec Papa.

 

Papa avait même hésité à venir et à la dernière minute, il a finalement accepté de se joindre à nous. Ce que nous ne savions pas, c’est que Papa préparait pour ses fils son dernier cadeau.  En fait, il nous a donné le plus beau de tous les cadeaux : « Il a choisi de passer la dernière fin de semaine de sa vie avec nous! »
Rien ne laissait croire que ces quelques jours en notre compagnie seraient pour lui les derniers : c’était une belle fin de semaine, merveilleusement ensoleillée et tout le monde était joyeux… À un moment donné, Papa nous a fait une petite frousse : il a eu un problème avec son cœur;  mais il s’est reposé et tout a semblé redevenir dans l’ordre. Après ce malaise, Papa était méconnaissable,  joyeux comme nous l’avions rarement vu, et nous avons eu énormément de plaisir tout le temps qu’a duré le voyage.

 

J’avais l’habitude d’être souvent avec Papa, et le dimanche matin, nous sommes partis.  Arrivés sur le lac, nous nous sommes installés.  L’endroit était magnifique, comment on en voit sur les cartes postales, l’air était bon, et, comble de bonheur, le poisson semblait être au rendez-vous.  Mais on pense toujours qu’on pourrait faire mieux ailleurs, et quelques heures plus tard,  en  après-midi, Papa me dit à quelques reprises « Ça ne mord pas ici,  veux-tu, on va aller là-bas pour voir… ».  Bien que notre pêche soit déjà relativement bonne,  il me fit cette remarque encore quelques fois, et moi, hé bien, vous me connaissez, ça me faisait toujours plaisir d’acquiescer à ses demandes. C’est là que Papa me fit cette étrange remarque : « C’est pas drôle de traîner et de ramer pour un vieux comme moi, » dit-il, « j’aurais dû rester à la maison. » Instinctivement, je lui ai répondu, « Tu sais,  mon Rosaire,  quand tu ne seras plus là,  je ne pourrai pour rien faire pour toi, et ça, c’est vraiment pas drôle ». Je ne savais pas à ce moment que cette réponse était presque prémonitoire. Toujours est-il que nous avons continué notre voyage et Papa était content.  Il a pris pas mal de poisson,  de quoi satisfaire le pêcheur en lui, et il s’est amusé ferme avec nous.  Il était heureux d’être avec ses fils et avec notre ami Luc,  qu’il aimait beaucoup.  Le reste du périple s’est déroulé sans histoires, dans la joie et la bonne humeur.

 

Nous avons fini le voyage et nous sentions bien que Papa n’était pas comme d’habitude; il semblait vraiment heureux  et il était jovial, et comique. 
À un certain moment, il a dit : « Je crois bien que je ne pourrai plus y aller à l’avenir. »  Habituellement, il était un peu triste de revenir à la maison et  il disait « J’ai déjà hâte à l’an prochain pour notre voyage de pêche,  les ti-gars. »  Cette dernière fois, le ton était différent.  Naturellement, dans ces circonstances, c’est après coup qu’on réalise, et ce n’est qu’alors que ces détails prennent toute leur importance!

 

De retour à la maison, il a fait plein de petites choses qu’il ne faisait pas habituellement, il sortait de sa routine.  Le mercredi, il est allé voir ses amis et le même soir, malheureusement,  il a fait un deuxième infarctus,  celui qui allait lui être fatal. Le lendemain, 12 juin 1997, je m’en souviendrai toute ma vie, cette journée-là, j’ai eu à prendre la plus terrible décision de ma vie : celle de faire débrancher Papa.  Croyez-moi, je ne souhaite cela à personne, pas même à mon pire ennemi.

 

Aujourd’hui, je suis certain que Papa est là-haut avec Dieu (son chum,  comme il l’appelait). Jamais Papa ne faisait quoi que ce soit sans en parler avec son chum. En fait, je crois que c’est son « chum » qui est venu le chercher pour avoir un bon compagnon pour la pêche.

 

Papa a toujours été plus généreux que nature.  Il n’était pas riche, mais il a su nous donner son amour, sa passion de la vie, et il nous a transmis beaucoup de valeurs qui,  j’en suis certain,  nous ont beaucoup aidé dans la vie.  Tout ceux qui on eu le bonheur de le côtoyer sont devenus meilleurs de l’avoir connu.
 
Avec le temps, au fil des années qui ont passées, je réalise que, bien qu’il ait été fatigué, et qu’il sentait qu’il n’était pas au meilleur de sa forme,  Papa a vraiment choisi de nous « donner »  sa dernière fin de semaine,  et il le savait très bien.

 

Papa, tu as su garder secret ce précieux cadeau qui restera à jamais dans nos cœurs. Et tu sais, Papa,  aujourd’hui,   je ramerais encore et toujours pour toi.  Jusqu’où tu voudrais aller, aussi loin que tu voudrais aller, pour trouver ce coin secret où les poissons n’attendent que toi.  Ça me ferait tellement plaisir!

 

Je terminerai ces réflexions en vous racontant qui était Papa.
Parce que Papa, c’était tout un quelqu’un!!!

 

Rosaire Tremblay est né le 8 janvier 1927 à St-François de Sales au sein d’une famille de 10 enfants. Il était le fils de feu Jean Tremblay et feu Élodia Deschènes, il a fait un mariage d’amour avec Thérèse Chabot (« Ma Thérèse »,  comme il l’appelait) fille de Feu Arthur Chabot et de feu Éva Boulet.  Il a permis à trois enfants de voir le jour : Danielle, Maryo (Clémence Beaumont) et Gilbert (Line Blouin), et il a toujours été très fier de sa petite famille. Et ont suivi les petits enfants, les fils de Danielle (Dave Morin et Félix Nitello), mes propres filles, (Éliane et Émilie), et les fils de Gilbert (Guillaume et Vincent), en plus d’un arrière-petit-fils,  Alex,  fils de Dave. Durant plusieurs années, Papa fut propriétaire d’un dépanneur (dépanneur Rosaire) auquel il se dévoua totalement, et c’est Gilbert qui, par la suite, en a prit la relève. Papa était toujours actif, il croyait fermement que le travail ne faisait pas mourir son homme, et il faisait encore sa routine au dépanneur quelques minutes avant de faire son dernier infarctus.

 

Ils nous a laissé de merveilleux instants, de merveilleux souvenirs, mais cette dernière partie de pêche, je la chéri plus que tout autre moment.

 

Encore merci,  Papa pour ce beau cadeau.

 

Je ne l’oublierai jamais.

 

Maryo Tremblay

 



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